RDC : reprise des activités à Uvira et manifestations à Goma contre le retrait de l’AFC/M23
SOS Médias Burundi
Uvira/Goma, 24 décembre 2025 –À Uvira, les activités économiques reprennent après les attaques des Wazalendo, mais la population s’oppose fermement au retrait de l’AFC/M23, craignant pour sa sécurité. À Goma et Uvira, la société civile manifeste contre ce retrait, dénonçant une décision précipitée. MONUSCO, la mission onusienne en RDC, est interpellée, tandis que Kigali continue de nier toute implication malgré le récent rapport des experts onusiens — qualifié d’« imposteur » par les autorités rwandaises — confirmant la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.
Après les attaques attribuées aux éléments Wazalendo survenues le lundi 22 décembre 2025, les activités socio-économiques ont repris progressivement ce mardi dans la ville d’Uvira, au Sud-Kivu. Les marchés, magasins, boutiques ainsi que le transport urbain — véhicules et tricycles connus communément comme Bajaj — ont rouvert dans plusieurs quartiers.
Dans la commune de Mulongwe, principal centre commercial, de nombreux habitants ont été observés en train d’acheter des vêtements et des denrées alimentaires pour préparer les fêtes de Noël. Cependant, certains commerçants s’inquiètent du blocage des marchandises en provenance de l’étranger, notamment du Burundi, à cause de la fermeture de la frontière de Gatumba.
« J’avais un camion rempli d’habits en provenance du Burundi. Avec la fermeture de la frontière, le véhicule doit passer par le Burundi, la Tanzanie, le Rwanda, Bugarama, Kamanyola avant d’atteindre Uvira. J’ai peur que les marchandises arrivent après Noël », explique un commerçant sous couvert d’anonymat.
La population locale, elle aussi, fait face à des difficultés d’approvisionnement. Sifa M., mère de quatre enfants, se plaint :
« Au marché, il n’y a ni viande de vache ni de chèvre. On ne trouve que de la viande de porc. Je ne sais pas ce que nous allons manger pendant la fête de Noël. »
Sur le plan sécuritaire, certains habitants se disent rassurés par le calme retrouvé après les attaques de lundi. Emmanuel K., 50 ans, témoigne :
« Nous voyons quelques policiers en tenue noire de l’AFC/M23, mais il n’y a pas eu de coups de feu pendant la nuit, sauf lors des attaques de lundi. Comparé aux affrontements entre les FARDC et les Wazalendo, la situation est plus calme. »
Cependant, la situation reste fragile. Depuis l’arrivée de l’AFC/M23 à Uvira le 10 décembre 2025, plusieurs axes commerciaux sont perturbés, entraînant une pénurie de marchandises en provenance de la Tanzanie, de la Zambie, du Burundi et de Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika. Le retrait de l’AFC/M23, annoncé le 18 décembre après des pressions américaines, est conditionné par la démilitarisation d’Uvira, la protection de la population civile et le contrôle du cessez-le-feu par une force neutre.
Parallèlement, la population de Goma s’est mobilisée le 22 décembre pour protester contre le retrait de l’AFC/M23 dans Uvira et d’autres zones stratégiques de l’Est de la RDC. Organisée par la société civile et les associations locales, cette manifestation visait à dénoncer ce retrait jugé dangereux pour les populations civiles. La marche a débuté au Stade de l’Unité de Goma, avant de descendre vers la base de la MONUSCO. Des chants et slogans ont exprimé la solidarité avec Uvira :
« Non au retrait de l’AFC/M23 à Uvira, nous soutenons nos compatriotes et demandons au gouvernement de dialoguer avec l’AFC/M23 pour mettre fin à la guerre », pouvait-on lire sur les calicots.
John Shamamba explique :
« Nous avons longtemps souffert de multiples guerres. L’AFC/M23 est venu nous protéger, mais la communauté internationale demande son retrait. Nous disons non à ce retrait, c’est un danger pour nous. »
Aimable Maliyawatu, militant de la société civile, ajoute :
« Nous craignons la montée de l’insécurité à Uvira si l’AFC/M23 part. Nous ne voulons plus de morts ni de blessés. L’AFC/M23 doit rester pour que nos compatriotes respirent un peu. »
Les manifestants ont remis un mémorandum au représentant de la MONUSCO, exigeant le maintien de l’AFC/M23 dans toutes les zones déjà libérées au Nord et Sud-Kivu. Guele Mamlaka, cadre de la société civile, précise :
« Le retrait précipité de l’AFC/M23 constitue un danger pour la population. Nous demandons au mouvement de rester à Uvira et dans toutes les zones sous contrôle afin que nous puissions continuer à vivre en sécurité. »
La marche s’est déroulée sans violence, aucun dégât matériel ni perte en vie humaine n’a été signalé, et la police de l’AFC/M23 a encadré la manifestation avec professionnalisme. Des manifestations similaires ont eu lieu simultanément à Uvira.
Réactivé en 2021, l’AFC/M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle plusieurs territoires stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Kinshasa accuse Kigali de soutenir militairement le mouvement, tandis que le Rwanda dénonce l’appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. Kigali continue de nier ces allégations malgré le récent rapport des experts onusiens, qualifié d’« imposteur » par les autorités rwandaises, confirmant la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.
Par ailleurs, le Burundi a déployé plus de 10 000 soldats dans le Sud-Kivu pour soutenir les FARDC et les milices Wazalendo alliées au gouvernement congolais. Les violences de décembre ont déjà poussé près de 90 000 réfugiés congolais à fuir vers le Burundi, alors que la situation sécuritaire reste fragile malgré les accords internationaux.
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