Burundi : acharnement systématique contre la presse indépendante, la journaliste Sandra Muhoza visée

Burundi : acharnement systématique contre la presse indépendante, la journaliste Sandra Muhoza visée

SOS Médias Burundi

Ngozi, 20 février 2026 – Le parquet près la Cour d’appel de Ngozi, dans le nord de la petite nation de l’Afrique de l’Est, requiert la confirmation de quatre ans de prison ferme à l’encontre de la journaliste Sandra Muhoza, symbole de la liberté de la presse au Burundi. Les accusations, portant sur atteinte à la sûreté de l’État et propos à caractère ethnique, s’inscrivent, selon des observateurs, dans un véritable acharnement judiciaire ciblé contre les journalistes indépendants.

Selon les informations recueillies sur place, le parquet a demandé à la Cour d’appel de confirmer intégralement la peine prononcée par le Tribunal de grande instance de Ngozi, où Sandra Muhoza avait déjà été condamnée pour des propos jugés injurieux et ethniquement sensibles.

La défense dénonce des aveux obtenus sous contrainte

Sandra Muhoza et ses avocats contestent toutes les accusations. Ils affirment que les aveux qui lui sont attribués ont été obtenus sous pression lors d’un interrogatoire nocturne au Service national de renseignement dans la capitale économique Bujumbura. La défense réclame son acquittement immédiat et sa remise en liberté.

De nombreux citoyens présents à l’audience dénoncent un traitement judiciaire disproportionné et ciblé, dénonçant un climat de peur et d’intimidation qui pèse sur toute la presse indépendante du pays.

Une affaire née d’échanges sur WhatsApp

Correspondante du média indépendant La Nova Burundi, Sandra Muhoza avait été arrêtée en mars 2024 et détenue d’abord à la prison centrale de Mpimba avant son transfert à Ngozi. Les poursuites portent sur des propos échangés dans un groupe WhatsApp de journalistes locaux. Déjà condamnée en décembre 2024 à 21 mois de prison pour un message partagé dans ce groupe, elle est devenue un symbole des pressions judiciaires et politiques sur la presse indépendante au Burundi.

Le rôle de la grâce présidentielle

Le président Évariste Ndayishimiye a récemment invité Sandra Muhoza et le journaliste Kenny Claude Nduwimana à officialiser une demande de pardon, citant le précédent de Floriane Irangabiye, graciée en août 2024 alors qu’elle purgeait dix ans de prison.

Un autre journaliste, Didier Ndihokubwayo, ancien de Radio Maria Burundi, détenu depuis décembre 2024 pour « détention illégale d’armes », a été condamné à trois ans de prison ferme.

Un climat d’intimidation généralisé

Cette affaire illustre un contexte où les journalistes burundais subissent des pressions politiques et judiciaires constantes, et où la justice semble utilisée pour étouffer la presse indépendante et intimider les voix critiques.

Pour Sandra Muhoza, la bataille judiciaire continue. Cette condamnation s’inscrit dans un climat d’intimidation généralisé contre la presse au Burundi, où cinq autres journalistes ont été récemment arrêtés à Bujumbura dans des conditions jugées arbitraires. Trois d’entre eux ont été détenus plus de huit heures dans les bureaux des renseignements, tandis que deux autres ont passé deux nuits dans un cachot d’une entité administrative située au nord de la ville. L’une des deux, une cadreuse, est une mère allaitante qui a été séparée de son enfant pendant plus de deux jours, provoquant l’indignation des familles et des organisations de défense des droits humains.

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