Camps rasés, droits bafoués : la détresse alarmante des réfugiés burundais en Tanzanie
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 24 mars 2026 — La situation des réfugiés burundais en Tanzanie suscite une vive inquiétude. Dans une déclaration conjointe publiée récemment, plusieurs organisations de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme face à une dégradation jugée « alarmante » des conditions de vie et de sécurité dans les camps de Nduta et Nyarugusu.
La déclaration établit un lien direct entre cette situation et la crise persistante des droits humains dans la petite nation de l’Afrique de l’Est. Les auteurs affirment que de nombreux Burundais continuent de fuir les persécutions politiques, les arrestations arbitraires et les menaces visant les opposants, réels ou supposés.
Enlèvements et intimidations dans les camps
Le document met en lumière une série d’exactions inquiétantes. En avril 2025, cinq réfugiés burundais ont été enlevés dans le camp de Nduta par des hommes en civil non identifiés, selon un mode opératoire similaire à d’autres cas recensés. Ces incidents illustrent, selon les signataires, une tendance croissante aux enlèvements ciblés.
Au-delà de ces cas, les réfugiés feraient face à des intimidations constantes et à des pressions visant à les contraindre à rentrer au Burundi. Les organisations dénoncent une influence croissante des autorités burundaises au sein même des camps situés en Tanzanie, en violation des principes internationaux de protection des réfugiés.
Camps démolis, milliers de sans-abri
La situation humanitaire s’est encore aggravée avec une vaste opération de démolition des abris. Entre le 31 décembre 2025 et le 10 février 2026, plusieurs zones ont été détruites dans les camps.

À Nduta, 13 zones sur 17 ont été rasées, soit près de 85 % des habitations, tandis qu’à Nyarugusu, seules 6 zones sur 18 restent intactes. Des milliers de réfugiés se retrouvent désormais sans abri, exposés aux intempéries, au froid et aux maladies, sans mesures adéquates de relogement d’urgence.
Selon les autorités tanzaniennes, le camp de Nduta devrait être fermé fin mars, tandis que celui de Nyarugusu est prévu pour juin 2026, accentuant encore l’inquiétude pour les réfugiés.
Accès réduit aux soins et à l’éducation
Les services essentiels sont également gravement affectés. Deux hôpitaux ont été fermés dans le camp de Nyarugusu. À Nduta, six écoles primaires sur neuf ont cessé de fonctionner, ne laissant qu’un seul établissement secondaire opérationnel.
Ces fermetures touchent des milliers d’enfants réfugiés et compromettent l’accès aux soins de santé pour une population déjà vulnérable.
Rapatriements forcés et risques au retour
La déclaration accuse par ailleurs les autorités tanzaniennes de procéder à des rapatriements forcés, en contradiction avec le principe international de non-refoulement. Bien que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ait parfois dénoncé certains cas, les pratiques observées sur le terrain favoriseraient indirectement ces retours contraints.
Or, selon plusieurs rapports cités, les réfugiés burundais retournés dans leur pays s’exposent à de graves violations de leurs droits fondamentaux, notamment des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et des détentions prolongées sans procès.
Appels urgents à la Tanzanie et à la communauté internationale
Face à cette situation, les organisations signataires appellent les autorités tanzaniennes à mettre fin aux intimidations et aux rapatriements forcés, à garantir la sécurité des réfugiés et à assurer leur accès aux services essentiels tels que le logement, l’éducation et la santé.

Elles exhortent également à un renforcement du rôle du HCR afin de garantir une protection effective des réfugiés burundais, ainsi qu’à une mobilisation accrue de la communauté internationale pour faire respecter le principe de non-refoulement.
Dans un contexte où les retours sont encouragés officiellement, elles insistent : tout rapatriement doit être strictement volontaire, sûr et digne. Une exigence qui, selon elles, est aujourd’hui loin d’être respectée dans les camps tanzaniens.
La Tanzanie accueille encore plus de 100 000 réfugiés burundais, dont l’avenir reste plus incertain que jamais. La majorité d’entre eux ont fui la crise de 2015 déclenchée par le troisième mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.
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Photo : plusieurs familles de réfugiés burundais, accueillies en province de Buhumuza, à la frontière avec la Tanzanie, dénoncent un rapatriement forcé, janvier 2026. ©SOS Médias Burundi
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