Burundi : des familles réfugiées fuyant la guerre, séparées de leurs proches et confrontées à l’incertitude
SOS Médias Burundi
Ruyigi, 14 janvier 2026 – La guerre dans l’Est de la RDC a provoqué la fuite de milliers de civils, souvent séparés de leurs proches. La petite nation de l’Afrique de l’Est a déjà accueilli plus de 100 000 Congolais depuis début décembre 2025, s’ajoutant aux 70 000 réfugiés déjà présents plus tôt dans l’année. Ces populations vivent dans des conditions précaires, souvent inhumaines, qui ne respectent aucune norme internationale humanitaire, accentuant la pression sur les infrastructures locales et les ressources disponibles.
Des familles dispersées par les combats
Les affrontements dans l’Est de la RDC, sur la ligne Kamanyola – plaine de la Ruzizi – Uvira – Makoboro, ont plongé des milliers de civils dans une fuite précipitée. Les combats opposaient les rebelles du M23 aux FARDC, l’armée loyaliste congolaise, soutenue par les troupes burundaises et les groupes Wazalendo. Dans la confusion des tirs et des bombardements, des familles entières ont été dispersées.
Aujourd’hui, des dizaines, voire des centaines d’enfants, de femmes et d’hommes se retrouvent séparés de leurs proches. Les enfants, souvent livrés à eux-mêmes ou accompagnés d’un seul parent, figurent parmi les principales victimes de cette crise humanitaire.

Pour échapper aux violences, certains civils ont traversé la frontière vers le Burundi. Ils ont d’abord été regroupés dans des centres de transit proches de la frontière, avant d’être transférés vers le camp de Busuma, qui accueille des personnes venues de différents sites de transit. D’autres, incapables ou craignant de franchir la frontière, ont trouvé refuge dans des villages voisins, loin des zones de combats.
Des vies brisées au camp de Busuma
Au camp de Busuma, des familles tentent de survivre dans des conditions extrêmement difficiles. Un couple de personnes âgées raconte :
« Nous vivions grâce à nos enfants. Quand la guerre a commencé, chacun a fui comme il pouvait. Nous avons été séparés. Aujourd’hui, nous sommes ici, sans aucune nouvelle d’eux. Ce sont eux qui nous soutenaient. Maintenant, nous n’avons plus rien. »
De même, Ayisha, réfugiée avec ses trois enfants, confie :
« Nous avons fui précipitamment. Mon mari et mon fils aîné étaient aux champs. Moi, j’étais à la maison avec les autres enfants. On ne s’est jamais revus depuis ce jour-là. »
La frontière fermée, des familles coupées en deux
Au-delà des séparations survenues pendant la fuite, la fermeture brutale de la frontière burundo-congolaise, intervenue quelques heures après la prise d’Uvira par les rebelles du M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025, a isolé de nombreuses familles. Plusieurs Congolais présents au Burundi pour le commerce, les soins médicaux ou les visites familiales se retrouvent ainsi coupés de leurs proches.

Uvira est située à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où se concentrent les agences des Nations-Unies et l’administration centrale. Cette ville stratégique de l’extrême est congolais constitue également un poumon économique pour la petite nation de l’Afrique de l’Est, renforçant l’importance de la région tant sur le plan humanitaire qu’économique.
Célestine, commerçante, témoigne :
« J’étais venue pour le commerce. La frontière a été fermée pendant que j’étais encore ici. Mon mari et mes enfants sont restés à Sange. Depuis, je n’ai plus aucun contact avec eux. Je ne sais pas où ils se trouvent ni quand je pourrai les revoir. »
Une crise inscrite dans un contexte régional complexe
Cette crise humanitaire survient dans un contexte régional très complexe et violent. Les FARDC, appuyées par les troupes burundaises et les milices Wazalendo, affrontent les rebelles du M23, réactivé en 2021 et désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
L’AFC/M23 contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde, minerai essentiel pour l’industrie électronique et les nouvelles technologies. Elle plaide également pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994. Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, confirmant l’échec des initiatives diplomatiques. Le Burundi a participé à cet accord en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Dans ce conflit aux multiples ramifications régionales, les soldats burundais continuent de payer un lourd tribut, souvent dans l’ombre et le silence, tandis que la région des Grands Lacs s’enfonce dans une instabilité durable aux conséquences humaines, sécuritaires et géopolitiques majeures.
Pour ces familles séparées, retrouver un proche n’est pas seulement un espoir, mais une nécessité vitale pour survivre et reconstruire leur vie après la guerre.
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Photo : Une partie du camp de Busuma, à l’est du Burundi, qui abrite plus de 67 000 réfugiés congolais. Le site, encore en construction, présente des conditions de vie extrêmement précaires, janvier 2026. ©SOS Médias Burundi
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