Photo de la semaine- Burundi : gestion hasardeuse de la pandémie, le Covid-19 continue de faire des ravages

Photo de la semaine- Burundi : gestion hasardeuse de la pandémie, le Covid-19 continue de faire des ravages

Depuis quelques jours, des sources au sein de différents hôpitaux et structures sanitaires de la ville de Bujumbura (capitale économique) rapportent une montée en flèche des cas de morts suite à la pandémie du Covid-19. Les places prévues pour interner les patients de la pandémie sont saturées, certains meurent pour manque d’oxygène, plusieurs autres sont renvoyés chez eux s’y confiner et y prendre des médicaments. Malgré la situation alarmante, les mesures de prévention contre la propagation du Covid-19 ne sont plus respectées. Des habitants de Bujumbura dénoncent une gestion négligée de la pandémie par les autorités sanitaires. Ils craignent le pire tout comme dans la province de Kirundo (nord du Burundi). (SOS Médias Burundi)

Selon des professionnels de la santé, les chiffres de cas positifs au Covid-19 ne cessent de monter en flèche, des cas de décès sont rapportés, mais le ministère en charge de la santé n’en parle pas. « Depuis le 7 août, nous avons enregistré 13 décès suite au Covid-19. Plusieurs patients agonisant ont été transférés ailleurs pour manque de places pour leur réanimation. Ici on ne cite pas un grand nombre de ceux à qui on prescrit des médicaments et qui sont obligés d’aller se confiner chez eux. La situation est tellement inquiétante, nous sommes dépassés », a confié à SOS Médias Burundi, un salarié de l’hôpital du district sanitaire de Ruziba, au sud de la capitale économique Bujumbura.

Au centre hospitalo-universitaire de Kamenge (CHUK) dit Roi Khaled (nord de Bujumbura), la situation inquiète également. Un responsable parle de dizaines de morts par semaine. « Des morts on en compte par jour, au moins une dizaine par semaine. Plusieurs patients atteints du Covid-19 souffrent d’insuffisance respiratoire et sont sous oxygène en soins intensifs.
Malheureusement, nous manquons de places pour interner tous les cas qui le nécessitent.
À ceux qui peuvent encore tenir, nous leur donnons des médicaments à prendre chez eux, mais nous déplorons des cas de décès à domicile. Des messages nous parviennent, mais nous n’avons pas de solution », regrette un salarié du service des urgences qui a témoigné sous couvert d’anonymat.

À l’hôpital Prince Régent Charles (Centre de Bujumbura), la situation est aussi déplorable.

Selon nos reporters, il arrive que des malades meurent étant en salle d’attente d’être admis. « Mon père vient de mourir. Nous sommes arrivés ici à 4h du matin et il avait besoin d’oxygène. On nous a dit d’attendre puisqu’il n’y en a pas.
On m’a expliquée que toutes les bouteilles sont entrain d’être utilisées pour sauver des vies des autres patients de Coronavirus aussi. Un médecin m’a dit d’aller chercher moi-même une bouteille d’oxygène pour réanimer mon père, en vain. Il est mort », nous a témoigné Béatrice*, une jeune fille qui a perdu son père le week-end dernier.

À l’hôpital militaire de Kamenge, un responsable affirme que l’établissement est dépassé par le nombre de patients du Covid-19. Tout un bloc leur a été réservé. Mais il est saturé. « Normalement, les malades atteints par le Covid-19 sont internés dans le bloc 12. Mais il n’y a plus de lit. La contamination se fait à grande échelle ces derniers jours. C’est très alarmant », regrette notre source.

Silence assourdissant des hautes autorités

Malgré l’explosion des cas de malades et de décès, les autorités semblent insensibles. Les mesures-barrières contre la propagation de la pandémie sont quasi inexistantes. « Des grands rassemblements se font comme si rien n’était. Le cas récent est celui du festival culturel panafricain du Burundi. Il a réuni des milliers de personnes durant les 3 jours au boulevard de l’Indépendance (centre de Bujumbura), du 13 au 16 août. Il y avait des foires, des danses et karaokés. Des personnes se bousculaient sans masque alors qu’il y avait même des invités venus d’autres pays comme le Cameroun, le Sénégal et le Mali. L’événement était organisé par la fondation de l’épouse du président de l’Assemblée Nationale », déplorent des habitants.

Le président de l’Assemblée Nationale Daniel Gélase Ndabirabe, le ministre en charge de l’intégration à la communauté de l’Afrique de l’est Ézéchiel Nibigira et d’autres personnalités étaient dans cet événement où très peu de gens portaient un masque. « Ce samedi, un congrès du parti Uprona (Union pour le progrès national) s’est tenu sur autorisation et protection des autorités. Ce n’est pas tout, les bars, les restaurants, les Églises et les boîtes de nuit,[…], tout se fait sans une seule mesure de prévention de la propagation de la pandémie. C’est grave, on risque de nous retrouver tous contaminés », se désolent des observateurs locaux.

