Kiremba : fin des semis sans engrais, les agriculteurs au bord du désespoir
SOS Médias Burundi
Kiremba, 18 mars 2026 — La période de semis pour la saison culturale B s’est officiellement achevée le 15 mars 2026 au Burundi, laissant derrière elle un profond sentiment de frustration chez les agriculteurs de la commune Kiremba, en province de Butanyerera, dans le nord de la petite nation de l’Afrique de l’Est. La raison : l’absence d’engrais organo-minéraux fournis par la FOMI (Fertilisants Organo-Minéraux Industriels), alors même que les cultivateurs avaient payé la totalité des frais pour les saisons A et B l’année dernière.
Dans cette commune essentiellement agricole, de nombreux cultivateurs ont été contraints de semer sans aucun apport fertilisant, compromettant sérieusement leurs rendements. La situation est d’autant plus critique que plusieurs ménages ne disposent pas de bétail – vaches, porcs ou chèvres – capable de fournir un fumier organique alternatif.
« Je n’avais pas d’autre choix », témoigne Shuti, agriculteur de la zone Musasa. « On nous avait promis les engrais organo-minéraux de la FOMI. Comme je n’ai pas d’engrais organiques, j’ai semé sans rien. Aujourd’hui, trois semaines après la levée, mes plants de haricots commencent à jaunir. C’est à cause du manque de fertilité du sol. »
Itangishaka, autre cultivateur de la commune, interpelle les autorités :
« Nous avons payé pour les engrais de la saison A et de la saison B l’année dernière. Pour la saison A, nous n’avons reçu qu’une petite quantité par rapport à notre commande. Et maintenant, la saison B est déjà semée sans même recevoir un kilo d’engrais. Le gouvernement doit nous expliquer où est passé notre argent. »
Cette crise survient dans un contexte où le respect du calendrier agricole est crucial. Au Burundi, les semis de la saison B s’étendent généralement du début février au 15 mars. Au-delà de cette période, les cultures risquent de voir leur phase de maturation coïncider avec le début de la saison sèche (saison C), entraînant un déficit hydrique avant la maturité et, par conséquent, une perte importante de rendement.

Des policiers supervisent la distribution d’engrais chimiques sur un point de vente de fertilisants à Bubanza, dans l’ouest du Burundi. À Kiremba, dans le nord du pays, les agriculteurs continuent de dénoncer des retards et des quantités insuffisantes. © SOS Médias Burundi
Face à cette situation, les ministres des Finances, Alain Ndikumana, et de l’Agriculture, Calinie Mbarushimana, ont effectué une visite inopinée à la FOMI le 17 mars 2026 pour comprendre les causes du retard dans la distribution des engrais.
Selon le directeur général de la FOMI, Simon Ntirampeba, et son adjoint, le retard s’explique principalement par le manque de devises étrangères pour l’importation des matières premières nécessaires à la fabrication des engrais. À cela s’ajoutent les coupures fréquentes d’électricité et l’insuffisance de carburant, le Burundi étant plongé dans une crise carburant persistante depuis plus de cinq ans. L’usine fait également face à une dette colossale de plus de 368 millions de dollars, contractée pour maintenir la production et répondre à la demande nationale.
Pendant ce temps, à Kiremba, l’inquiétude grandit. Les champs sont semés, mais sans engrais, et les espoirs de bonnes récoltes s’amenuisent chaque jour. Pour de nombreux agriculteurs, la saison culturale B pourrait bien être synonyme de pertes économiques et d’insécurité alimentaire accrue.
La situation de Kiremba n’est toutefois pas un cas isolé. Dans plusieurs autres communes de la petite nation de l’Afrique de l’Est, les cultivateurs dénoncent des quantités insuffisantes d’engrais, des retards répétés, une distribution partielle ou inéquitable, et certaines livraisons intervenant plusieurs mois après la saison culturale concernée. Ces manquements ont des conséquences directes sur les récoltes et accentuent l’insécurité alimentaire à l’échelle nationale.
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Photo : Une cultivatrice dans un champ de maïs en province de Butanyerera, au nord du Burundi. © SOS Médias Burundi
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