À Gitega, Ndayishimiye met en garde Kigali alors que son armée recule à l’Est de la RDC

À Gitega, Ndayishimiye met en garde Kigali alors que son armée recule à l’Est de la RDC

SOS Médias Burundi

Gitega, 22 décembre 2025 — Alors que l’armée burundaise bat en retraite du Sud-Kivu après de lourds revers face au M23, le président Évariste Ndayishimiye a lancé un sévère avertissement au Rwanda, accusé de menacer la sécurité nationale et de soutenir la rébellion congolaise. Appelant les forces armées et la population à se tenir prêtes, il a décrit une situation régionale « chaotique », marquée par l’escalade des tensions et par des accusations croisées entre Kigali, Gitega et Kinshasa.

Lors des cérémonies d’échange de vœux de Noël et du Nouvel An 2026 avec les corps de défense et de sécurité, organisées vendredi dernier à la Base aérienne de Gitega dans la capitale politique, le président de la République, Évariste Ndayishimiye, a tenu un discours ferme à l’endroit du Rwanda, accusé par lui de nourrir des menaces persistantes contre le Burundi.

Sans détour, le chef de l’État a affirmé que le danger demeurait présent aux frontières du pays. « L’ennemi est toujours devant la porte, on ne peut pas le nier. Nous avons un mauvais voisin au nord du Burundi », a-t-il lancé. Selon lui, Kigali préparerait des attaques contre le Burundi afin, dit-il, de lever des obstacles à la conquête de la République démocratique du Congo (RDC).

Le président Ndayishimiye a également réitéré ses accusations selon lesquelles le Rwanda financerait des rébellions et des opposants hostiles au Burundi. « Qu’ils le sachent, le Burundi n’est pas un enfant. C’est un pays qui ne peut pas être envahi », a-t-il insisté, appelant les forces de défense et de sécurité à rester vigilantes en étroite collaboration avec les autorités administratives et les populations civiles.

Selon lui, le Burundi poursuit activement des préparatifs face à toute éventualité de guerre, impliquant l’ensemble des citoyens. Il a prévenu que toute attaque contre le Burundi aurait des conséquences : « Quiconque prétendra attaquer le Burundi saura comment la bataille a commencé, mais ne maîtrisera jamais la fin de cette lutte, car les hostilités prendront fin à Kigali. »

Le chef de l’État a conclu son allocution par un appel à l’unité au sein des forces armées. Il a exhorté généraux et officiers supérieurs à rester sereins et soudés, les mettant en garde contre d’éventuelles tentatives de division qu’il attribue à des acteurs poursuivant des intérêts personnels.

Un discours prononcé alors que l’armée burundaise se retire du Sud-Kivu

Ces déclarations d’Évariste Ndayishimiye interviennent alors que la situation reste explosive dans l’est de la RDC, sur fond d’accusations croisées entre Kigali, Gitega et Kinshasa.

Le 9 décembre, le ministre burundais des Relations extérieures, Édouard Bizimana, a accusé le Rwanda d’avoir déployé plus de 8 000 militaires en soutien au M23, ainsi que d’avoir attaqué des positions burundaises et congolaises en violation de l’accord de Washington. Le lendemain, le président rwandais Paul Kagame a, de son côté, reproché au Burundi d’avoir déployé plus de 20 000 soldats en RDC, accusant les troupes burundaises d’utiliser drones et artillerie pour « tuer des civils, surtout à Minembwe ».

Selon plusieurs sources concordantes, une grande partie des militaires burundais ont été rapatriés au cours des trois dernières semaines, suite à l’avancée du M23 et aux lourdes pertes subies par les FARDC, appuyées par l’armée burundaise et les milices locales pro-Kinshasa, les Wazalendo.

À Rumonge, dans la ville portuaire du sud-ouest du Burundi, deux militaires récemment rapatriés de la RDC via le lac Tanganyika rentrent affamés, démoralisés et vêtus de manière délabrée, selon des témoins. ©SOS Médias Burundi
À Rumonge, dans la ville portuaire du sud-ouest du Burundi, deux militaires récemment rapatriés de la RDC via le lac Tanganyika rentrent affamés, démoralisés et vêtus de manière délabrée, selon des témoins. ©SOS Médias Burundi

Le M23 contrôle depuis le début de l’année les capitales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que des zones minières stratégiques, dont la ville d’Uvira, située à quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique où sont concentrées les agences des Nations-Unies et l’administration centrale. Elle est également le poumon économique de la petite nation de l’Afrique de l’Est, les habitants de Bujumbura étant obligés d’aller s’approvisionner en carburant à Uvira, le pays traversant une crise carburant depuis près de cinq ans et les marchés de Bujumbura comptant beaucoup sur la clientèle congolaise.

Après la chute d’Uvira — agglomération stratégique du Sud-Kivu située à proximité directe de Bujumbura — les soldats burundais encore présents sur le sol congolais sont rapatriés par voie lacustre, via Baraka et Mboko sur le lac Tanganyika, leurs routes terrestres ayant été totalement coupées après l’avancée rapide du M23 dans la majorité des localités et cités du Sud-Kivu.

Réactivé en 2021, le mouvement rebelle M23, composé majoritairement de Tutsis congolais, contrôle aujourd’hui plusieurs agglomérations stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le groupe rebelle, ce que le Rwanda nie, reprochant en retour à la RDC et au Burundi de soutenir les FDLR, une milice hutu rwandaise impliquée dans le génocide des Tutsis de 1994.

Escalade régionale malgré l’accord de Washington

Malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre sous médiation américaine et censé amorcer une désescalade régionale, le climat demeure tendu. Kigali continue de rejeter le rapport des experts des Nations Unies — qualifiés « d’imposteurs » — affirmant la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés du M23 sur le sol congolais.

Le M23 est désormais intégré au sein de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire hostile au gouvernement de Félix Tshisekedi, dirigé par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale congolaise, qui plaide pour un État fédéral en RDC.

Le Burundi avait déployé plus de 10 000 soldats dans le Sud-Kivu avant d’entamer un retrait progressif après les revers militaires successifs subis par les FARDC et leurs alliés.

Frontière fermée et accusations persistantes

Selon des sources locales et sécuritaires contactées par SOS Médias Burundi, le Burundi et le Rwanda ont parallèlement renforcé leur dispositif militaire le long de leur frontière commune.

La situation reste tendue entre les deux pays, dont les frontières terrestres demeurent fermées depuis janvier 2024. Gitega accuse Kigali d’héberger des putschistes impliqués dans la tentative de coup d’État de mai 2015 et d’entretenir des groupes armés hostiles au pouvoir burundais — des allégations que le Rwanda rejette fermement.

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Photo : le président Évariste Ndayishimiye observe les honneurs militaires et met en garde Kigali alors que l’armée burundaise recule dans le Sud-Kivu. Il accuse le Rwanda de soutenir le M23 et d’entraver la sécurité régionale, appelant forces armées et population à rester vigilantes © DR/SOS Médias Burundi

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