Musasa : écoles à l’arrêt, des enseignants abandonnés, des élèves livrés à eux-mêmes

Musasa : écoles à l’arrêt, des enseignants abandonnés, des élèves livrés à eux-mêmes

SOS Médias Burundi

Kiremba, 27 avril 2026 — Au camp de réfugiés de Musasa, dans la province de Butanyerera au nord du Burundi, les activités scolaires sont fortement perturbées après la décision des enseignants de suspendre les cours. En cause : plusieurs mois de salaires impayés, dans un contexte de réduction des financements humanitaires.

Les cours sont à l’arrêt à l’école secondaire du camp, où les enseignants ont cessé leurs activités pour protester contre des retards répétés de paiement. Cette situation plonge des centaines d’élèves dans l’incertitude et met en lumière les difficultés croissantes du secteur éducatif en milieu humanitaire.

À l’origine du mouvement, le non-paiement régulier des enseignants, qui perçoivent un salaire mensuel de 115 000 francs burundais, jugé insuffisant au regard de leur charge de travail. Selon plusieurs sources concordantes, les arriérés remontent à décembre dernier. Après des pressions exercées sur le Service jésuite des réfugiés (JRS), l’organisation en charge de l’éducation dans le camp, un paiement partiel est intervenu au début du mois de mars. Depuis, la situation reste bloquée.

Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de réduction des financements humanitaires. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), comme d’autres agences, fait face à une baisse significative de ses ressources, liée notamment à la diminution des contributions de certains pays donateurs, dont les États-Unis.

Conséquence directe : seuls les élèves finalistes continuent de fréquenter les salles de classe. Il s’agit des élèves de 8e année du cycle d’orientation et de 4e année des humanités, qui se préparent aux examens nationaux. Les autres ont été renvoyés chez eux jusqu’à nouvel ordre.

Du côté des parents, l’inquiétude grandit.
« Nos enfants passent désormais leurs journées à la maison sans rien faire. Nous craignons qu’ils ne perdent le rythme scolaire ou qu’ils soient exposés à de mauvaises influences », témoigne Joseph, réfugié du camp. « Nous demandons au JRS et au HCR de trouver rapidement une solution. »

Chez les enseignants, le malaise est profond. Un enseignant burundais, s’exprimant sous couvert d’anonymat, décrit une situation difficile :
« Contrairement à mes collègues réfugiés, je ne bénéficie pas de l’assistance alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM). Je dépends uniquement de ce salaire, qui arrive en retard et reste insuffisant. J’ai une famille à nourrir. Dans ces conditions, il devient presque impossible de continuer à enseigner. »

La crise touche également l’enseignement primaire dans le camp. Si les cours ne sont pas totalement suspendus, ils sont fortement réduits, les élèves ne suivant que quelques heures par jour, en raison de la démotivation des enseignants confrontés aux mêmes difficultés.

L’école secondaire de Musasa, qui compte plus de 500 élèves, se retrouve ainsi au cœur d’une crise éducative majeure. Jusqu’à présent, le JRS n’a pas encore réagi officiellement à la décision des enseignants, laissant planer l’incertitude quant à une éventuelle reprise normale des cours.

En attendant, élèves, parents et enseignants restent dans l’expectative, espérant une solution rapide pour éviter une année scolaire compromise.

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Photo : Des enfants dans une école maternelle au camp de réfugiés de Kavumu, dans l’est du Burundi. Au camp de Musasa, dans la province de Butanyerera, les cours sont perturbés en raison d’une grève des enseignants liée à des salaires impayés. © SOS Médias Burundi

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