Convocation choc : où va l’affaire Kenny Claude Nduwimana ?
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 4 décembre 2025- Ce jeudi, le journaliste Kenny Claude Nduwimana a été convoqué sans préavis au parquet de Mukaza, dans la ville commerciale de Bujumbura, alors qu’aucune information officielle n’avait circulé sur l’évolution de son dossier. Ni sa famille ni ses avocats n’avaient été informés, plongeant une fois de plus son entourage dans l’inquiétude et l’incertitude.
Cette convocation intervient dans un contexte particulièrement opaque. Kenny Claude avait été retiré de la prison centrale de Bujumbura dite Mpimba le 24 octobre 2025, puis transféré discrètement dans les cachots du Service national de renseignements (SNR). Depuis lors, il est détenu sans visite autorisée, à l’exception d’une seule de la Commission nationale indépendante des droits humains (CNIDH). Selon des sources proches du dossier, le journaliste n’a pas été torturé, contrairement aux pratiques qui sont parfois observées dans ces locaux.
Durant son séjour au SNR, Kenny Claude aurait été questionné sur sa probable collaboration avec des journalistes burundais basés à l’étranger, sur sa communication avec ses sources, ainsi que sur une lettre ouverte adressée au chef de l’État il y a quelques mois, dans laquelle il dénonçait des dérives du système judiciaire burundais.
Pour rappel, Kenny Claude avait été condamné à huit mois de prison le 26 août 2024, après dix mois de détention préventive. En décembre 2024, une attestation de non-appel avait été délivrée, indiquant que l’affaire était close et qu’il devait être libéré. Pourtant, le 21 janvier 2025, le ministère public a déposé un recours, bien après le délai légal de 90 jours, ce qui a été dénoncé par le journaliste et ses avocats comme un emprisonnement arbitraire et un grave déni de justice.
Ce nouvel épisode survient quelques jours après une déclaration du président Évariste Ndayishimiye, qui a demandé à Kenny Claude et à la journaliste Sandra Muhoza, détenue à Ngozi (nord du pays), d’officialiser une demande de pardon en vue d’une possible grâce présidentielle. Une exigence qui suscite de vifs débats : comment formuler une demande de pardon lorsque la procédure judiciaire reste floue et que le détenu est maintenu dans un isolement presque total ?
Cette affaire soulève plusieurs questions essentielles :
– Pourquoi la détention dans les locaux du SNR, dont les méthodes sont souvent critiquées ?
– Pourquoi l’accès à la famille et aux avocats est-il quasiment inexistant ?
– Pourquoi conditionner une éventuelle libération à une demande de pardon alors que les zones d’ombre persistent autour du dossier ?
Dans une période où la liberté de la presse au Burundi demeure sous forte pression, les situations de Kenny Claude Nduwimana et de Sandra Muhoza incarnent les défis auxquels font face les professionnels des médias dans la petite nation de l’Afrique de l’Est. Entre espoir d’un dénouement et préoccupation croissante face à la détention prolongée dans les locaux du renseignement, les appels à la transparence, au respect des droits fondamentaux et à une procédure équitable se multiplient.
Pour l’instant, une chose demeure certaine : tant que ces journalistes seront privés de communication, de garanties judiciaires et de conditions de détention claires, leurs dossiers continueront de symboliser la fragilité de la liberté d’informer au Burundi.
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Photo : le journaliste Kenny Claude Nduwimana s’entretient avec le président de la CNIDH, Mgr Martin Nyaboho, la seule visite qu’il a reçue depuis son transfert de Mpimba au SNR. ©DR/SOS Médias Burundi
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