Alcool clandestin : la jeunesse de Buhumuza sombrerait en silence

Alcool clandestin : la jeunesse de Buhumuza sombrerait en silence

SOS Médias Burundi

Buhumuza, 19 novembre 2025 – Face à l’explosion de boissons alcoolisées bon marché consommées dès le matin par des adolescents et de jeunes adultes, Buhumuza s’enfonce dans une crise sanitaire et sociale inquiétante. Parents, enseignants et médecins décrivent une génération piégée entre pauvreté, chômage et alcools toxiques.

Dans toutes les communes de la province de Buhumuza, à l’est du Burundi, autorités sanitaires et administratives tirent la sonnette d’alarme face à la consommation croissante de boissons alcoolisées artisanales et semi-industrielles chez les jeunes. Vendus à bas prix et facilement accessibles, ces produits mettent en danger la santé et l’avenir d’une génération entière.

Sur les collines de Gisuru, Kinyinya, Butaganzwa, Ruyigi, Butezi et Butihinda, il est fréquent de voir des jeunes rassemblés autour de bouteilles en plastique de boissons locales telles que “Grand Bidon”, “Somarwahiye”, “Marbre” ou encore “Nzobandwa”, un mélange de plusieurs types d’alcools, dont du jus de banane fermenté, de la mélasse et diverses liqueurs, ainsi que le fameux whisky surnommé “Kick”.

Selon des habitants, ces produits contiennent souvent des substances chimiques non contrôlées. « Certains jeunes commencent à boire dès le matin. D’autres ne vont plus aux champs ni à l’école », témoigne un enseignant de la colline Nyabitare. « On retrouve ces boissons jusque dans les kiosques près des écoles, autour des marchés et même près des églises fréquentées par les jeunes. »

Du côté du Bureau provincial de la santé, un médecin sous couvert d’anonymat confirme une hausse des cas liés à l’alcoolisme : gastrites, troubles mentaux, maladies du foie, accidents domestiques, fatigue prolongée, mais aussi bagarres entraînant des blessures graves, des invalidités et parfois la mort. « Nous recevons régulièrement des jeunes accidentés sur la voie publique. La plupart sont des motards exerçant comme taxis-motos. Le plus inquiétant, c’est que beaucoup consomment des produits fabriqués sans aucune norme d’hygiène ni dosage connu », prévient-il.

Face à cette situation, les autorités locales ont lancé des campagnes de sensibilisation. « Nous travaillons avec les administrateurs communaux et les chefs de colline pour identifier les points de vente illégaux », explique Denise Ndaruhekere, gouverneure de Buhumuza. « Mais la lutte reste difficile car ces boissons sont produites clandestinement. » Elle déplore également que certains jeunes, sous l’effet de l’alcool, passent leurs nuits à rôder pour voler les biens des habitants. Lors de séances de sensibilisation, elle a annoncé que désormais ces jeunes seraient mobilisés pour travailler dans des champs d’intérêt public actuellement en préparation.

Un rassemblement de jeunes dans une localité de Buhumuza autour de la gouverneure Denise Ndaruhekere, qui les a menacés d’être mobilisés pour travailler dans des champs d’intérêt public face à la consommation croissante de boissons alcoolisées artisanales et semi-industrielles. © SOS Médias Burundi

Les parents, eux aussi, s’inquiètent. Certains demandent au gouvernement d’interdire la fabrication artisanale d’alcools dangereux et d’intensifier les campagnes de sensibilisation dans les écoles et les marchés. Les vendeurs confirment la vente discrète de ces boissons, dissimulées parmi des jus aux emballages plastiques similaires connus seulement des consommateurs.

Les jeunes interrogés dénoncent pour leur part une misère persistante et l’absence de perspectives. « La majorité d’entre nous avons terminé nos études secondaires, mais nous sommes bloqués dans notre avenir. Nous consommons ces substances parce que nous ne savons plus à quel saint nous vouer », confient-ils.

En attendant des mesures concrètes, la jeunesse de Buhumuza continue de s’exposer à un danger grave et silencieux, nourri par la pauvreté et le manque d’encadrement.

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Photo : Un point de vente de boissons alcoolisées artisanales et semi-industrielles dans une zone de la province de Buhumuza, où ces produits sont facilement accessibles aux jeunes © SOS Médias Burundi

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