RDC : des soldats burundais envoyés à la mort — une guerre cachée, sans indemnisation ni vérité

RDC : des soldats burundais envoyés à la mort — une guerre cachée, sans indemnisation ni vérité

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 4 janvier 2026-Alors que les autorités burundaises continuent de justifier la présence militaire du Burundi en République démocratique du Congo (RDC) par une prétendue « solidarité régionale », le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a confirmé que des troupes burundaises sont toujours engagées sur le sol congolais. Derrière ce discours officiel, des centaines de soldats burundais ont été tués, blessés, emprisonnés ou abandonnés dans le silence total de l’État, selon des informations et documents consultés par SOS Médias Burundi.

Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité, consulté par SOS Médias Burundi, 29 862 militaires burundais ont été déployés en RDC depuis le premier déploiement officiel, intervenu dans la nuit du 14 au 15 août 2022, suivi d’autres vagues en mars 2023 et par la suite.

Avant même ces entrées officiellement reconnues, la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) avait déjà envoyé plusieurs contingents dans la province du Sud-Kivu, principalement pour combattre deux groupes armés burundais actifs à l’Est de la RDC : RED-Tabara et les Forces nationales de libération (FNL) du général autoproclamé Aloys Nzabampema. Ces troupes étaient accompagnées de membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu au pouvoir au Burundi depuis 2005.

Morts au front, blessés dans le silence

D’après les informations recueillies par SOS Médias Burundi, un nombre important de militaires burundais, dont au moins deux officiers supérieurs — un major et un colonel —, sont tombés sur le sol congolais. Rien qu’en décembre 2025, une centaine de militaires blessés ont été répertoriés dans plusieurs hôpitaux de Bujumbura, la capitale économique du pays. Aucune communication officielle n’a été faite sur ces pertes.

Contrairement aux militaires burundais engagés dans les missions de maintien de la paix en Somalie — dont les familles bénéficient d’une indemnisation clairement définie, estimée à environ 100 000 dollars, répartie entre l’État et les ayants droit — aucune procédure officielle n’existe pour les soldats morts en RDC. Les familles des militaires tués ou disparus affirment être abandonnées à elles-mêmes, sans reconnaissance ni compensation.

Des familles privées de deuil

SOS Médias Burundi a recueilli plusieurs témoignages de familles affirmant n’avoir jamais reçu les indemnités promises, certaines déclarant même avoir été empêchées d’organiser des cérémonies de deuil. Des faits régulièrement dénoncés, mais jamais reconnus officiellement par les autorités burundaises.

Répression contre les soldats réticents

En décembre 2023, 272 militaires burundais ayant refusé d’être déployés en RDC pour combattre le M23 ont été arrêtés, jugés et condamnés à des peines allant jusqu’à la prison à perpétuité. Ils sont actuellement détenus à la prison de Murembwe, dans le sud-ouest du Burundi, selon des sources concordantes.

Repli après la chute de Goma

Après la prise de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu et plus grande ville de l’Est congolais, par les rebelles du M23 en janvier 2025, l’ensemble des troupes burundaises s’est replié vers le Sud-Kivu.

Les présidents congolais Félix Tshisekedi et burundais Évariste Ndayishimiye lors du sommet sur la crise congolaise à Bujumbura, où ils ont accusé le Rwanda d’avoir envahi l’est de la RDC et autorisé le déploiement de troupes burundaises. ©SOS Médias Burundi

En RDC, l’armée burundaise combat aux côtés des FARDC, appuyées par les milices Wazalendo, entretenues par Kinshasa, contre les rebelles du M23. Dans certaines zones, cette coalition inclut également les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont plusieurs membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994.

Selon le même document congolais, 19 872 militaires burundais sont déjà retournés au Burundi, laissant supposer qu’environ 10 000 soldats seraient encore présents en RDC, sans qu’aucun chiffre officiel ne soit communiqué par Gitega.

Blocus à Minembwe

Dans les Hauts-Plateaux de Minembwe, majoritairement habités par la minorité Banyamulenge, les militaires burundais ont été accusés d’avoir imposé un blocus à la population locale. En novembre 2025, le général de brigade Gaspard Baratuza, porte-parole de la FDNB, avait reconnu que cette mesure visait des localités soupçonnées de ravitailler l’ennemi.

Conditions de combat extrêmes et retrait par le lac Tanganyika

Selon plusieurs témoignages recueillis par SOS Médias Burundi, les militaires burundais déployés en RDC ont combattu dans des conditions extrêmement difficiles, souvent sans matériel adéquat et parfois sans ravitaillement en vivres pendant de longues périodes. Rien qu’en décembre 2025, une quarantaine de soldats burundais ont été tués dans le Sud-Kivu, précipitant un retrait progressif vers le Burundi. Après la prise d’Uvira par les rebelles du M23 — une ville située à seulement quelques kilomètres de Bujumbura et principal point de passage des troupes burundaises — les zones lacustres de Baraka et Mboko ont été privilégiées pour le repli.

Enterrement du major Ernest Gashirahamwe, le premier haut gradé de la FDNB à avoir été tué dans le Nord-Kivu, le 16 novembre 2023 à Bujumbura © SOS Médias Burundi

Des témoins décrivent des soldats très affamés, arrivant par le lac Tanganyika en uniformes fortement délabrés, chaussés de bottes usées, parfois comparables à celles de groupes armés incontrôlés — une image en total décalage avec le discours officiel de maîtrise militaire.

Ndikuriyo assume, Ndayishimiye banalise

Le vendredi 2 janvier, le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a confirmé à Bujumbura que des militaires burundais sont toujours déployés en RDC, affirmant que le retrait observé récemment dans le Sud-Kivu ne constituait pas un désengagement.

« Nous sommes toujours présents parce que c’est presque chez nous. Nous y retournons quand nous le voulons », a-t-il déclaré.

À plusieurs reprises, le président Évariste Ndayishimiye a lui aussi défendu cette présence militaire. En décembre 2023, il déclarait :

« C’est normal que des militaires burundais soient tués en RDC, parce qu’ils ont signé pour ça. »

Il renvoyait toutefois la responsabilité des avancées du M23 aux autorités congolaises :

« C’est au Congo d’expliquer comment les rebelles continuent de gagner du terrain alors que nous sommes venus les aider. Le Burundi n’apporte qu’un soutien. »

Un conflit régional hors de contrôle

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais et intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), contrôle aujourd’hui plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux Kivus, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde, un minerai stratégique fournissant une part significative du tantale mondial utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies. L’AFC/M23 plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.

À Rumonge, dans la ville portuaire du sud-ouest du Burundi, deux militaires récemment rapatriés de la RDC via le lac Tanganyika rentrent affamés, démoralisés et vêtus de manière délabrée, selon des témoins. ©SOS Médias Burundi
À Rumonge, dans la ville portuaire du sud-ouest du Burundi, deux militaires récemment rapatriés de la RDC via le lac Tanganyika rentrent affamés, démoralisés et vêtus de manière délabrée, selon des témoins. ©SOS Médias Burundi

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR. Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda, confirmant l’échec des initiatives diplomatiques et le coût humain considérable d’une guerre dont les soldats burundais continuent de payer le prix, dans l’ombre et le silence. Le Burundi a participé à cet accord en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.

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Photo : Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD, affirme que le Burundi dispose toujours de troupes en RDC et que les soldats récemment rapatriés peuvent y retourner à tout moment. SOS Médias Burundi

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