Masisi : plus de 70 femmes violées à MPATI, abandonnées par leurs familles
SOS Médias Burundi
Goma, 29 septembre 2025 –La localité de MPATI, située dans la chefferie de Bashali, territoire de Masisi, a été l’épicentre des combats ayant opposé depuis avril 2023 les forces armées congolaises, appuyées par les milices locales Wazalendo, aux éléments du M23, affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire hostile à Kinshasa. Dans ce contexte, plus de 70 femmes, en majorité de jeunes filles âgées de 14 à 20 ans, ont été victimes de violences sexuelles.
Ces violences ont touché cette partie de la province du Nord-Kivu, tout comme la province voisine du Sud-Kivu, aggravant le traumatisme des communautés locales.
Des témoignages glaçants
Les femmes rencontrées par SOS Médias Burundi le 21 septembre 2025 racontent des actes de barbarie perpétrés par les milices NYATURA et le Collectif des Mouvements pour le Changement – Forces de Défense du Peuple (CMC-FDP).
M. N., résidente de MPATI, témoigne :
« Presque toutes les femmes d’ici ont été violées en période de guerre. Moi-même, j’ai subi des actes barbares par les hommes du général Guidon. J’ai perdu mon foyer parce que mon mari ne pouvait plus me supporter après ce traumatisme. »
S. O., 17 ans, raconte :
« J’étais au champ pour chercher des légumes. Deux hommes en tenue militaire m’ont arrêtée et m’ont obligé à me déshabiller pour avoir des relations sexuelles. Lorsque j’ai hésité, l’un d’eux a tiré trois coups de feu pour m’effrayer. Pendant plus de trois heures, j’ai subi ces violences sans répit et je me suis évanouie. Quelques minutes plus tard, une vieille femme est venue me relever et m’a amenée au centre de santé de MPATI. Depuis, je ne peux plus sortir ni saluer les gens, car tout le monde m’appelle « femme des militaires ». Je demande aux organisations de défense des droits des femmes de nous venir en aide, car nous souffrons de ces bavures. »
Une situation alarmante
Selon Safari Mbarushimana Jean de Dieu, chef de la localité de MPATI :
« Entre avril et octobre 2024, au moins trois femmes étaient violées chaque jour. Elles ont été contraintes dans des conditions inhumaines à se soumettre aux militaires. Même les chefs de ces milices ne pouvaient pas empêcher leurs éléments d’utiliser la force pour nuire à la vie des Congolaises. Le nombre total de victimes s’élève aujourd’hui à plus de 70 femmes. »
Les habitants indiquent que les violences ont cessé lorsque les éléments du M23, affiliés à l’AFC, ont pris le contrôle de MPATI et d’une partie importante de la chefferie de Bashali.
Emmanuel N. R., administrateur du territoire de Masisi sous l’AFC M23, précise :
« Les plaidoiries continuent pour voir si les organisations non gouvernementales peuvent intervenir dans la chefferie de Bashali, notamment auprès des femmes victimes de violences sexuelles, souvent délaissées par leurs familles. »
Un nombre alarmant de victimes selon MSF
Selon Médecins Sans Frontières (MSF), près de 40 000 victimes de violences sexuelles ont été prises en charge en 2024 dans la province du Nord-Kivu, un chiffre record. Depuis janvier 2025, les consultations continuent à un rythme alarmant dans les structures soutenues par MSF dans cette partie de la province du Nord-Kivu, tout comme dans le Sud-Kivu.
Depuis le début de l’année, les rebelles du M23 contrôlent désormais les chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que plusieurs autres zones stratégiques riches en minerais. Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir ces rebelles, ce que Kigali nie fermement.
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Photo : Des habitants, dont la majorité sont des femmes et jeunes filles, se rendent au centre de MPATI pour des séances de sensibilisation sur la non-stigmatisation des victimes de violences sexuelles, septembre 2025 © SOS Médias Burundi
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