Burundi : des combattants réfugiés accusés de terroriser les civils dans la province frontalière de Bujumbura

Burundi : des combattants réfugiés accusés de terroriser les civils dans la province frontalière de Bujumbura

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 22 janvier 2026 – En décembre 2025, des militaires burundais accompagnés d’éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), de milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) — un groupe armé hutu rwandais accusé d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994 — ainsi que des Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, parti au pouvoir au Burundi, ont fui les combats contre le mouvement rebelle M23 dans l’est de la RDC. Réfugiés au Burundi, ces hommes armés sont accusés de graves exactions contre les populations civiles, notamment dans la province frontalière de Bujumbura.

Les concernés ont fui les hostilités dans plusieurs cités et localités de la province du Sud-Kivu, frontalière avec le Burundi.
Selon plusieurs témoignages concordants recueillis sur place, ils ont traversé la rivière Rusizi, frontière naturelle entre la RDC et le Burundi, pour entrer sur le territoire burundais au niveau de la colline Kaburantwa, en zone Buganda, commune de Bukinanyana, dans la province de Bujumbura, à l’ouest du pays.
Cette traversée se serait effectuée via un pont en construction par une entreprise chinoise sur la transversale 6, dans le cadre d’un projet hydroélectrique.

Cantonnement dans des zones habitées

Une fois au Burundi, ces combattants ont été regroupés dans deux principaux sites. Le premier se situe derrière l’école fondamentale de Muremera, un établissement récemment construit par une entreprise indienne dans le cadre d’un projet hydroélectrique , et censé accueillir ses premiers élèves à la rentrée scolaire 2026-2027.
Le second site se trouve sur la colline Rugano, en zone Buhayira, toujours dans la commune de Bukinanyana.

Depuis plus d’un mois, la présence de ces hommes armés dans des zones habitées perturbe gravement la vie quotidienne des populations locales.

Pillages et violences sexuelles signalés

Des habitants accusent ces groupes armés de se livrer à des pillages répétés. Ils se rendraient dans les champs pour récolter de force les cultures des paysans et fréquenteraient les marchés locaux pour dépouiller les civils de leurs biens.

Le marché de Buhayira, où les combattants réfugiés sont accusés de se rendre pour piller les biens des civils. ©SOS Médias Burundi
Le marché de Buhayira, où les combattants réfugiés sont accusés de se rendre pour piller les biens des civils. ©SOS Médias Burundi

Plus grave encore, plusieurs témoignages font état de violences sexuelles. Des femmes et des jeunes filles seraient victimes de viols, sous la menace d’intimidations et de représailles en cas de dénonciation. Face à cette situation, certaines familles ont fui leurs collines, tandis que d’autres ont envoyé leurs filles se réfugier ailleurs, par crainte de nouvelles exactions.

Dégâts matériels et environnementaux

À l’école fondamentale de Muremera, les dégâts sont importants. Des bancs pupitres scolaires auraient été utilisés comme bois de chauffe pour la cuisine des combattants. Les arbres environnants ont été abattus, laissant le site entièrement déboisé.

« Nous avons fui vers d’autres localités après avoir constaté leurs mauvais comportements », témoigne un déplacé rencontré au chef-lieu de la zone Buganda.

Des combattants en attente d’instructions

Selon certains éléments interrogés, plusieurs combattants auraient retiré leurs uniformes militaires pour porter des tee-shirts aux couleurs du CNDD-FDD. Ils affirment être cantonnés dans ces sites en attendant une décision des autorités burundaises, évoquant un éventuel redéploiement vers la RDC ou d’autres missions.

Ils évoquent également des conditions de vie précaires, affirmant ne recevoir qu’un seul repas par jour et être contraints de subvenir eux-mêmes à leurs besoins.

Les autorités locales alertées

Le chef de la zone Buhayira confirme avoir reçu de nombreuses plaintes de la population. « J’ai déjà transmis plusieurs rapports à ma hiérarchie et j’attends les instructions », indique-t-il.

De leur côté, l’administrateur communal de Bukinanyana et certains responsables d’anciens groupes armés burundais et congolais affirment qu’une solution serait en préparation. Ils annoncent le retrait prochain de tous les combattants des zones habitées et leur affectation à d’autres activités, sans en préciser la nature.

Un contexte régional toujours explosif

Ces allégations s’inscrivent dans un contexte régional déjà très tendu. Réactivé fin 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais, est intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI). Le mouvement contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord- et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux provinces, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements mondiaux de coltan.

L’école fondamentale de Muremera transformée en position par les combattants ayant fui les combats dans l’est de la RDC. ©SOS Médias Burundi
L’école fondamentale de Muremera transformée en position par les combattants ayant fui les combats dans l’est de la RDC. ©SOS Médias Burundi

Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi, le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC, dont environ 10 000 resteraient actuellement sur le terrain, combattant aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo contre le M23.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda rejette ces accusations et affirme que la RDC et le Burundi apportent un appui aux FDLR. Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025, sous médiation américaine, auquel le Burundi a participé en tant qu’observateur.
Les hostilités continuent de pousser des milliers de familles à fuir vers les pays de la sous-région. La petite nation de l’Afrique de l’Est a déjà accueilli à elle seule plus de 100 000 réfugiés congolais depuis début décembre 2025.

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Photo : les habitants de la colline Rugano s’inquiètent de la présence des combattants armés dans leur localité. ©SOS Médias Burundi

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