Photo de la semaine-Tanzanie : démolitions, surpeuplement et violations de la Convention de Genève, des réfugiés burundais forcés au retour
Dans les camps de réfugiés burundais de Nyarugusu et de Nduta, situés dans la région de Kigoma, au nord-ouest de la Tanzanie, la situation humanitaire se dégrade rapidement. Des milliers de réfugiés s’entassent dans des centres d’attente saturés, à la suite de démolitions massives d’abris et de pressions qui les poussent à accepter un retour qu’ils qualifient d’involontaire, voire de forcé.
Nyarugusu : un centre d’attente submergé
Longtemps considéré comme hostile au rapatriement volontaire, le camp de Nyarugusu connaît depuis plusieurs semaines un afflux inédit. Le centre d’attente est désormais débordé, principalement par des réfugiés issus des zones 8, 9, 11, 12 et 13, où de nombreux abris ont été rasés.
« Le site d’accueil compte actuellement plus de 5 000 personnes, essentiellement des femmes et des enfants. Beaucoup dorment à la belle étoile, dans les rues et sur le terrain, sans nourriture suffisante », rapporte notre source, qui s’est rendue sur place.
Un volontaire du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), membre de l’équipe d’assistance, confirme :
« Je n’avais jamais vu un tel nombre de personnes dans le centre d’attente, même à l’époque de l’arrivée massive de nouveaux réfugiés. »
« Nous ne rentrons pas par choix »
De nombreux réfugiés affirment que leur départ ne relève pas d’un choix libre.
« Ils ont détruit ma maison. Mon mari est détenu, je ne sais où, pour des raisons que nous ignorons. Que voulez-vous que je fasse ? Je vais rentrer, même si je ne me souviens plus exactement de ma colline d’origine », confie Bucumi*, entourée de ses trois jeunes enfants. Elle est originaire de la région de Makamba, dans la province de Burunga, au sud du Burundi.
Un autre réfugié, père de quatre enfants, explique avoir lui-même démoli son abri :
« Je ne voulais pas assister à la démolition de ma maison. Je l’ai détruite moi-même pour récupérer les tôles, les portes et quelques meubles. »
Dans les lieux d’attente, la promiscuité est extrême. Les familles vivent aux côtés de chèvres, de porcs et de volailles, entourées de nombreux sacs de vivres qu’elles tentent d’emporter avec elles.
Selon les agents du HCR et de l’administration des camps chargés des enregistrements, « des retours organisés dans ces conditions sont quasiment impossibles ».
Nduta : démolitions accélérées et colère des réfugiés
Au camp de Nduta, les démolitions d’abris se sont intensifiées ces dernières semaines. Une source parmi les agents du HCR indique que plus de 12 000 réfugiés burundais ont été enregistrés en un seul week-end.
« Tout le monde est inscrit pour le retour, mais dans une atmosphère de colère. Ils nous insultent et répètent qu’ils sont forcés de rentrer au Burundi », rapporte la source.
Presque toutes les maisons situées dans les zones 17, 18, 19 et 20 ont été rasées. Certains réfugiés souhaitent repartir avec leur bétail, notamment des vaches, et passent la nuit dans les salles d’attente avant leur départ.
Une pratique contraire à la Convention de Genève
Depuis le début de l’année, près de 20 000 abris ont été démolis à Nduta et à Nyarugusu, selon des sources humanitaires. Les autorités tanzaniennes justifient ces opérations par l’amélioration de la situation sécuritaire au Burundi.
Cette position est appuyée par la commission tripartite Burundi–Tanzanie–HCR, qui a conclu en octobre dernier que « plus de 97 % des réfugiés burundais n’ont plus de raison de rester en exil », recommandant un rythme de 3 000 retours par semaine.
Toutefois, ces pratiques sont dénoncées par les réfugiés comme des violations de la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, qui garantit notamment :
le caractère strictement volontaire du rapatriement ;
le principe de non-refoulement (article 33), interdisant tout retour forcé vers un pays où la vie, la liberté ou la sécurité du réfugié seraient menacées ;
l’obligation pour les États d’assurer des retours sûrs, dignes et exempts de toute pression, directe ou indirecte.
Le HCR inquiet, les réfugiés dénoncent une impuissance
À la mi-janvier, le HCR s’est dit « profondément préoccupé » par les démolitions d’abris et a rappelé que « tous les retours doivent être volontaires, sûrs et dignes ». Une déclaration jugée insuffisante par les réfugiés.
« Nous assistons à des violations flagrantes de nos droits fondamentaux. Nous regrettons l’impuissance du HCR face à cette situation », dénoncent-ils, appelant au respect strict du droit international des réfugiés.
La Tanzanie accueille encore plus de 110 000 réfugiés burundais, pour la plupart ayant fui la crise politique de 2015, déclenchée par le troisième mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.
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Notre photo : plusieurs dizaines de réfugiés burundais sans abris, dont certains dorment à même le sol, attendent d’être rapatriés après la destruction de leurs maisons au camp de Nyarugusu. Selon les autorités tanzaniennes, le camp sera fermé le 31 mars prochain.
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