RDC : des organisations défense des droits humains lancent un cri d’alarme sur la violation des droits de travailleurs domestiques
Selon une enquête réalisée fin d’année 2022 par le réseau de coopération belgo-africain Iday, 17,6% des travailleurs domestiques congolais n’ont jamais eu accès à l’école. Ce taux atteint 77% en Province Orientale, et 88 % dans toute la partie est de la RDC. Le manque de connaissance et de compréhension de leurs droits est un des facteurs qui favorisent les abus des employeurs sur ces personnes. C’est contre cela que souhaite lutter l’Union des femmes domestiques du Congo (UFEDOC), une organisation de défense des droits des femmes domestiques. (SOS Médias Burundi)
Nsimire Nyenyezi, coordinatrice de l’UFEDOC indique vouloir contribuer à la réduction de l’exploitation et la violation des droits des travailleuses et travailleurs domestiques pour un développement durable.
« L’objectif est de se transformer dans un futur proche en un syndicat dynamique et formel, pour bien revendiquer les droits des travailleurs domestiques », a insisté Charles Mihigo, responsable de la mobilisation à l’UFEDOC.
L’Union a déjà rejoint la Fédération internationale des travailleurs domestiques.
« Après avoir constaté que la plupart des travailleurs et travailleuses sont traumatisés et maltraités dans les ménages, voire abusés sexuellement, nous proposons aussi un accompagnement psychosocial », a ajouté Mme Nsimire, qui indique qu’un accompagnement juridique devrait aussi être mis en place.
« Il est très difficile pour les travailleuses domestiques de signaler ces cas, étant donné qu’elles travaillent dans l’isolement et c’est leur parole contre celle de l’auteur, avec rarement de témoins. Ces personnes craignent également d’être congédiées si elles rapportent tout harcèlement sexuel ou viol », a estimé Francine Bora, chargée de recevoir les cas de violation au sein de l’UFEDOC.
En RDC, le travail informel est présent dans près de 70% des activités économiques. Pour les travailleurs et travailleuses domestiques, l’informalité courante ne fait pas figure d’exception.
Parce qu’ils ne sont pas déclarés, les travailleurs domestiques sont rarement rémunérés au taux journalier du salaire minimum interprofessionnel garanti qui est fixé à 7.075 francs congolais, (soit 3,5 dollars américains), depuis janvier 2018.
Actuellement dans la province du Nord-Kivu par exemple, leurs revenus varient entre 20 et 50 dollars par mois.
L’UFEDOC plaide pour une vraie réglementation de ce secteur en RDC et demande la ratification par le pays de la Convention internationale du travail n°189 de l’OIT sur le travail décent pour les travailleuses et travailleurs domestiques de 2011.
« Ce qui rendra ensuite possible l’ajustement de la législation et nous permettra de continuer à réaliser des progrès pour les travailleurs et travailleuses domestiques jusqu’à ce que nous obtenions le droit à la journée de travail de 8 heures, un salaire minimum et les congés payés », a souligné Charles Mihigo.
Pour le juriste et défenseur des droits humains Billy Mbuyi, les lacunes effectives des textes légaux locaux sont une cause profonde de manque de protection des travailleurs domestiques en RDC.
« Quand la loi assimile les travailleurs domestiques à tous les autres travailleurs, elle les traite comme n’importe quels autres salariés, ce qui fait que les spécificités du travail domestique ne sont pas prises en compte ».
Selon l’enquête de l’IDAY, lorsqu’un contrat oral ou écrit est conclu entre un travailleur domestique et son employeur, les clauses portent principalement sur les tâches à exécuter, le montant de la rémunération et le temps de travail.
On constate au contraire que la durée et les heures de repos ne sont pas mentionnées, ni l’accès aux soins de santé.
Par ailleurs, alors que le code du travail reconnaît à toutes les catégories de travailleurs un jour de repos hebdomadaire, dans les faits, ce droit n’est souvent pas respecté et reste soumis au bon vouloir de l’employeur.
De même pour les heures supplémentaires qui, souvent, ne sont pas rémunérées.
Pascaline Ombeni, la trentaine et mère de 5 enfants, a été confrontée à cette situation alors qu’elle exerçait comme travailleuse domestique à Goma.
« Nous avons convenu, mon employeuse et moi, que je torchonnerai la maison, je ferai la lessive et la vaisselle, puis que je rentrerais chez moi. Mais quelques jours après, elle a commencé à me rajouter d’autres tâches et ainsi prolonger mes heures de travail sans se référer à notre convention orale », a-t-elle expliqué.
Mme Pascaline a également rapporté qu’il est arrivé des moments où elle devait travailler jusqu’à 20 heures du soir, sans que son employeuse majore son salaire.
« Alors que je suis mère de famille et que je touchais difficilement 25 dollars le mois, elle a fini par me dire que je travaillerai la journée et passerai la nuit chez elle, vu que les tâches s’accumulaient. Ce que je n’ai pas accepté. Elle m’a renvoyée en me privant de 2 mois de salaire sous prétexte que j’avais cassé ses précieuses tasses et autres ustensiles de cuisine », s’est-elle souvenue.
La durée d’embauche d’un travailleur domestique chez la majorité des employeurs est d’une à deux années. Cette durée est donc relativement courte. Seule une minorité (2,7% des travailleurs domestiques) reste chez leur employeur au-delà de 5 ans.
Il y a donc une très forte mobilité, facteur de précarité, de ces travailleuses et travailleurs domestiques.
Signalons que la convention numéro 189 sur les travailleuses et les travailleurs domestiques , adoptée par l’OIT en 2011, reconnaît les millions de travailleurs domestiques comme des travailleurs à part entière, les autorisant à défendre leurs droits et à lutter contre la violence et le harcèlement.
Depuis l’adoption de ladite convention, l’OIT a mis en place une stratégie d’action mondiale destinée à soutenir les gouvernements, employeurs et travailleurs dans leur démarche visant à faire du travail décent une réalité pour les travailleurs domestiques, ce qui n’est pas respecté dans presque toute la République démocratique du Congo.
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Photo d’illustration : une femme s’occupe des travaux domestiques en province du Nord-Kivu
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