Burunga : des enseignants dénoncent une gestion controversée des notes scolaires

Burunga : des enseignants dénoncent une gestion controversée des notes scolaires

SOS Médias Burundi

Makamba, 14 janvier 2026 – Accusations d’arbitraire, soupçons d’illégalité et inquiétudes au sein du corps enseignant. Dans la province de Burunga, au sud du Burundi, des enseignants de la 9ᵉ année fondamentale s’élèvent contre de nouveaux critères d’évaluation imposés par la direction provinciale de l’Éducation, qu’ils jugent contraires aux textes en vigueur et dangereux pour l’ensemble du système éducatif.

Dans la province de Burunga, une vive contestation secoue le secteur de l’éducation. Des enseignants, en particulier ceux de la 9ᵉ année fondamentale, accusent le directeur provincial de l’Éducation, Elias Ndikumana, d’imposer de nouveaux critères d’évaluation qu’ils jugent illégaux, arbitraires et contraires aux textes réglementaires en vigueur.

Ces enseignants relevant de la direction provinciale de l’Éducation de Burunga dénoncent des communications émanant du directeur provincial, transmises à travers les directions communales de l’Éducation et parfois directement aux chefs d’établissements. Selon eux, ces instructions finissent par s’imposer comme de nouveaux critères de référence dans l’attribution des notes professionnelles, particulièrement pour les enseignants de la 9ᵉ année fondamentale dont les élèves passent le concours national.

Selon plusieurs sources concordantes, Elias Ndikumana a annoncé que, désormais, l’évaluation des enseignants de la 9ᵉ année serait directement liée aux performances de leurs élèves au concours national. L’évaluation remonterait sur une période de trois années, afin de vérifier si l’enseignant a dispensé sa matière de manière jugée satisfaisante.

Toujours selon ces sources, à l’issue de cette analyse, l’enseignant concerné serait réorienté vers ses supérieurs hiérarchiques, lesquels lui attribueraient de nouvelles tâches en fonction de ses capacités réelles. Le directeur provincial aurait également précisé que la note figurant sur le bulletin de notation de l’enseignant serait désormais égale à la moyenne des résultats obtenus par ses élèves dans la matière enseignée lors du concours national.

Pour Elias Ndikumana, ces mesures viseraient à instaurer l’équité et à prévenir toute forme d’injustice dans l’évaluation du personnel enseignant.

Une légitimité vivement contestée

Ces décisions sont toutefois vigoureusement contestées par les enseignants, en particulier ceux de la 9ᵉ année fondamentale. Ils s’interrogent sur la légitimité du directeur provincial à se substituer au ministère de l’Éducation en instaurant de nouveaux critères d’évaluation du personnel enseignant.

Certains enseignants estiment que ces décisions traduisent une méconnaissance du métier d’enseignant. Ils affirment qu’Elias Ndikumana, bien qu’ayant suivi une formation pédagogique, n’aurait jamais réellement enseigné en classe. Selon eux, l’essentiel de sa carrière se serait déroulé dans des fonctions administratives, notamment comme directeur d’un établissement secondaire, puis responsable de l’éducation dans l’ancienne commune de Kibago, sa commune natale.

Cette commune, selon leurs témoignages, se serait distinguée par un nombre élevé d’écoles fermées faute d’élèves.

Par la suite, Elias Ndikumana aurait travaillé à la direction provinciale de l’Éducation de Makamba, actuellement chef-lieu de la province de Burunga, en tant qu’inspecteur de l’enseignement. Il y aurait exercé pendant près de deux ans, avant d’être nommé directeur provincial de l’Éducation de Burunga en septembre 2025, au début de l’année scolaire en cours.

Crainte d’un précédent dangereux

Les enseignants de la 9ᵉ année fondamentale s’inquiètent également des conséquences de ces mesures sur l’ensemble du corps enseignant. Ils s’interrogent sur les critères qui pourraient être appliqués aux enseignants des autres niveaux scolaires, si les résultats des élèves deviennent désormais la seule référence pour l’évaluation professionnelle.

Ils appellent enfin le directeur provincial à faire preuve de retenue, afin d’éviter toute violation des lois et règlements qui encadrent sa fonction. Ils rappellent qu’il demeure avant tout un enseignant, malgré ses responsabilités administratives.

Selon ces enseignants, des décisions similaires auraient déjà été tentées par d’autres responsables par le passé, avant que ces derniers ne soient relevés de leurs fonctions. Ils affirment que certains, faute de maîtriser eux-mêmes les règles qu’ils imposaient, auraient refusé de retourner enseigner en classe, préférant se retrancher dans les bureaux des directions provinciales ou communales de l’Éducation.

À la fin de cette enquête, aucune réaction du concerné n’avait encore été obtenue.
SOS Médias Burundi poursuit ses démarches afin de recueillir la version du directeur provincial de l’Éducation mis en cause.

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Photo : Elias Ndikumana, responsable de l’éducation dans la province de Burunga, au sud du Burundi, ici photographié en uniforme du parti au pouvoir, le CNDD-FDD. Des enseignants de la 9ᵉ année fondamentale dénoncent des critères d’évaluation qu’ils jugent arbitraires et contraires aux textes officiels, s’inquiétant pour l’intégrité du système éducatif. ©DR/SOS Médias Burundi

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