Bukinanyana : une école occupée par des combattants, des civils exposés et des responsabilités en question

Bukinanyana : une école occupée par des combattants, des civils exposés et des responsabilités en question

SOS Médias Burundi

Cibitoke, 2 janvier 2026 –
Depuis le 7 décembre 2025, plus de 3 000 combattants, composés de militaires burundais, d’éléments des FARDC, des milices Wazalendo et des FDLR, sont regroupés dans une école fondamentale récemment construite à Muremera, en zone Buhayira, commune Bukinanyana, province de Bujumbura, à l’ouest du Burundi.Les habitants dénoncent des abus répétés et réclament leur départ immédiat.

Un cantonnement militaire dans une école neuve

Selon plusieurs sources locales, ces combattants se sont installés dans l’École fondamentale de Muremera à la suite de leur défaite face au mouvement rebelle M23, survenue le 7 décembre dernier sur le front congolais.

D’après des responsables du secteur éducatif, l’établissement occupé est une infrastructure toute récente, construite par une entreprise indienne dans le cadre des travaux d’un barrage hydroélectrique installé dans la région, connu sous le nom de KAB 16, en référence à la rivière Kaburantwa où il puise sa source. L’école était censée ouvrir ses portes en septembre prochain, mais sert aujourd’hui de lieu de cantonnement militaire.

Les mêmes sources indiquent que les arbres environnants ont été abattus et utilisés comme bois de chauffe pour la préparation des repas des combattants. Des témoins dénoncent également que certains bancs-pupitres ont été réquisitionnés pour cuisiner, détruisant ainsi le mobilier scolaire destiné aux enfants.

Peur et indignation au sein de la population

Les habitants de Muremera disent vivre dans une insécurité permanente. Ils accusent certains éléments des FARDC, des Wazalendo et des FDLR de se livrer à des pillages dans les débits de boisson et les boutiques, emportant des marchandises sans payer.

Les riverains redoutent également des violences sexuelles, notamment contre les jeunes filles.

« Nous avons peur pour nos enfants et pour nos biens. Ces combattants doivent être retirés de chez nous le plus vite possible », confie un habitant de Muremera.

Version de l’armée burundaise

Selon des sources militaires, les soldats burundais présents sur place seraient en phase de formation, en vue d’un éventuel retour sur le théâtre des opérations en RDC. Toutefois, tous les groupes armés ne se seraient pas rendus sur les sites de regroupement officiellement prévus.

Des informations font état de l’existence d’un camp officiel à Kansega (même région), où est installé un site de transit de réfugiés congolais. Bien que reconnu par les autorités, ce site préoccupe les populations locales, car certaines armes ne seraient pas strictement contrôlées, représentant un risque sécuritaire et humanitaire.

Contacté, un responsable militaire de la zone confirme la présence de ces forces, tout en reconnaissant le risque de confusion avec la population civile. Il assure que des enquêtes sont en cours et que tout élément reconnu coupable d’abus contre les civils sera sévèrement sanctionné.

Un contexte régional explosif

Les militaires congolais et les miliciens congolais et rwandais ont fui les récents affrontements opposant l’armée congolaise (FARDC), appuyée par les milices Wazalendo et par l’armée burundaise, aux rebelles du M23.

Avec les avancées du M23 dans la plaine de la Ruzizi en décembre 2025, le Burundi a procédé au rapatriement d’une partie importante de ses troupes, déployées en RDC depuis mars 2023. Malgré ce retrait partiel, les combats se poursuivent sur plusieurs fronts.

Ces affrontements ont lieu en dépit de l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, auquel le Burundi a participé comme observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.

Le M23/AFC et les accusations croisées

Réactivé en 2021, le M23, désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.

Le mouvement contrôle aujourd’hui plusieurs territoires stratégiques dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, les chefs-lieux des deux Kivus, ainsi que des sites miniers majeurs, notamment le gisement de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994.

Malgré les démentis de Kigali, un rapport du Groupe d’experts de l’ONU fait état de la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles de l’AFC/M23.

Pression humanitaire croissante au Burundi

Au seul mois de décembre 2025, près de 90 000 réfugiés congolais ont été accueillis au Burundi, s’ajoutant aux plus de 70 000 arrivés plus tôt dans l’année. Cet afflux massif accentue la pression sur les marchés, les infrastructures et les ressources locales, posant un défi majeur aux autorités burundaises et aux communautés hôtes.

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Photo : des militaires congolais et des miliciens Wazalendo fuient à bord d’un véhicule de l’armée congolaise. Photographie prise à Gatumba, le 11 décembre 2025. © SOS Médias Burundi

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