Cibitoke : 35 Imbonerakure détenus pour trafic illégal et passages clandestins vers la RDC

Cibitoke : 35 Imbonerakure détenus pour trafic illégal et passages clandestins vers la RDC

SOS Médias Burundi

Cibitoke, 27 janvier 2026– Trente-cinq membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, sont détenus depuis près de deux semaines au cachot du commissariat de police de Cibitoke, en province de Bujumbura, à l’ouest du Burundi. Ils sont soupçonnés de trafic transfrontalier illégal et d’avoir facilité le passage clandestin de ressortissants congolais à travers la rivière Rusizi, frontière naturelle entre le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC). La région de Cibitoke est frontalière avec la province du Sud-Kivu, à l’est du vaste pays de l’Afrique centrale.

Arrestations dans un contexte de durcissement sécuritaire

Les arrestations sont intervenues peu après une réunion sécuritaire présidée le 9 janvier par le gouverneur de la province de Bujumbura, le général-major Aloys Ndayikengurukiye. La rencontre, tenue à la salle du stade de Buganda, avait réuni les autorités administratives, les responsables de la sécurité ainsi que des représentants des confessions religieuses.

À cette occasion, le gouverneur, en collaboration avec le commandant de la 1ère région militaire, avait averti que toute relation non autorisée avec des personnes en provenance de la RDC serait désormais sévèrement sanctionnée. Toute personne appréhendée sur la rivière Rusizi serait considérée comme un « ennemi de la nation », avaient alors martelé les autorités.

Trafic de marchandises et passages de réfugiés

C’est dans ce contexte que les 35 Imbonerakure ont été interpellés : quinze sur la colline Nyamitanga, en commune Bukinanyana, douze sur la colline Rukana et huit sur la colline Rusiga, en commune Cibitoke.

Le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, et la Première dame, Angeline Ndayishimiye, saluent un jeune garçon ayant participé au défilé lors de la 7ᵉ édition de la Journée des Imbonerakure, à Makamba, au sud du Burundi, le 26 août 2023. ©SOS Médias Burundi
Le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, et la Première dame, Angeline Ndayishimiye, saluent un jeune garçon ayant participé au défilé lors de la 7ᵉ édition de la Journée des Imbonerakure, à Makamba, au sud du Burundi, le 26 août 2023. ©SOS Médias Burundi

Selon des sources locales, certains ont été arrêtés alors qu’ils faisaient traverser illégalement des marchandises, notamment du carburant et des pagnes, tandis que d’autres facilitaient le passage clandestin de ressortissants congolais fuyant l’insécurité persistante dans l’est de la RDC. Ces traversées s’effectuaient moyennant le paiement de sommes importantes, les auteurs se croyant au-dessus de la loi.

Un transfert vers Mpimba envisagé

Parmi les personnes arrêtées figurent également des responsables locaux des Imbonerakure, une situation qui suscite l’inquiétude au sein des dirigeants provinciaux du CNDD-FDD. Ces derniers appellent la justice à agir rapidement, à prononcer des peines appropriées et à transférer les prévenus à la prison centrale de Mpimba, dans la capitale économique Bujumbura.

La région de Cibitoke ne dispose pas de prison centrale, ce qui rend nécessaire le transfert des détenus vers Mpimba pour les dossiers jugés sensibles ou de grande ampleur.

Les autorités administratives et judiciaires ont, pour leur part, mis en garde toute personne tentée de violer la loi, affirmant que des mesures fermes seront prises contre tous les contrevenants, sans exception.

Une ligue régulièrement mise en cause

Les Imbonerakure sont la ligue des jeunes du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu au pouvoir au Burundi depuis 2005 à la suite de l’accord d’Arusha d’août 2000. Ils sont régulièrement cités dans des actes d’abus visant des opposants ou des opposants supposés.

Souvent sollicités par les autorités burundaises, y compris par le président Évariste Ndayishimiye, les Imbonerakure accompagnent l’armée dans certaines opérations militaires en RDC, participent à la sécurisation des frontières et aux rondes nocturnes dans les quartiers et collines de la petite nation de l’Afrique de l’Est.

Des organisations de défense des droits humains dénoncent toutefois une impunité persistante. Selon le rapport annuel de la Ligue Iteka, publié en janvier, les Imbonerakure seraient impliqués dans 110 cas sur plus de 400 personnes tuées dans le pays en 2025. Les autorités burundaises et les responsables du CNDD-FDD présentent, de leur côté, la ligue comme un pilier du développement et accusent leurs détracteurs de vouloir ternir son image et celle du pays.

Pour rappel, l’ONU avait qualifié les Imbonerakure de milice et d’outil de répression du régime CNDD-FDD en 2015, après les violences liées au troisième mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.

Un soutien assumé du chef de l’État

En août 2023, le président Évariste Ndayishimiye avait remis les Imbonerakure au premier plan lors d’une journée qui leur est dédiée, louant leur rôle dans la sécurisation des frontières.

« Le Burundi est gardé car nous avons les Imbonerakure. Celui qui n’y croit pas, qu’il vienne violer nos frontières. Il sera désillusionné », avait-il déclaré.

S’exprimant en kirundi, le chef de l’État s’était également félicité de leur implication dans les rondes nocturnes et avait appelé à les intensifier, estimant que les critiques visant la ligue seraient orchestrées par l’Occident depuis la crise de 2015.

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Photo : des Imbonerakure et anciens combattants du CNDD-FDD dans une parade militaire à Cibitoke © SOS Médias Burundi

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