Ngozi : la justice burundaise persiste dans l’illégalité pour maintenir la journaliste Sandra Muhoza derrière les barreaux
SOS Médias Burundi
Ngozi, 20 novembre 2025 — La journaliste indépendante Sandra Muhoza a comparu ce mercredi devant la cour d’appel de Ngozi, dans la province de Butanyerera au nord de la petite nation de l’Afrique de l’Est, dans une audience où les irrégularités de procédure ont éclaté une nouvelle fois au grand jour.
Accompagnée de trois avocats déterminés, elle fait face à une justice accusée de manipuler les règles pour la maintenir en prison depuis plus d’un an et demi.
Arrêtée en mars 2024, Sandra Muhoza avait été d’abord détenue à Bujumbura, la capitale économique, avant d’être transférée à la prison de Ngozi où elle est incarcérée actuellement.
Un transfert de dossier opaque : la défense dénonce un montage judiciaire
Son dossier, initialement traité par la cour d’appel de Mukaza, dans la capitale économique Bujumbura, aurait été transféré à Ngozi.
Mais selon ses avocats, ce transfert n’a aucune existence juridique :
aucun acte officiel,
aucun arrêt de renvoi,
aucune notification.
« Nous n’avons aucune trace légale de ce transfert. Rien. C’est un bricolage judiciaire destiné à maintenir une journaliste en détention », dénonce l’un de ses défenseurs.
Une détention prolongée malgré une procédure « contaminée par l’illégalité »
Condamnée en décembre 2024 à 21 mois de prison pour un message partagé dans un groupe WhatsApp, Sandra Muhoza — journaliste du média indépendant La Nova Burundi — est devenue un symbole des pressions exercées sur la liberté de la presse dans le pays.
Les accusations portées contre elle — supposée atteinte à l’« image du Burundi » et « aversion ethnique » — sont qualifiées de floues et politiquement motivées par ses avocats.
« Sa détention actuelle n’a aucune base légale. Ni la compétence, ni le mandat d’arrêt, ni les décisions antérieures ne respectent la loi », soutient la défense.
Le ministère public, lui, continue de réclamer qu’elle reste derrière les barreaux, en dépit du caractère manifestement irrégulier du dossier.
La cour de Mukaza avait reconnu son incompétence… tout en rendant des décisions
C’est l’une des contradictions les plus graves de ce dossier :
la cour d’appel de Mukaza, à Bujumbura, avait elle-même déclaré ne pas être compétente pour juger l’affaire.
Et pourtant, malgré cette déclaration, elle a posé plusieurs actes judiciaires, dont certains ont directement prolongé la détention de la journaliste.
Pour la défense, « une cour incompétente ne peut légalement rendre aucune décision. Ces actes devraient être purement et simplement annulés ».
Une révision acceptée… mais la privation de liberté se poursuit
Face aux arguments de la défense, la cour d’appel de Ngozi a accepté d’ouvrir une révision complète de toutes les décisions prises dans les phases précédentes du dossier.
Une avancée, certes, mais insuffisante selon ses avocats tant que la journaliste reste en prison.
La décision concernant sa demande de libération provisoire est attendue dans un délai légal de 48 heures.
En attendant, Sandra Muhoza reste enfermée à la prison de Ngozi — un symbole de l’acharnement judiciaire contre les voix indépendantes au Burundi.
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Photo : la journaliste Sandra Muhoza, en tenue verte de détenue, a été transférée le 26 septembre 2025 de la prison centrale de Mpimba vers la prison de Ngozi, où elle a de nouveau comparu devant la juridiction locale le 19 novembre 2025. © DR/SOS Médias Burundi
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