Uvira : la rue s’oppose au retrait annoncé de l’AFC/M23
SOS Médias Burundi
Uvira, 16 décembre 2025- Au lendemain de l’annonce d’un retrait conditionnel de l’AFC/M23 d’Uvira, plusieurs centaines d’habitants sont descendus dans la rue pour réclamer le maintien du mouvement rebelle, dans un contexte de fortes pressions diplomatiques américaines, de tensions sécuritaires persistantes et d’inquiétudes croissantes sur l’avenir de la ville.
Plusieurs centaines d’habitants venus de différents quartiers de la ville d’Uvira ont organisé, ce mardi, une manifestation pacifique pour réclamer le maintien de l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23) dans la ville et exprimer leur opposition à un éventuel retrait du mouvement.
Les manifestants ont marché du pont de Mulongwe jusqu’à la mairie d’Uvira. Tout au long du parcours, des pancartes distinctes, propres à chaque quartier, étaient brandies par les participants. Chacune portait des messages et des revendications spécifiques, traduisant les préoccupations locales liées à la sécurité, à la liberté de circulation et à la protection des civils. Des chants de victoire et de remerciement à l’endroit de l’AFC/M23 ont également été entonnés.
Selon des sources locales concordantes, la mobilisation a été organisée par une douzaine de chefs de quartiers d’Uvira, qui ont appelé leurs administrés à manifester. Officiellement, aucune figure politique, militaire ou issue de la société civile n’a publiquement endossé ou dirigé cette manifestation.
Parmi les participants, Marie M., habitante d’Uvira, affirme que la présence de l’AFC/M23 a permis un retour relatif au calme.
« Nous vivons en paix. Nous pouvons circuler librement sans entendre des coups de feu ni subir des tracasseries. Nous ne voulons pas que le M23 quitte cette ville », a-t-elle déclaré.
Nyamitavu A., membre de la communauté Banyamulenge, dit redouter les conséquences d’un éventuel retrait.
« De février à décembre, nous vivions sous des menaces, des tortures, des discriminations et des tueries attribuées aux Wazalendo. Aujourd’hui, grâce à l’arrivée du M23, nous circulons librement et rentrons chez nous sans crainte », a-t-elle témoigné.
Bisimwa M., issu de la communauté Shi, a pour sa part mis en avant l’amélioration de la circulation entre Uvira et Bukavu.
« Avant, pour aller à Bukavu, je passais par le Burundi, la Tanzanie et le Rwanda à cause des barrières illégales des FARDC et des Wazalendo dans la plaine de la Ruzizi. Le voyage durait trois jours. Aujourd’hui, je prends directement le bus Uvira–Bukavu et le trajet dure environ six heures », a-t-il expliqué.
Selon plusieurs sources locales, l’AFC/M23 a pris le contrôle de la ville d’Uvira le 10 décembre 2025. À la suite de cette prise, plusieurs éléments des Forces armées de la RDC (FARDC) et des groupes Wazalendo auraient fui vers le Burundi, Kalemie et Fizi.
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La manifestation s’est déroulée dans le calme, sans incident majeur, les organisateurs appelant les autorités à prendre en compte les revendications exprimées par les différents quartiers de la ville.
Une mobilisation au lendemain d’une annonce de retrait conditionnel
Cette manifestation intervient au lendemain de l’annonce par l’AFC/M23 d’un retrait unilatéral mais conditionnel d’Uvira, annoncé sous pression diplomatique américaine accrue sur le Rwanda, accusé par l’ONU, la RDC et le Burundi de soutenir la rébellion.

Dans un communiqué signé par son coordinateur Corneille Nangaa, l’AFC/M23 a indiqué que ce retrait vise à soutenir le processus de Doha, sous médiation qatarie, tout en posant plusieurs conditions, notamment la démilitarisation d’Uvira, la protection des civils et le déploiement d’une force neutre chargée du contrôle du cessez-le-feu.
Tombée aux mains des rebelles du M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025, la ville d’Uvira se situe à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont concentrées les agences des Nations unies et une grande partie de l’administration centrale. Depuis plus de trois décennies, l’est de la RDC est marqué par une succession de conflits armés impliquant de nombreux groupes rebelles.
Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle aujourd’hui plusieurs villes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Uvira, ainsi que plusieurs autres zones stratégiques riches en minerais. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le mouvement, tandis que le Rwanda dénonce l’appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais accusé d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. Ces accusations croisées persistent malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025, sous médiation américaine, entre la RDC et le Rwanda, avec le Burundi représenté comme observateur, censé baliser une désescalade régionale. Kigali continue de nier les allégations quant à son soutien aux rebelles malgré le récent rapport des experts onusiens qualifiés d’imposteurs par les autorités rwandaises, qui confirment la présence d’entre 5 000 à 7 000 militaires rwandais déployés aux côtés des combattants du M23.
Les retombées sécuritaires et humanitaires se font déjà sentir au Burundi voisin, qui a accueilli plus de 40 000 réfugiés congolais depuis début décembre, parmi lesquels figurent des militaires et des miliciens, alors que le passage terrestre d’Uvira est devenu impraticable.
La mobilisation populaire observée à Uvira illustre ainsi les fortes tensions locales autour de l’annonce du retrait et place l’AFC/M23, comme les acteurs diplomatiques régionaux, face à un test délicat pour la suite du processus de désescalade.
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Photo : des manifestants, dont des femmes, défilent dans une rue d’Uvira pour exprimer leur soutien à la coalition politico-militaire AFC/M23 et à ses dirigeants, le 16 décembre 2025. ©SOS Médias Burundi
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