Burundi : un vieillard de 76 ans condamné à perpétuité malgré l’absence de preuves dans une affaire de viol
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 6 octobre 2025 – Lazare Safari, septuagénaire souffrant de handicaps, est détenu depuis 2021 à la prison centrale de Bujumbura dite Mpimba, après avoir été accusé par son locataire, Jean Nkurikiye, père de la petite fille P.I âgée de 7 ans, d’avoir violé la fillette. Condamné en décembre 2023 par le Tribunal de Grande Instance de Ntahangwa (nord de la capitale économique), il purge une peine de perpétuité alors qu’aucune preuve médicale n’a été présentée.
Lazare Safari, 76 ans, souffrant d’une colonne vertébrale déformée, d’une mauvaise vue et d’une ouïe affaiblie, veuf et vivant seul, est détenu à la prison centrale de Bujumbura dite Mpimba depuis 2021. Il a été emprisonné suite à la plainte de son locataire, Jean Nkurikiye, père de P.I, qui l’accuse d’avoir violé la fillette. Les voisins de Lazare Safari rejettent fermement ces accusations.
Une arrestation controversée à Buterere
En 2021, Lazare Safari était assis chez lui à Buterere (nord de Bujumbura) lorsqu’il a été arrêté par des membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, les Imbonerakure, dirigés par son locataire Jean Nkurikiye, qui lui devait six mois de loyer impayé. Les Imbonerakure sont souvent cités dans des actes d’assassinat et d’autres abus contre les opposants ou les opposants supposés. Les responsables du parti présidentiel nient ces accusations et accusent à leur tour les organisations qui les dénoncent de vouloir ternir l’image des Imbonerakure et celle du Burundi.
Ils l’ont conduit à la zone administrative en l’accusant de viol sur P.I, dans ce qui semble être un stratagème pour s’approprier sa parcelle.
Le premier contact avec l’officier de police judiciaire (OPJ) s’est bien déroulé : voyant que le vieillard niait les faits et sans aucune autre preuve, l’OPJ l’a laissé partir. Mais le lendemain, Jean Nkurikiye a mobilisé d’autres Imbonerakure et des policiers pour le reconduire. Le septuagénaire a passé une semaine dans un cachot de la police avant d’être conduit à la prison centrale de Bujumbura dite Mpimba.
Un procès sans preuves
Selon une signification de jugement consultée par SOS Médias Burundi, Lazare Safari a été condamné en décembre 2023 par le Tribunal de Grande Instance de Ntahangwa (nord de la capitale économique) à la peine de perpétuité, et à verser un million de francs burundais à Jean Nkurikiye, père de P.I, au titre de dommages et intérêts. Lors du procès, aucune preuve médicale n’a été présentée.
Avec l’aide de ses codétenus, Lazare a fait appel devant la Cour d’appel de Ntahangwa. Près de deux ans plus tard, aucune réponse n’a été donnée. Pendant ce temps, le locataire s’est approprié sa parcelle et y habite toujours, sans être inquiété.
Questions sur le pouvoir et la justice
La situation soulève de sérieuses interrogations : d’où Jean Nkurikiye tire-t-il un tel pouvoir ? Dans le nord de Bujumbura et ses environs, on observe une recrudescence de vols de propriétés foncières, souvent perpétrés par des personnes occupant des fonctions officielles, parfois à distance, sans confrontation directe avec les victimes.
Justice et droits fondamentaux
Sur quoi se base réellement la justice pour condamner quelqu’un pour viol alors que les faits ne sont pas établis ? Existe-t-il une compensation prévue par la loi pour les victimes d’erreurs judiciaires ? Ces questions restent sans réponse pour Lazare Safari et sa famille.
Un appel au secours muet
À 76 ans, souffrant de handicaps physiques et vulnérable, Lazare Safari continue de purger sa peine dans des conditions difficiles, dans l’attente d’un jugement en appel qui tarde à venir.
Un porte-parole de la Direction générale de la gestion des affaires pénitentiaires et du ministère en charge de la justice n’étaient pas disponibles pour réagir à ce dossier.
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Photo : Lazare Safari, 76 ans, détenu à la prison centrale de Bujumbura dite Mpimba depuis 2021 malgré l’absence de preuves dans son dossier, voit sa santé se détériorer au fil des années. Sa situation soulève des questions sur le respect des droits fondamentaux et la justice au Burundi. ©SOS Médias Burundi
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