Tanzanie : Nduta vidé de force, des réfugiés burundais expulsés dans la violence et le silence

Tanzanie : Nduta vidé de force, des réfugiés burundais expulsés dans la violence et le silence

SOS Médias Burundi

Kigoma, 27 avril 2026 — Dans le camp de Nduta, situé dans la région de Kigoma au nord-ouest de la Tanzanie, des milliers de réfugiés burundais dénoncent des expulsions forcées menées dans des conditions brutales. Coups, menaces, bousculades, absence d’assistance humanitaire : tout concourt, selon plusieurs témoignages, à contraindre les réfugiés à rentrer au Burundi, au mépris de leurs droits et dans un climat d’impunité qui alarme les défenseurs des droits humains.

Le camp de Nduta, qui abritait encore des dizaines de milliers de réfugiés il y a quelques semaines, est en passe d’être totalement vidé. Selon des informations recueillies sur place, sa fermeture interviendrait dans les prochains jours, conformément à une décision des autorités tanzaniennes.

Depuis vendredi dernier, plus de 5 000 réfugiés burundais auraient été rapatriés par la force. Plusieurs sources évoquent des convois de plus de 80 bus, transportant chacun une cinquantaine de personnes.

« Ils nous ont forcés à monter. Ceux qui résistaient étaient battus », affirme une source sur place.

Les personnes rapatriées ont été acheminées vers différentes localités du Burundi, notamment à Makamba, Mabanda, Nyanza-Lac (sud) ainsi qu’à Mishiha, dans l’est du pays.

Environ 15 000 réfugiés se trouveraient encore dans un centre de transit installé sur le site du camp, largement démantelé depuis janvier. Les conditions de vie y sont décrites comme extrêmement précaires.

« Nous n’avons plus de nourriture, plus de soins. Aucun humanitaire n’est visible. Nous sommes abandonnés », témoigne un réfugié contacté ces derniers jours, qui affirme avoir été contraint de rentrer dès le lendemain avec sa famille.

Un centre de transit au camp de Nduta, où vivent de nombreux réfugiés burundais dans des conditions précaires, au nord-ouest de la Tanzanie. © SOS Médias Burundi

Selon ce même témoignage, les opérations de rapatriement se déroulent dans un climat de violence : « La police et des gardiens civils nous poussaient de force dans les bus. Une femme enceinte a perdu son bébé dans la bousculade. Elle n’a même pas été conduite à l’hôpital et a été renvoyée au Burundi. »

Les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) indiquent qu’il resterait environ 14 450 réfugiés à Nduta, contre plus de 45 000 il y a deux semaines, signe d’une accélération brutale des départs.

Le camp de Nyarugusu, également situé dans la région de Kigoma, abriterait encore plus de 22 000 réfugiés burundais, un chiffre lui aussi en forte baisse.

Officiellement, les camps de Nduta et de Nyarugusu doivent fermer respectivement le 30 avril et le 31 juillet 2026.

Plusieurs dizaines de réfugiés burundais sans abris, dont certains dorment à même le sol, attendent d’être rapatriés après la destruction de leurs maisons au camp de Nyarugusu. Selon les autorités tanzaniennes, le camp sera fermé le 31 mars prochain. ©SOS Médias Burundi
Plusieurs dizaines de réfugiés burundais sans abris, dont certains dorment à même le sol, attendent d’être rapatriés après la destruction de leurs maisons au camp de Nyarugusu. Selon les autorités tanzaniennes, le camp sera fermé le 31 juillet prochain. (SOS Médias Burundi)

Alerte des organisations : “une violation grave du droit international”

Face à cette situation, près d’une trentaine d’organisations de la société civile burundaise, régionale et internationale tirent la sonnette d’alarme.

Dans un communiqué, elles dénoncent un « risque grave et immédiat » de rapatriements forcés, en violation du principe de non-refoulement consacré par la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.

« Ces retours s’inscrivent dans un ensemble de violations ciblées visant à contraindre les réfugiés burundais à quitter le territoire », écrivent-elles.

Des réfugiés contraints de dormir à même le sol dans un centre de transit du camp de Nduta, au nord-ouest de la Tanzanie, en attendant leur prise en charge dans un contexte de surpopulation et de conditions de vie difficiles. © SOS Médias Burundi

Les organisations évoquent également des pratiques coercitives : certains réfugiés seraient conduits par des Wanamugambo — présentés comme une milice de jeunesse affiliée au parti au pouvoir en Tanzanie — vers des centres de transit, où ils seraient contraints, sous pression, de fournir leurs empreintes digitales.

Face à la gravité des faits rapportés, elles appellent :

Les autorités tanzaniennes à mettre fin immédiatement aux rapatriements forcés et à respecter leurs obligations internationales ;

Le HCR à renforcer de toute urgence sa présence et ses mécanismes de protection ;

La communauté internationale à se mobiliser pour prévenir une aggravation des violations des droits humains et éviter une crise humanitaire majeure, notamment dans le contexte préélectoral au Burundi.

Selon les données les plus récentes du HCR, la Tanzanie accueille encore un peu plus de 36 600 réfugiés burundais.

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Photo : Des réfugiées burundaises en train de préparer leurs bagages en vue de leur retour au Burundi. © HCR-Tanzanie

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