Busuma : la pénurie d’eau et l’insalubrité menacent la vie des réfugiés congolais

Busuma : la pénurie d’eau et l’insalubrité menacent la vie des réfugiés congolais

SOS Médias Burundi

Ruyigi, 5 janvier 2026 –Installé en urgence au début du mois de décembre 2025, le camp de Busuma, situé en commune Ruyigi, province de Buhumuza, à l’est du Burundi, accueille un afflux massif de réfugiés congolais provenant de différents centres de transit proches de la frontière burundo-congolaise. Ces personnes avaient été hébergées provisoirement après avoir fui les récentes hostilités entre les FARDC, l’armée loyaliste congolaise appuyée par les milices locales Wazalendo entretenues par Kinshasa et la FDNB (Force de Défense Nationale du Burundi), et le M23.

Moins d’un mois après son ouverture, Busuma, déjà surpeuplé, fait face à une grave crise humanitaire, marquée par une pénurie aiguë d’eau potable et un déficit criant d’infrastructures sanitaires.

Dans ce camp, le manque de toilettes constitue l’un des problèmes les plus préoccupants. Les rares latrines disponibles sont largement insuffisantes pour plus de 65 000 personnes. En conséquence, de nombreux réfugiés sont contraints de se soulager dans le camp ou à ses abords, exposant l’ensemble de la communauté à de graves risques sanitaires. Des cas de choléra ont déjà été signalés, renforçant la crainte d’une épidémie incontrôlable.

« Nous vivons dans des conditions inhumaines. Il n’y a presque pas de toilettes et l’hygiène est impossible à respecter. Nous avons peur de mourir ici à cause des maladies », confie Pascal*, un réfugié congolais récemment arrivé à Busuma.

À cette situation sanitaire critique s’ajoute une pénurie sévère d’eau potable. Le camp, installé au sommet d’une montagne, oblige les réfugiés à parcourir de longues distances, parfois en traversant deux marchés, pour atteindre les sources d’eau situées dans les bas-fonds utilisées par les communautés hôtes.

« Pour trouver de l’eau, nous descendons très loin dans la vallée. C’est extrêmement fatigant. Il m’arrive de passer une journée entière sans me laver », témoigne Macozi, une réfugiée de 65 ans. « Pour une femme, c’est très difficile. Les personnes âgées qui vivent seules n’ont tout simplement pas la force de parcourir ce chemin. »

Outre l’eau et l’hygiène, les réfugiés dénoncent l’insuffisance de nourriture, d’abris adéquats et de soins de santé. Selon plusieurs témoignages, des décès sont enregistrés quotidiennement dans le camp. « Nous enterrons entre 8 et 10 personnes par jour. Même si d’autres causes peuvent être en jeu, le manque d’hygiène reste la principale », alerte un réfugié, lançant un appel pressant aux organisations humanitaires.

Face à cette situation alarmante, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) reconnaît l’ampleur des besoins. En décembre dernier, Brigitte Mukanga-Eno, représentante du HCR au Burundi, a indiqué que l’organisation avait besoin de 33 millions de dollars pour assurer une réponse humanitaire sur quatre mois, de décembre à fin mai. « Nous espérons pouvoir réviser ce plan, car l’afflux des réfugiés se poursuit », a-t-elle précisé.

Ces violences en RDC persistent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, auquel le Burundi a participé en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994.

Malgré les démentis répétés de Kigali, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies, qualifié « d’imposture » par les autorités rwandaises, affirme la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles de l’AFC/M23. Réactivé en 2021, le M23, composé majoritairement de Tutsis congolais et désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), contrôle aujourd’hui plusieurs territoires stratégiques dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, ainsi que des sites miniers majeurs, notamment le gisement de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde.

Des hommes et des femmes se pressent autour de l’unique robinet disponible pour s’approvisionner en eau. ©SOS Médias Burundi
Des hommes et des femmes se pressent autour de l’unique robinet disponible pour s’approvisionner en eau. ©SOS Médias Burundi

Pendant ce temps, près de 90 000 réfugiés congolais ont été accueillis au Burundi au seul mois de décembre, s’ajoutant à plus de 70 000 autres arrivés plus tôt dans l’année, accentuant la pression humanitaire et sécuritaire dans plusieurs provinces à l’est du pays.

Face à cette crise, les réfugiés et la société civile multiplient les appels pour une assistance humanitaire urgente, suffisante et responsable, conforme aux normes internationales, notamment la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.

Les besoins prioritaires concernent :

l’accès à la nourriture,

aux abris,

aux soins de santé,

à l’eau potable,

et à des conditions de vie dignes.

Le retour volontaire des réfugiés congolais est évoqué comme une alternative, à condition qu’il se fasse dans des conditions sécurisées, humaines et respectueuses de la dignité des personnes concernées. À Busuma, plus de 90 réfugiés sont décédés à cause des conditions de vie précaires dans le camp.

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Photo : une longue file de réfugiés congolais attend pour puiser de l’eau à l’unique robinet disponible. La pénurie d’eau et l’insalubrité menacent la vie de plus de 65 000 occupants du camp de Busuma. ©SOS Médias Burundi

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