Nduta (Tanzanie) : la fermeture définitive d’un centre de formation, un signal de plus du rapatriement forcé
SOS Médias Burundi
Nduta, 24 décembre 2025 –La fermeture définitive d’un centre de formation professionnelle situé à Malorerwa, à proximité immédiate du camp de réfugiés de Nduta, est perçue par les réfugiés burundais comme un nouveau signal fort du rapatriement forcé en cours en Tanzanie.
Le centre, jadis jalousement envié par les réfugiés, a été fermé le week-end dernier par les autorités tanzaniennes, en présence des agents du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et du Danish Refugee Council (DRC), une ONG partenaire chargée de sa gestion. Cette fermeture intervient dans la perspective de la fermeture annoncée du camp de Nduta avant la fin du mois de mars prochain.
Ledit centre offrait des formations professionnelles dans divers métiers, notamment la soudure, la mécanique, la couture, l’art culinaire, la plomberie et l’informatique. Des milliers de jeunes réfugiés, en particulier ceux qui n’avaient pas eu la possibilité de poursuivre les études secondaires, y ont été formés. À l’issue de leur apprentissage, les lauréats recevaient des kits de matériel servant de base à l’exercice de leur métier.
Au-delà de son rôle éducatif, ce centre constituait un véritable pont entre les réfugiés et les communautés d’accueil. Des jeunes Tanzaniens issus des localités environnantes y bénéficiaient également de ces formations, favorisant la cohabitation et l’intégration autour du camp de Nduta.
Selon des responsables du DRC et le président du camp de Nduta, le centre « n’a plus lieu d’exister » dans la mesure où « l’essentiel de ses bénéficiaires ne seront plus en Tanzanie après le 31 mars », date butoir annoncée pour la fermeture du camp. Une justification que les réfugiés rejettent, estimant qu’elle confirme une stratégie visant à accélérer leur départ.
Sur le terrain, la peur et l’incertitude poussent de plus en plus de réfugiés à accepter le rapatriement. « Beaucoup de gens disent qu’ils ne veulent pas attendre le dernier moment », confie un observateur sur place. « Ils ne veulent pas attendre d’éventuelles violences, disparitions ou assassinats qui pourraient survenir à la dernière minute de la fermeture du camp », ajoute-t-il.
Cette dynamique est également observée dans le camp de Nyarugusu, qui accueille à la fois des réfugiés burundais et congolais. Les opérations d’enregistrement en vue du retour s’y intensifient, sous la coordination des autorités tanzaniennes, du HCR et du consulat du Burundi à Kigoma, la région où sont installés la majorité des réfugiés burundais en Tanzanie.
Ces développements s’inscrivent dans le sillage de la 26ᵉ réunion de la Commission tripartite sur le rapatriement des réfugiés burundais en Tanzanie, tenue le 28 novembre 2025. Les parties avaient alors convenu « d’accélérer le processus de rapatriement volontaire » à un rythme de 3 000 retours par semaine, dont 2 000 depuis Nduta — dernier grand camp burundais en Tanzanie — et 1 000 depuis Nyarugusu, un camp longtemps considéré comme peu coopératif au rapatriement, que de nombreux réfugiés qualifient pourtant de « forcé ».
Pour plusieurs sources, cet objectif pourrait être dépassé « vu l’engouement observé ». Un engouement que les réfugiés expliquent davantage par la peur et la pression que par une réelle volonté de retour.
Déjà en octobre dernier, le HCR, le consulat du Burundi et les autorités tanzaniennes avaient sillonné les camps de Nduta et de Nyarugusu pour annoncer les conclusions des entretiens de présélection menés en mai 2025. Selon leurs résultats, la quasi-totalité des réfugiés burundais n’auraient plus besoin de protection internationale.
« Plus de 97 % des réfugiés burundais n’ont pas de raisons fondées pour conserver le statut de réfugié et doivent donc rentrer, de gré ou de force », avait déclaré Barbara Bentum Williams Dotse, représentante-pays du HCR.
Présentés officiellement comme un outil d’évaluation individuelle du besoin de protection internationale, ces entretiens ont suscité inquiétude, incompréhension et accusations de coercition parmi les réfugiés.
Fin novembre, Rose Médé Dusenge, chargée de la protection internationale au sein du HCR-Burundi, avait alerté les parlementaires burundais et la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) sur les limites des capacités d’accueil du Burundi. Elle avait souligné :
« Cette période de rapatriement est très courte », plusieurs observateurs qualifiant la mesure de « trop brusque », au regard de la situation socio-économique du pays et des défis liés à la réintégration des rapatriés.
Aujourd’hui, la quasi-totalité des plus de 110 000 réfugiés burundais vivant encore en Tanzanie — pour la plupart ayant fui la crise politique de 2015 déclenchée par le troisième mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza — lancent un cri d’alarme. Ils appellent l’ONU à ne pas continuer à cautionner ce qu’ils considèrent comme une violation de la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, estimant que les principes du volontariat, de la dignité et de la sécurité ne sont plus respectés.
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Photo : une pancarte indique l’emplacement du camp de réfugiés de Nduta, en Tanzanie, près de la frontière avec le Burundi, où un centre de formation professionnelle a été fermé. ©SOS Médias Burundi
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