Busuma : décès massifs et indifférence, le scandale humanitaire du Burundi
SOS Médias Burundi
Ruyigi, 2 janvier 2026 – Au camp de Busuma, dans la commune Ruyigi, province de Buhumuza à l’est du Burundi, plus de 90 réfugiés congolais sont morts en moins d’une semaine, victimes d’une négligence flagrante des autorités et d’un manque criant de nourriture, d’abris et de soins médicaux. Pendant que la catastrophe humanitaire s’aggrave, ces populations vulnérables continuent de périr dans l’indifférence, alors que la petite nation de l’Afrique de l’Est doit gérer l’afflux massif de déplacés, fuyant les hostilités entre les rebelles du M23, composés majoritairement de Tutsis congolais, et l’armée congolaise dans le Sud-Kivu.
Une crise humanitaire aggravée par le manque de ressources
Selon des informations recueillies sur place, le manque criant de nourriture, l’insuffisance d’abris, l’absence de soins médicaux et la précarité des installations sanitaires aggravent l’état de santé des plus vulnérables, notamment enfants, personnes âgées et malades chroniques. Cette situation se déroule dans un contexte marqué par l’absence de réponses efficaces de la part des acteurs humanitaires présents dans le camp.
Entre le 25 décembre 2025 et le 1er janvier 2026, 93 réfugiés congolais auraient perdu la vie à Busuma, un chiffre illustrant l’ampleur de la crise. Les victimes ont été enterrées dans des conditions précaires, souvent sans cérémonies funéraires et sans respect des coutumes des familles endeuillées, accentuant le traumatisme au sein de la communauté réfugiée.
La moyenne de plus de dix décès par jour témoigne d’une situation qualifiée de catastrophique par plusieurs observateurs, représentant une atteinte grave aux droits humains et aux principes fondamentaux de l’action humanitaire.
Témoignages bouleversants
Un réfugié congolais, sous couvert d’anonymat, décrit la situation :
« Dans une seule journée, une famille a perdu six personnes : cinq enfants et leur mère. Le père est resté seul, sans soutien, sans nourriture, sans assistance. C’est insupportable. »
Il ajoute :
« Une autre fois, nous avons retrouvé un matin un couple âgé, tous deux atteints de maladies chroniques, morts dans leur abri. Personne ne les avait assistés. Ils sont partis dans le silence total. »
Des déplacements liés aux combats au Sud-Kivu
Ces déplacements massifs sont liés aux violences persistantes dans la province du Sud-Kivu, où les combats opposent les FARDC, appuyées par des troupes burundaises de la FDNB et des milices Wazalendo, aux rebelles du M23. Avec les avancées spectaculaires du M23 dans la plaine de la Ruzizi en décembre 2025, le Burundi a procédé au rapatriement d’une grande partie de ses troupes, déployées depuis mars 2023. Malgré ce retrait partiel, les combats se poursuivent.
Ces affrontements continuent en dépit de l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, auquel le Burundi a pris part en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Le M23 et l’AFC : enjeux géopolitiques et miniers
Réactivé en 2021, le M23, composé majoritairement de Tutsis congolais et désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), contrôle aujourd’hui plusieurs territoires stratégiques dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, les chefs-lieux des deux Kivus, ainsi que des sites miniers majeurs, notamment le gisement de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994. Malgré les démentis répétés de Kigali, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies, qualifié « d’imposture » par les autorités rwandaises, affirme la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles de l’AFC/M23.
Pression humanitaire et appels à l’aide
Pendant ce temps, près de 90 000 réfugiés congolais ont été accueillis au Burundi au seul mois de décembre, s’ajoutant à plus de 70 000 autres arrivés plus tôt dans l’année, accentuant la pression humanitaire et sécuritaire dans plusieurs provinces du pays.
Face à cette crise, les réfugiés et la société civile multiplient les appels pour une assistance humanitaire urgente, suffisante et responsable, conforme aux normes internationales, notamment la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.
Les besoins prioritaires concernent :
l’accès à la nourriture,
aux abris,
aux soins de santé,
à l’eau potable,
et à des conditions de vie dignes.

Le retour volontaire des réfugiés congolais est évoqué comme une alternative, à condition qu’il se fasse dans des conditions sécurisées, humaines et respectueuses de la dignité des personnes concernées.
Mobilisation pacifique annoncée
Dans ce climat de détresse, des mouvements de protestation pacifique sont annoncés au sein des camps. À partir du vendredi 2 janvier 2026 à 19 heures, des actions symboliques, notamment des sifflements de protestation, devraient être observées pour exprimer le mécontentement collectif face à une tragédie que de nombreux réfugiés estiment ignorée.
Alors que le nombre de victimes continue d’augmenter, la situation à Busuma interpelle la communauté internationale et pose avec acuité la question de la protection effective des réfugiés congolais au Burundi.
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Photo : une foule de réfugiés congolais visiblement affamés fait la queue au hangar du Caritas à Busuma, le réseau mondial de la charité catholique. Décembre 2025. © SOS Médias Burundi
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