#PinceauSansFiltre : quand le président affirme ignorer l’emprisonnement de Sandra Muhoza
Lors d’une rencontre organisée ce 1er décembre 2025 par la présidence de la République avec les professionnels des médias burundais et les correspondants internationaux, le président Évariste Ndayishimiye a affirmé ne pas être au courant de l’emprisonnement de la journaliste Sandra Muhoza, détenue depuis le 13 avril 2024.
Une déclaration qui a surpris plus d’un, alors que son cas est largement documenté par les organisations de défense des droits humains et les médias indépendants.
Le chef de l’État a également évoqué le journaliste Kenny Claude Nduwimana, toujours détenu dans les cachots du Service national de renseignement (SNR) après avoir été transféré de la prison centrale de Bujumbura, dite Mpimba, dans la capitale économique.
Face aux professionnels des médias, il a indiqué que les journalistes incarcérés pourraient être libérés « s’ils demandent pardon et que leurs dossiers soient éligibles à la grâce présidentielle ». Pourtant, quelques heures seulement avant cette déclaration, Sandra Muhoza avait été officiellement notifiée du maintien de sa détention. Cette contradiction flagrante entre la réalité judiciaire et la communication présidentielle soulève de sérieuses questions sur la coordination, ou l’absence de coordination, entre les institutions chargées de la justice, de la sécurité et de l’information.
Un climat médiatique toujours sous pression
Depuis plusieurs années, les journalistes burundais évoluent dans un environnement marqué par des pressions politiques constantes, des restrictions administratives et des intimidations répétées. Malgré la réouverture de certains médias après la crise de 2015, déclenchée par le mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza et suivie de la fermeture ou destruction de nombreux médias indépendants ainsi que de la fuite d’une centaine de journalistes, la liberté d’expression reste fragile et étroitement surveillée.
Les arrestations de journalistes comme Sandra Muhoza et Kenny Claude Nduwimana rappellent que les pratiques coercitives n’ont pas disparu. Elles illustrent un système où l’accès à la justice reste opaque, et où les interventions du pouvoir exécutif semblent parfois primer sur les procédures institutionnelles.
Une invitation à « demander pardon » qui interroge
En conditionnant une éventuelle libération à une demande publique de pardon, le président renvoie la responsabilité aux journalistes eux-mêmes, sans clarifier les accusations ni les motivations exactes de ces détentions.
Cette approche entretient un climat d’incertitude pesant lourdement sur l’ensemble de la profession. Pour de nombreux acteurs du secteur, cette déclaration présidentielle, loin de rassurer, met en lumière les contradictions persistantes du système burundais : arrestations sans transparence, détentions prolongées sans procès, et communication politique qui se défausse de ses responsabilités.
À l’heure où la petite nation de l’Afrique de l’Est tente de redorer son image sur la scène internationale, la situation de Sandra Muhoza, de Kenny Claude Nduwimana et de Didier Ndihokubwayo — ancien journaliste de Radio Maria Burundi, détenu depuis décembre 2024 pour « détention illégale d’armes » et récemment condamné à trois ans de prison ferme — reste un test révélateur des limites du discours officiel sur les libertés publiques.
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