Giharo : le règne de la peur et de l’impunité politique
SOS Médias Burundi
Giharo, 9 octobre 2025 – Dans la zone de Giharo, en commune de Musongati, les violences contre les membres du parti Uprona et les agents de l’ordre chargés de faire respecter la loi se multiplient. Entre agressions, blocages judiciaires et mutations suspectes, la peur et l’impunité semblent désormais régner sur la justice locale.
Le mercredi 2 octobre 2025, Usuel Ntakarutimana, responsable de l’Uprona dans la localité, a été violemment attaqué dans un bar local, son agresseur présumé étant Pierre Sahabo, selon un habitant qui s’est confié à SOS Médias Burundi. Sahabo a blessé la victime à l’épaule avant d’être maîtrisé par celle-ci.
« L’homme est arrivé brusquement avec une machette. Usuel s’est défendu de toutes ses forces, ils se sont battus jusqu’à ce qu’il parvienne à lui arracher l’arme. C’est un miracle qu’il soit encore en vie », raconte un témoin.
Bien que l’agresseur ait avoué les faits devant l’officier de police judiciaire (OPJ) chargé du dossier, ce dernier a déclaré se sentir incompétent et a promis de transmettre le dossier au parquet près le Tribunal de grande instance de Rutana. À ce jour, le dossier n’a toujours pas été transmis, alimentant les soupçons de temporisation par crainte de mutations, comme ce fut le cas pour Gilbert Niyonizigiye, muté après avoir instruit une affaire similaire contre Théoneste Juma, autre responsable de l’Uprona.
Une justice sous pression politique
Ces incidents illustrent un malaise profond au sein de la police et de la justice locales. Les agents chargés d’enquêter sur des crimes impliquant des membres ou sympathisants du CNDD-FDD, les Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir, se retrouvent isolés, déplacés ou réduits au silence.
« À Giharo, quand un opposant est agressé, le dossier s’arrête toujours avant d’arriver au parquet. Et quand un policier ose agir, il est puni », déplore un habitant de la commune.
Le précédent du commissaire Japhet Mukeshimana
Ce climat d’intimidation ne date pas d’hier. En 2024, le commissaire communal de Giharo, Major Japhet Mukeshimana, avait été tué à la machette alors qu’il tentait de poursuivre des Imbonerakure soupçonnés d’avoir assassiné un jeune adolescent. Parmi les principaux suspects figurait, selon plusieurs sources locales, le responsable des Imbonerakure de la commune, également directeur de l’éducation communale.
Plus d’un an après, aucun auteur ni commanditaire n’a comparu devant la justice, alors que le dossier devait être jugé en flagrance. Pour de nombreux habitants, cette lenteur judiciaire confirme que certaines personnes sont au-dessus des lois.
Un système d’impunité bien rodé
De Giharo à d’autres communes de la province, le même schéma se répète :
les victimes sont souvent des opposants ou des citoyens critiques ;
les agresseurs bénéficient d’une protection tacite ;
les policiers intègres sont mutés ou intimidés ;
les dossiers n’atteignent jamais le parquet.
Un défenseur local des droits humains résume :
« Ici, la justice ne suit pas la loi, elle suit la peur. Tant que la vérité dérange les puissants, elle reste enfermée dans les tiroirs des commissariats.
Pendant ce temps, Usuel Ntakarutimana vit dans l’angoisse. Son agresseur présumé circule librement, et le souvenir du commissaire Japhet Mukeshimana hante encore les consciences. Deux hommes, deux destins liés par la même question :
Jusqu’à quand la justice burundaise tolérera-t-elle que la machette remplace la loi ?
Dans la zone de Giharo, la peur et l’impunité continuent de dominer, laissant les citoyens et les agents de l’ordre à la merci de la violence politique.
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Photo : un centre de négoce en zone de Giharo, au cœur d’une région où les opposants dénoncent les violences politiques et l’impunité, marquée par les agressions et la peur dans les rangs policiers. ©SOS Médias Burundi
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