Photo de la semaine – Bujumbura : des jeunes commerçants contraints de fermer pour assister aux réunions du CNDD-FDD
Des jeunes travaillant dans des boutiques, salons de coiffure et cafétérias du quartier Jabe, en zone Bwiza, commune Mukaza dans la capitale économique Bujumbura, dénoncent des pressions exercées par des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure. Ces derniers les obligeraient à abandonner leurs activités professionnelles l’après-midi pour participer à des réunions politiques organisées dans le quartier.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les Imbonerakure sillonnent régulièrement les avenues pour identifier les jeunes présents dans les commerces. Ils justifieraient ces convocations par la nécessité de vérifier qu’aucun élément de groupes armés opérant en République démocratique du Congo ne se cache dans la capitale économique de la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Les commerçants concernés rappellent toutefois que la participation à des activités partisanes ne devrait en aucun cas être une obligation.
« J’étais dans mon salon quand un groupe d’Imbonerakure est entré brusquement. Ils m’ont demandé pourquoi je n’avais pas fermé pour aller à la réunion. J’ai expliqué que je travaillais pour chercher de quoi manger. L’un d’eux m’a obligé à fermer et à les suivre. Je l’ai fait pour sauver ma vie, mais c’est déplorable dans un quartier où la paix est censée régner », raconte un coiffeur.
Un boutiquier affirme avoir vécu une scène similaire.
« Je reste ouvert jusqu’au dernier client. Ils sont venus me dire de les suivre immédiatement. Je ne comprends pas comment des jeunes peuvent forcer la fermeture des commerces sans motif valable », déplore-t-il.
Climat de peur
Plusieurs jeunes disent agir sous la contrainte et redouter des représailles en cas de refus. La récente explosion survenue en commune Cibitoke, près de la frontière congolaise, qui a fait des blessés dont une femme et un enfant, alimente davantage l’angoisse. Les combats entre l’armée burundaise et le M23 se sont intensifiés ces derniers jours dans cette zone.
Les commerçants demandent à l’administration locale d’intervenir pour mettre fin à ces pratiques et appellent la Police nationale du Burundi à assurer la sécurité sans recourir à la coercition politique.
Contactée, une source administrative à Bwiza indique que « la police est à l’œuvre pour sécuriser la population », sans commenter spécifiquement les accusations visant les Imbonerakure.
Une ligue régulièrement accusée
Les Imbonerakure sont la ligue des jeunes du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu au pouvoir depuis 2005 à la suite de l’accord d’Arusha d’août 2000. Ils sont fréquemment cités dans des rapports d’organisations de défense des droits humains pour des actes d’intimidation, de violences ou d’abus contre des opposants réels ou supposés.
Souvent sollicités par les autorités, y compris par le président Évariste Ndayishimiye, ils participent à certaines opérations en République démocratique du Congo, à la surveillance des frontières et aux rondes nocturnes dans les quartiers et sur les collines.
La Ligue Iteka, qui travaille aujourd’hui depuis l’exil, évoque une impunité persistante. Dans son rapport annuel publié en janvier, elle attribue aux Imbonerakure l’implication dans 110 cas sur plus de 400 personnes tuées au cours de l’année 2025.
Le CNDD-FDD présente pour sa part sa ligue des jeunes comme un pilier du développement communautaire et de la sécurité nationale et accuse ses détracteurs de vouloir ternir l’image du pays.
Pour rappel, en 2015, les Nations unies avaient qualifié les Imbonerakure de milice, les associant aux violences liées au troisième mandat controversé du président Pierre Nkurunziza.
Un soutien assumé du chef de l’État
En août 2023, Évariste Ndayishimiye avait publiquement salué leur rôle lors d’une journée nationale dédiée à cette ligue.
« Le Burundi est gardé car nous avons les Imbonerakure. Celui qui n’y croit pas, qu’il vienne violer nos frontières. Il sera désillusionné », avait déclaré le chef de l’État, appelant également à intensifier les rondes nocturnes et dénonçant des critiques qu’il juge orchestrées par l’Occident depuis la crise de 2015.
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Notre photo : une petite réunion de militants du CNDD-FDD dans une rue de la capitale économique Bujumbura, où des Imbonerakure contraignent les jeunes commerçants à y participer
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