Burunga : un jeune homme soupçonné d’avoir été exécuté par la police après une fusillade à Rukoma

Burunga : un jeune homme soupçonné d’avoir été exécuté par la police après une fusillade à Rukoma

SOS Médias Burundi

Burunga, 24 mai 2026 — Un mois après une violente fusillade survenue sur la sous-colline de Rukoma, en commune Matana, dans la province de Burunga, au sud du Burundi, de nombreuses zones d’ombre persistent autour des circonstances de la mort d’un policier et de la disparition d’un jeune homme blessé puis arrêté par les forces de l’ordre. L’affaire, liée à une opération contre un trafic présumé de mazout provenant du chantier du barrage hydroélectrique de Jiji-Murembwe, a été suivie d’arrestations massives et d’accusations d’exécution extrajudiciaire visant des éléments des forces de sécurité. Des défenseurs des droits humains réclament des éclaircissements sur le sort du jeune homme ainsi qu’une enquête indépendante.

Selon plusieurs sources locales, les faits se seraient produits dans la nuit du 25 avril 2026 vers 23 heures. Quatre policiers venus du poste de l’ancien chef-lieu de la commune Songa seraient arrivés discrètement à Rukoma afin d’interpeller des habitants soupçonnés d’être impliqués dans un trafic de mazout volé sur le chantier du barrage de Jiji-Murembwe.

Toujours selon ces témoignages, l’opération aurait été menée sans coordination apparente avec la position policière habituellement chargée de cette zone, ce qui aurait suscité des interrogations parmi les habitants. Les policiers auraient intercepté plusieurs motos transportant du carburant de contrebande.

D’après les informations recueillies, la situation aurait dégénéré après un différend entre les policiers et les trafiquants autour d’une somme d’argent que les agents auraient exigée pour laisser passer la cargaison.

Face au refus des contrebandiers, les policiers auraient tenté de saisir le carburant par la force, déclenchant une violente altercation à laquelle des habitants venus soutenir les trafiquants se seraient mêlés, certains armés de machettes.

Dans la confusion, un policier identifié sous le prénom de Jean-Marie aurait été désarmé, avant d’être tué sur place après que son arme lui aurait été arrachée.

Au cours des violences, un habitant connu sous le nom de Clovis, présenté par plusieurs témoins comme celui qui aurait arraché l’arme du policier, a été grièvement blessé au bras.

Selon des sources locales, il se serait rendu lui-même à moto au centre de santé de Rumeza pour recevoir des soins. Face à la gravité de ses blessures, les soignants auraient toutefois décidé de le transférer vers l’hôpital de Matana. Craignant d’y être arrêté, Clovis aurait poursuivi sa route jusqu’à l’hôpital de Kibuye, dans la province de Gitega (centre), dans l’espoir d’y être soigné plus discrètement.

Pendant ce temps, la police du commissariat provincial de Burunga aurait lancé une importante opération de recherche visant Clovis ainsi que plusieurs autres personnes soupçonnées d’avoir participé aux affrontements.

Selon certaines sources policières et des proches de la famille, Clovis aurait été arrêté le lendemain à l’hôpital de Kibuye avant d’être ramené à l’hôpital de Matana. Il n’y serait toutefois resté que peu de temps. Les policiers auraient ensuite affirmé l’avoir transféré vers un hôpital de la police à Bujumbura, la capitale économique du Burundi.

Mais plusieurs témoignages provenant de sources policières affirment que Clovis n’aurait jamais atteint cet hôpital. Il aurait plutôt été exécuté peu après son arrestation.

Le plus troublant, selon sa famille, est que les autorités leur auraient ensuite annoncé que Clovis « s’était évadé », une version jugée difficile à croire au regard de la gravité de ses blessures et du dispositif sécuritaire déployé.

Après ces événements, une vaste opération policière aurait été menée sur la colline Taba, particulièrement sur la sous-colline de Rukoma. Les habitants n’ayant pas réussi à fuir auraient été arrêtés en grand nombre.

Des témoins affirment que parmi les personnes interpellées figuraient des femmes enceintes, des personnes âgées ainsi que plusieurs jeunes. Certains auraient été transportés dans des véhicules de police, assis à même le sol sous les pieds des policiers, avant d’être conduits au cachot du parquet de Burunga.

D’autres habitants auraient préféré prendre la fuite par crainte d’être arrêtés. À ce jour, le nombre exact de personnes interpellées reste inconnu.

À cela s’ajoutent des déclarations attribuées au commissaire provincial de Burunga lors d’une réunion de sécurité organisée le lendemain de l’incident.

Selon plusieurs témoignages concordants, il aurait déclaré ne pas comprendre pourquoi les policiers n’avaient pas « au moins tué quatre civils » pour venger leur collègue.

Cette réunion, organisée le lendemain de l’incident, a depuis alimenté de vives réactions locales.

Plusieurs défenseurs des droits humains demandent désormais aux autorités policières de révéler où se trouve Clovis ou, s’il est décédé, d’indiquer publiquement ce qui lui est arrivé.

Ils rappellent que la peine de mort a été abolie au Burundi et que toute personne soupçonnée d’un crime doit être traduite devant la justice plutôt qu’exécutée sans procès.

Dans la région de Burunga, des habitants estiment que si la mort de Clovis venait à être confirmée, cette affaire viendrait s’ajouter à une longue série d’accusations d’exécutions extrajudiciaires impliquant des membres des forces de sécurité dans la région du sud du Burundi.

____________________________________________

Photo : Des personnes arrêtées et conduites à bord d’un camion de la police burundaise. À Matana, plusieurs habitants, dont des jeunes hommes, ont été interpellés dans des circonstances qui n’ont pas été immédiatement précisées. Un jeune homme serait porté disparu depuis ces interpellations. © SOS Médias Burundi

Previous Burundi : renvois forcés depuis la Suisse, retours sous tension et accusations de persécution dénoncées par des experts
Next RDC : l’épidémie d’Ebola gagne le Sud-Kivu, l’Africa CDC alerte sur un risque régional dans dix pays d’Afrique

You might also like

Criminalité

Cibitoke : 3 morts et 6 blessés à l’issue d’altercations entre Imbonerakure

Trois corps d’Imbonerakure (membres de la ligue des jeunes du parti CNDD-FDD) en décomposition ont été découverts ce dimanche après-midi par des pêcheurs. Ils étaient au bord de la rivière

Criminalité

Ruyigi et Butaganzwa : vague de meurtres sanglants sur fond d’accusations de sorcellerie, cinq morts en quelques jours

SOS Médias Burundi Ruyigi, 14 avril 2026 — Les communes de Ruyigi et Butaganzwa, en province de Buhumuza à l’est du Burundi, sont secouées par une série de violences meurtrières

Criminalité

Muyinga : une femme tuée par son époux

Un homme s’en est pris à sa femme et l’a tuéesur la colline de Matyazo, en commune de Gasorwe, province de Muyinga (nord-est du Burundi). Des conflits familiaux sont à