Kinama sous la coupe des Imbonerakure : violences, pillages et terreur nocturne dénoncés
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 24 mars — Dans la zone Kinama, en commune Ntahangwa, au nord de la capitale économique du Burundi, la sécurité des quartiers se dégrade et inquiète fortement les habitants. Des patrouilles nocturnes menées par des jeunes affiliés au parti au pouvoir, le CNDD-FDD, sont au cœur de graves accusations d’exactions contre des civils.
Dans le quartier Carama, plusieurs témoins affirment que des Imbonerakure sillonnent les rues chaque nuit, arrêtent des passants et les soumettent à des violences. « Toute personne trouvée en possession d’une arme à feu sera exécutée sur-le-champ, sans être présentée aux instances habilitées », a menacé un responsable des Imbonerakure, selon des témoins.
D’après ces mêmes sources, toute personne interceptée à des heures avancées de la nuit doit remettre argent, téléphones et autres biens. Ceux qui refusent sont battus et soumis à des humiliations publiques, notamment des allers-retours forcés au milieu d’un groupe.
Un individu surnommé « Coach », identifié comme un Imbonerakure se faisant passer pour un agent du service de renseignement, est cité comme l’un des principaux acteurs de ces abus. Des habitants affirment qu’il est déjà interpellé à plusieurs reprises en train de dépouiller des civils.
Des sources proches du mouvement indiquent que ces patrouilles s’inscrivent dans des consignes visant à assurer la sécurité du quartier. Les jeunes circulent avec des gourdins et parfois des armes à feu. Ceux qui refusent de participer versent de l’argent à certains responsables locaux, dont « Coach ».
Face à cette situation, les habitants demandent une intervention urgente des autorités afin de rétablir la sécurité et de mettre fin à ces pratiques.
Contactée, l’administration locale affirme ne pas être au courant de ces faits, tout en assurant que la sécurité est garantie dans cette partie nord de Bujumbura.
Une ligue controversée, entre encadrement sécuritaire et accusations récurrentes
Les Imbonerakure constituent la ligue des jeunes du CNDD-FDD, ancienne rébellion hutu au pouvoir au Burundi depuis 2005, à la suite de l’accord d’Arusha d’août 2000. Ils sont régulièrement cités dans des actes d’abus visant des opposants ou des opposants supposés.
Souvent sollicités par les autorités burundaises, y compris par le président Évariste Ndayishimiye, les Imbonerakure accompagnent l’armée dans certaines opérations militaires en RDC, participent à la sécurisation des frontières et prennent part aux rondes nocturnes dans les quartiers et collines de la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Des organisations de défense des droits humains dénoncent une impunité persistante. Selon le rapport annuel de la Ligue Iteka publié en janvier, les Imbonerakure sont impliqués dans 110 cas sur plus de 400 personnes tuées dans le pays en 2025.
Les autorités burundaises et les responsables du CNDD-FDD présentent, de leur côté, cette ligue comme un pilier du développement et accusent leurs détracteurs de vouloir ternir son image ainsi que celle du pays.
Pour rappel, l’ONU avait qualifié les Imbonerakure de milice et d’outil de répression du régime CNDD-FDD en 2015, après les violences liées au troisième mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.
Un soutien assumé du chef de l’État
En août 2023, le président Évariste Ndayishimiye remet les Imbonerakure au premier plan lors d’une journée qui leur est dédiée, saluant leur rôle dans la sécurisation des frontières.
« Le Burundi est gardé car nous avons les Imbonerakure. Celui qui n’y croit pas, qu’il vienne violer nos frontières. Il sera désillusionné », déclare-t-il.
S’exprimant en kirundi, le chef de l’État se félicite également de leur implication dans les rondes nocturnes et appelle à les intensifier, estimant que les critiques visant la ligue sont orchestrées par l’Occident depuis la crise de 2015.
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Photo : des élèves et écoliers mobilisés lors d’une journée dédiée aux Imbonerakure, le 31 août 2024 à Bujumbura. À Kinama, des habitants dénoncent des passages à tabac attribués à des Imbonerakure lors de patrouilles nocturnes, dans un climat d’insécurité croissante.© SOS Médias Burundi
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