Un habitant du centre de Bujumbura s’inquiétait ce jeudi matin. « Ici les gens meurent en grand nombre suite au Covid-19 mais on ne le communique pas. C’est très dangereux ».

Des voyageurs ayant parlé à notre rédaction dénoncent quant à eux une négligence dans les lieux même de tests. « Quand on nous donne un reçu, c’est plus de cinq personnes qui le touchent avant de sortir et à la sortie même un policier qui y est posté doit toucher par les mains pour vérifier. Au fait, ils transmettent le Covid-19 sans le savoir dans des lieux censés le prévenir. Il doit y avoir une nouvelle organisation sérieuse », témoigne un homme qui a dernièrement fait un test Covid-19 dans le cadre d’une mission à l’étranger.

Fin juillet dernier, une semaine de la diaspora a été organisée et bénie par les autorités burundaises et de grands rassemblements autorisés dans la ville de Bujumbura. Il y a quelques semaines, les autorités burundaises ont suspendu la mise en quarantaine pour des passagers qui arrivent de l’extérieur du pays.

Au début de l’année, plusieurs mesures avaient été prises pour limiter la contagion. Les employés du transport rémunéré et les clients devaient porter un masque, les lieux publics disposer de l’eau et du savon pour se laver les mains et un suivi rigoureux de la mise en quarantaine des passagers qui arrivent de l’étranger sans oublier la fermeture des frontières terrestre et maritime. Mais aujourd’hui, ces mesures sont quasi inexistantes.
Nos reporters ont remarqué par exemple qu’il n’y a plus de sceaux d’eau sur les parkings et les passagers se bousculent sur des files indiennes avant d’entrer dans les bus lors des heures de pointe. Là aussi, le port de masque n’est pas obligatoire.

Dans la ville de Bujumbura, les hôpitaux privés de renom accueillent également beaucoup de malades atteints par le Covid-19, selon des sources médicales. « Le nombre ne cesse d’augmenter », indiquent-elles.

Gitega

Il y a quelques jours, une centaine de personnes ont été testées positives au Covid-19 dans la capitale politique Gitega sur moins de 550 testées.
Ceci n’a pas empêché pourtant la célébration de la fête de l’Assomption au sanctuaire marial de Giheta( à quelques kilomètres de la capitale politique) dimanche dernier. L’événement a accueilli plus de 40 mille pèlerins y compris le couple présidentiel et plusieurs autres hautes autorités.
Presque tout le monde ne portait pas de masque.

Kirundo-Ngozi

Dans les districts sanitaires de Kirundo et Kiremba (nord du Burundi), cela fait plus d’un mois que des cas de Covid-19 ne cessent d’augmenter. D’après nos estimations, au moins 22 personnes sont mortes de Covid-19 dont 13 décès en moins d’une semaine à l’hôpital de Kirundo.

Des lieux aménagés pour servir de centres de confinement dont le lycée de Kanyinya (chef-lieu de Kirundo) ont été fermés, les malades renvoyés sur leur colline d’origine où ils sortent comme ils veulent, vaquent à des activités et vont dans des lieux publics comme les lieux de culte, les marchés et autres.
Des autorités sanitaires auraient décidé de stopper le dépistage de masse dans cette région où les structures sanitaires sont submergées et les médicaments constituant une combinaison adoptée par l’autorité sanitaire manquent cruellement.
Des habitants qui se sont confiés à SOS Médias Burundi craignent une forte contagion.

Cibitoke

Dans la province de Cibitoke (nord-ouest du Burundi), au moins 6 patients du Covid-19 sont morts en moins de deux semaines, selon des sources médicales.

Plus de 16 personnes dont 4 juges du tribunal de province et 4 infirmiers de la commune de Mabayi ont été testées positives au Covid-19 depuis lundi 16 août.

Dans cette province, surtout dans les zones rurales, les gens considèrent le Covid-19 comme une maladie tabou.

Officiellement, le Burundi compte moins de 15 décès liés au Covid-19 mais plusieurs Burundais sont emportés par la pandémie que ce soit au Burundi ou dans des hôpitaux de la sous-région surtout à Nairobi, la capitale du Kenya. Mais ces chiffres n’ont jamais été enregistrés par le gouvernement.

Le président Évariste Ndayishimiye a pris au sérieux le Covid-19 depuis son accession anticipée au pouvoir à la suite de la mort de son prédécesseur Pierre Nkurunziza qui était très critiqué pour sa gestion du Covid-19 dont il niait l’existence dans son pays affirmant que « l’atmosphère du Burundi a été purifiée par le Saint Esprit ».
Mais ces derniers jours, il se remarque un grand relâchement dans la mise en pratique des mesures de prévention dans ce petit État de l’Afrique de l’est qui est parmi les rares au monde qui n’ont pas encore vacciné leur population contre le Coronavirus.

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Photo : le président Neva et son épouse ainsi que des hautes autorités en compagnie des évêques catholiques du Burundi se prosternent devant la statue de la vierge Marie à Mugera

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