Sud-Kivu en feu : combats généralisés entre le M23, les FARDC et troupes burundaises à deux jours d’un accord de paix à Washington
SOS Médias Burundi
Bukavu, 2 décembre 2025- À la frontière burundo-congolaise comme dans plusieurs localités du Sud-Kivu, des tirs nourris ont secoué ce mardi la plaine de la Ruzizi et les collines de Katogota, Kamanyola, Kaziba et Lubarika. Civils blessés, combattants en fuite, maisons incendiées, déplacements massifs : à 48 heures de la signature annoncée d’un accord de paix entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame à Washington, le front s’embrase à nouveau.
Tirs nourris sur la frontière burundo-congolaise : panique à Rukana et Kamanyola
Mardi matin 2 décembre, de violents affrontements ont éclaté près de la rivière Rusizi, qui sépare la RDC du Burundi, opposant le mouvement M23 aux forces burundaises, congolaises et aux miliciens Wazalendo. Des détonations d’armes lourdes ont réveillé les habitants de Rukana, dans la commune de Cibitoke, province de Bujumbura, à l’ouest du Burundi.
Les échanges de tirs se sont concentrés autour de Katogota, face à Kamanyola, où des positions burundaises, congolaises et Wazalendo font face aux combattants du M23.
Le bilan provisoire fait état de cinq civils blessés, dont trois enfants touchés chez eux par des éclats d’obus.
Combattants refoulés à la frontière
Durant les combats, plusieurs militaires burundais ont traversé la Rusizi pour se réfugier sur la colline Gatoki, toujours à Rukana. L’armée burundaise les a empêchés d’avancer plus loin, les cantonnant au bord de la rivière avant de les reconduire à leurs positions.
« Nous avons fui parce que le M23 possède du matériel que nous n’avons pas. Nous prions pour que cette guerre cesse », confie l’un d’eux.
Population terrée chez elle
Les habitants de Kamanyola, Itara-Luvungi et Katogota sont restés retranchés, tandis que la peur gagnait les villages des deux côtés de la frontière.
Walungu, Uvira, Kaziba : le Sud-Kivu en flammes
Dans les territoires de Walungu et d’Uvira, les combats ont commencé dès l’aube. Des affrontements opposent l’AFC/M23 et ses alliés à une coalition FARDC – Wazalendo – unités burundaises et combattants des FDLR (Forces de libération du Rwanda), un groupe hutu rwandais accusé de participation au génocide contre les Tutsis en 1994.
« Depuis 5h30, ça tire sans arrêt à Kamanyola, Katogota, Nyangezi et Kaziba. Les écoles et les activités économiques sont paralysées », rapporte un acteur de la société civile.
Maisons brûlées et blessés
Selon les sources locales, des maisons ont été incendiées dans le groupement de Butuzi, à Ngando, Mwera et Muhumba.

Des blessés ont été signalés à Karembo. Les affrontements se sont également étendus vers Karimbirwa.
Villageois en fuite
Les habitants de Lubarika, Luvungi et Katogota ont abandonné leurs champs et commencé à fuir vers l’intérieur du pays.
« Les habitants rebroussent chemin face à l’intensité des combats. Des familles entières quittent précipitamment leurs villages », affirme la société civile.
Chute de Lubarika
La localité stratégique de Lubarika est tombée entre les mains des rebelles ce mardi après-midi, ont confirmé à SOS Médias Burundi plusieurs sources locales. Les forces loyalistes, déjà affaiblies par plusieurs jours d’affrontements, n’ont pas réussi à contenir l’avancée rebelle qui visait à sécuriser des axes routiers clés de la zone.
Déploiement massif de troupes
À Kamanyola, des témoins évoquent le passage nocturne de centaines de militaires accompagnés de véhicules blindés et d’armements lourds.

Ils se seraient installés sur les hauteurs de la paroisse, à Karimbirwa, et en direction de Kamonyi–Lubarika, tandis que d’autres unités progressent vers les montagnes de Kalunga.
Accusations croisées sur l’origine des affrontements
Les FARDC accusent le M23
Dans un communiqué, l’armée congolaise affirme que le M23 a attaqué simultanément ses positions à Lubarika, Katogota et Kaziba.
Le M23 accuse la coalition FARDC – Wazalendo – FDLR – troupes burundaises
Le mouvement rebelle assure que ce sont ses positions qui ont été prises pour cible à l’aube.
Des Wazalendo revendiquent l’initiative
Certains combattants affirment avoir lancé l’offensive pour « reprendre Kamanyola ».
Destruction massive et bilan encore inconnu
L’usage d’armes lourdes a causé d’importants dégâts.
Plusieurs maisons ont été détruites, provoquant des déplacements internes massifs.
Aucun bilan précis n’était disponible jusqu’à la publication de cet article.
Un contexte régional explosif à la veille d’un accord de paix à Washington
La flambée de violence intervient alors que Kigali et Kinshasa doivent signer, le 4 décembre à Washington, un accord de paix sous médiation américaine.
Le M23, ancienne rébellion tutsi ayant repris les armes fin 2021, reproche à Kinshasa de ne pas avoir respecté les accords de réinsertion.
Kinshasa accuse en retour le Rwanda de soutenir les rebelles.
Des experts de l’ONU — qualifiés « d’imposteurs » par Kigali — affirment qu’environ 6 000 militaires rwandais sont déployés dans l’est du Congo pour soutenir le M23.
Le gouvernement rwandais rejette catégoriquement ces accusations.

Le M23 est affilié à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par l’ancien président de la CENI ( Commission électorale nationale indépendante), Corneille Nangaa, qui plaide pour un « État fédéral ».
Rôle accru du Burundi
Le Burundi a déployé plus de 10 000 soldats dans l’est de la RDC, combattant aux côtés des FARDC et des milices pro-Kinshasa, notamment les Wazalendo.
Nouvelles accusations de Kigali
Kigali accuse désormais la RDC et le Burundi d’armer les FDLR, affirmant qu’ils recevraient uniformes, munitions et appui tactique.
Des accusations fermement balayées d’un revers de la main par Kinshasa et ignorées publiquement par Gitega.
Washington sous tension diplomatique
Les présidences burundaise et kényane ont confirmé la participation d’Évariste Ndayishimiye et William Ruto à la rencontre de Washington.
Ruto est perçu comme l’ennemi juré de Félix Tshisekedi — un facteur susceptible de tendre davantage une médiation déjà fragile.
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Photo : deux militaires assistent à une réunion dans une salle de conférence ornée d’un drapeau de l’AFC à Goma, capitale du Nord-Kivu. Depuis le début de l’année, les rebelles du M23, affiliés à l’Alliance Fleuve Congo, ont renforcé leur emprise dans le Sud-Kivu, avançant progressivement vers la frontière burundo-congolaise. ©SOS Médias Burundi
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