Burundi : plusieurs dizaines de milliers de réfugiés congolais bloqués, privés de logement autonome et de retour

Burundi : plusieurs dizaines de milliers de réfugiés congolais bloqués, privés de logement autonome et de retour

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 22 décembre 2025 – Depuis la reprise des combats dans l’est de la RDC, plusieurs dizaines de milliers de Congolais ont franchi la frontière pour se réfugier au Burundi. Selon des sources humanitaires, la petite nation de l’Afrique de l’Est a déjà accueilli plus de 70 000 réfugiés congolais depuis début décembre, s’ajoutant à plus de 100 000 autres réfugiés installés au Burundi depuis plusieurs années pour certains. Les autorités burundaises ont contraint même ceux qui voulaient louer des maisons ou se loger temporairement chez des proches à rejoindre les centres de transit et les camps provisoires, alors que certains souhaitaient simplement attendre une accalmie pour retourner en RDC. La situation humanitaire devient critique.

Des réfugiés privés de choix

Si une grande partie de ces déplacés a fui dans la précipitation, certains disposaient de moyens financiers leur permettant de trouver refuge temporairement à Bujumbura, la capitale économique du Burundi située à quelques kilomètres de la frontière terrestre avec le Congo, en louant des maisons ou en s’installant chez des proches. Leur objectif n’était pas de s’installer durablement comme réfugiés, mais d’attendre une accalmie pour rentrer en RDC.

Cependant, la publication récente d’un communiqué du ministère burundais de l’Intérieur, exigeant que tous les exilés se rendent dans des centres de transit avant leur transfert vers les camps à l’intérieur du pays, a bouleversé cette situation. Désormais, même ceux ayant trouvé des solutions de logement autonome sont contraints de quitter la capitale.

Témoignages

Sulemani, un ressortissant congolais installé à Bujumbura, raconte :

« J’avais loué une maison avec mes propres moyens. Mon intention était simplement d’attendre que la situation se calme à Uvira pour rentrer. Je ne voulais pas aller dans un camp de réfugiés. Mais aujourd’hui, on m’oblige à aller au centre de transit de Cishemere. Je n’ai pas le choix. »

Comme lui, plusieurs familles se disent dépossédées de leur liberté de mouvement malgré leur capacité à subvenir temporairement à leurs besoins.

Des réfugiés congolais, dont des enfants, accueillis dans un camp de police à Gatumba, à l’ouest du Burundi. Une altercation entre des réfugiés tentant de sortir et les forces de police a fait au moins un mort la semaine dernière. ©SOS Médias Burundi
Des réfugiés congolais, dont des enfants, accueillis dans un camp de police à Gatumba, à l’ouest du Burundi. Une altercation entre des réfugiés tentant de sortir et les forces de police a fait au moins un mort la semaine dernière. ©SOS Médias Burundi

Parallèlement, certains réfugiés souhaitent rentrer en RDC, mais la fermeture de la frontière burundo-congolaise de Gatumba rend ce retour direct presque impossible. Face à cette situation, certains tentent des itinéraires alternatifs via la Tanzanie et le Rwanda pour rejoindre Kamanyola et Uvira.

« À l’ambassade, on m’a d’abord exigé d’acheter la carte consulaire. Ensuite, pour demander le tenant-lieu de passeport, j’ai dû encore payer. Au total, j’ai dépensé 75 dollars pour les deux documents », raconte un autre réfugié.
« À cela s’ajoutent les frais de transport à travers trois pays. Tout ça juste pour rentrer chez moi. »

Entre l’obligation de rejoindre les camps, l’impossibilité de retourner directement en RDC et le coût élevé des démarches, les réfugiés se retrouvent pris au piège. Plusieurs d’entre eux appellent les gouvernements burundais et congolais à mettre en place un couloir de retour volontaire, afin de permettre un retour digne.

Trois solutions durables sont reconnues pour mettre fin au statut de réfugié : le retour volontaire dans le pays d’origine, l’intégration locale dans le pays d’accueil, ou la réinstallation dans un pays tiers.

Contexte régional tendu

Ces réfugiés fuient les affrontements qui opposent l’armée congolaise (FARDC), appuyée par plus de 10 000 soldats burundais et des milices locales soutenues par Kinshasa, les Wazalendo, au groupe armé M23. Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle aujourd’hui plusieurs villes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Uvira, ainsi que plusieurs zones riches en minerais. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le mouvement, tandis que le Rwanda dénonce l’appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais accusé d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Deux policiers burundais lors d’une opération de contrôle de nouveaux réfugiés congolais à l’ouest du Burundi, le 11 décembre 2025. ©SOS Médias Burundi
Deux policiers burundais lors d’une opération de contrôle de nouveaux réfugiés congolais à l’ouest du Burundi, le 11 décembre 2025. ©SOS Médias Burundi

Ces accusations croisées persistent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 sous médiation américaine avec le Burundi comme observateur, censé faciliter une désescalade régionale. Kigali continue de nier son soutien aux rebelles malgré le rapport des experts onusiens, qualifiés d’« imposteurs » par les autorités rwandaises, qui confirment la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés du M23.

Le M23 est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire hostile à Kinshasa, dirigé par Corneille Nangaa, ancien président de la CENI congolaise, qui milite pour un État fédéral en RDC. Le Burundi a déployé plus de 10 000 soldats dans le Sud-Kivu pour soutenir les FARDC et les groupes supplétifs Wazalendo.

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Photo : des réfugiés congolais devant des abris en chaume, couverts de pagnes, dans un camp à l’est du Burundi. Les occupants dénoncent des conditions similaires à celles des sites de transit. ©SOS Médias Burundi

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