Radio burundaise : le média de proximité étranglé par la crise
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 16 février 2026 – La radio vacille. Réunis récemment à Gitega à l’occasion de la Journée mondiale du secteur, les professionnels ont décrit un média miné par les pénuries, le manque de moyens et l’érosion rapide de son audience.
Autrefois l’un des médias les plus respectueux et courageux de la région, la radio burundaise servait même de modèle pour des représentants des radios d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, venus dans la petite nation de l’Afrique de l’Est pour s’inspirer de la « synergie des médias ». Cette réputation semble aujourd’hui compromise.
Le coup d’État manqué de mai 2015 a marqué un tournant dramatique : plusieurs radios indépendantes ont été détruites et une centaine de journalistes ont fui le pays, laissant la presse indépendante privée de reporters expérimentés, désormais exilés. Sur le terrain, la crise économique et les harcèlements incessants contre les rares journalistes courageux accentuent la fragilité du secteur.
La célébration de la Journée mondiale de la radio a rassemblé journalistes, responsables de médias et autorités publiques. Mais derrière les discours officiels, le constat est sombre. De nombreuses stations font face à des difficultés financières majeures, notamment liées au manque de carburant. Ce défi logistique empêche les reporters de se rendre sur le terrain pour recueillir des témoignages et relayer les préoccupations des citoyens.
« Nous nous contentons aujourd’hui d’informations issues des conférences de presse et des ateliers, car nous n’avons plus les moyens de déplacement », confie un rédacteur en chef d’une radio privée de Bujumbura. Un autre professionnel renchérit : « Nous devons parfois nous partager les éléments officiels avec des confrères qui ont pu assister à une activité. »
Autrefois considérée comme le canal le plus fiable et le plus accessible, la radio perd progressivement du terrain. Les restrictions budgétaires freinent les reportages et les enquêtes de fond. L’information de proximité, qui faisait la force des radios locales et communautaires, s’appauvrit au fil des mois.
Un responsable de média explique que les moyens limités les empêchent non seulement de couvrir les événements sur le terrain, mais aussi d’obtenir des interventions à distance de la part des autorités. Une double contrainte qui affaiblit davantage la qualité et la diversité des programmes.
Pendant ce temps, les réseaux sociaux continuent de gagner du terrain. De nombreux anciens auditeurs se tournent vers ces plateformes numériques, séduits par l’instantanéité et la multiplicité des sources, même si la fiabilité des contenus y demeure souvent incertaine.
Le thème retenu cette année, « L’intelligence artificielle, opportunités et menaces », résume les dilemmes du moment. Prenant la parole lors de la cérémonie, le ministre de la Communication et des Médias, Gabby Bugaga, a appelé les journalistes à utiliser l’intelligence artificielle « intelligemment et professionnellement » dans la production des contenus.
Selon lui, ces technologies pourraient contribuer à améliorer la qualité des programmes, diversifier les formats et optimiser les ressources. Il a toutefois insisté sur la nécessité d’un encadrement et d’une formation adaptée afin de prévenir les risques de désinformation et de dérives éthiques. Le ministre a reconnu l’existence de défis techniques limitant l’accès à une large audience et a promis des solutions avant la fin de l’année.
Un paysage radiophonique dense mais fragilisé
La petite nation de l’Afrique de l’Est compte plus de cinquante radios en activité, dont une vingtaine de radios communautaires. Malgré cette couverture étendue du territoire, leur équilibre économique reste précaire.
Dans un pays où la radio demeure essentielle, particulièrement en milieu rural, les attentes sont immenses. Les professionnels espèrent que les engagements formulés lors de cette journée commémorative se traduiront rapidement en mesures concrètes.
En 2011, le 13 février a été proclamé Journée mondiale de la radio par les États membres de l’UNESCO, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, chargée de promouvoir la coopération internationale dans les domaines de l’éducation, des sciences et des médias. L’UNESCO a ainsi soutenu la reconnaissance de ce média comme vecteur de dialogue, de liberté d’expression et d’accès à l’information. La Journée a été reconnue l’année suivante comme Journée internationale par l’Assemblée générale des Nations unies.
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Photo : Un homme écoute une radio au Burundi, alors que ce média, jadis pilier de l’information de proximité, est aujourd’hui étranglé par les pénuries, les pressions et la fuite des journalistes. © Jean Pierre Aimé Harerimana via SOS Médias Burundi
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