Tanzanie : destruction de camps et pression sur les réfugiés burundais pour un rapatriement imposé

Tanzanie : destruction de camps et pression sur les réfugiés burundais pour un rapatriement imposé

SOS Médias Burundi

Kigoma, 6 janvier 2026 – Plus de 3 000 maisons ont été détruites à Nyarugusu, laissant des centaines de familles burundaises sans abri. Sous prétexte de rapatriement « volontaire », de nombreux réfugiés dénoncent un retour forcé et appellent l’ONU à intervenir face à ce qu’ils considèrent comme une violation grave de leurs droits.

Deux zones, 12 et 13, sont directement touchées par cette mesure de l’administration du camp. Les démolitions laissent de nombreuses familles sans abri et dans une grande précarité.

Ce mardi, dès 6 heures du matin, la zone 13 était plongée dans la désolation. Selon des sources sur place, l’opération a commencé au site appelé « Bata ».

« Ils détruisent nos maisons parce qu’on refuse le rapatriement forcé », dénonce une famille dont la maison a été rasée. Elle a reçu l’ordre de se présenter auprès du chef du camp pour s’enregistrer sur la liste des rapatriés.

Le chef de famille précise : « Nous avons sauvé nos affaires, mais nous ne savons pas où passer la nuit ».

Des centaines de réfugiés sont désormais sans abri. Des tentes de fortune ont été montées à la hâte dans les lieux servant de points d’attente avant le rapatriement.

Les réfugiés ont tenté de résister, en vain. « La police a utilisé des gaz lacrymogènes pour nous disperser », rapporte une source locale. Plusieurs personnes ont été arrêtées pour « déstabilisation de l’ordre public ».

L’opération avait débuté lundi dans la zone 12. Le chef du camp de Nyarugusu, Manjenje Siasa, a accordé sept jours pour achever la démolition de l’ensemble du camp.

« Même les bureaux des zones 12 et 13 ont été détruits, un signal fort », estiment des réfugiés.

Selon le responsable du camp, le gouvernement tanzanien dispose de « plus d’une centaine de bus pour un rapatriement massif ».

Au total, plus de 3 000 maisons ont été détruites en deux jours.

Nduta n’est pas épargné

À Nduta, un autre grand camp burundais, l’opération devait commencer ce mardi. Une source explique qu’une réunion d’urgence a été convoquée pour « affiner l’opération et éviter les résistances ».

Scénario de Mtabila

En 2012, plus de 60 000 réfugiés burundais avaient été rapatriés de force depuis le camp de Mtabila, dans la même région de Kigoma, au nord-ouest de la Tanzanie, provoquant dizaines de morts et de blessés.

« J’y ai perdu mon père. Aujourd’hui, avec sept enfants, je crains que l’histoire se répète », confie un réfugié de Nyarugusu.

Les familles demandent à la Tanzanie et au HCR de respecter les engagements pris pour la protection des réfugiés.

Cette vague de démolitions fait suite à la 26ᵉ réunion de la Commission tripartite sur le rapatriement des réfugiés burundais, tenue le 28 novembre 2025. Les parties avaient convenu « d’accélérer le rapatriement volontaire » à raison de 3 000 retours par semaine : 2 000 depuis Nduta et 1 000 depuis Nyarugusu.

Pour plusieurs sources, cet objectif pourrait être dépassé « à cause des pressions observées ». Les réfugiés expliquent qu’ils retournent par peur plutôt que par réelle volonté.

En octobre dernier, le HCR, le consulat du Burundi et les autorités tanzaniennes avaient annoncé que la quasi-totalité des réfugiés n’avaient plus besoin de protection internationale.

« Plus de 97 % des réfugiés doivent rentrer, de gré ou de force », avait déclaré Barbara Bentum Williams Dotse, représentante-pays du HCR.

Officiellement présentés comme des évaluations individuelles, ces entretiens auraient eu d’autres objectifs selon les réfugiés.

La commission tripartite a décidé que Nduta et Nyarugusu seront fermés définitivement au 31 mars 2026. À cette date, « personne ne sera autorisé à rester ».

Plus de 110 000 réfugiés burundais encore en Tanzanie – pour la plupart ayant fui la crise politique de 2015 déclenchée par le troisième mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza – lancent un cri d’alarme. Ils appellent l’ONU à ne pas cautionner ce qu’ils considèrent comme une violation de la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, le texte juridique fondamental qui définit qui est un réfugié, établit ses droits et fixe les obligations des États, notamment le principe de non-refoulement et l’accès à un logement décent, à l’éducation et au travail, complété par le Protocole de 1967.

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Photo : Des membres d’une famille de réfugiés burundais se tiennent au milieu des ruines de leur maison détruite sur ordre des autorités tanzaniennes, dans le camp de Nyarugusu, janvier 2026. © SOS Médias Burundi

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