Alcools locaux : une bombe silencieuse qui fragilise la jeunesse burundaise
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 28 mai 2026 – La prolifération des boissons fortement alcoolisées à bas prix s’impose de plus en plus comme une préoccupation majeure de santé publique au Burundi, en particulier chez les jeunes. Dans plusieurs quartiers de Bujumbura ainsi que dans diverses provinces du pays, ces boissons artisanales ou semi-industrielles gagnent du terrain, portées par leur faible coût et leur forte teneur en alcool.
Selon des vendeurs rencontrés dans les marchés de Kamenge et Kinama, dans le nord de la capitale économique Bujumbura, différents types de liqueurs fortement alcoolisées et de vins liquoreux produits localement connaissent une forte consommation, surtout parmi les jeunes. Leur principal atout reste leur accessibilité financière, bien en dessous du prix des boissons industrielles produites par la Brarudi, unique brasserie du pays.
Du matin jusqu’au soir, les scènes se répètent dans plusieurs débits de boissons : des consommateurs passent de longues heures à consommer ces alcools vendus dans de petites bouteilles. Dans certains quartiers populaires de la capitale économique, des personnes en état d’ébriété avancée sont visibles dès les premières heures de la journée. D’autres, incapables de se tenir debout, s’effondrent après avoir consommé leur « dose ».
La forte concentration d’alcool dans certains de ces produits inquiète particulièrement les spécialistes. Certaines bouteilles de moins de 30 centilitres contiendraient des taux pouvant atteindre jusqu’à 40 degrés d’alcool, provoquant des effets rapides, intenses et parfois dangereux chez les consommateurs.
Une consommation en expansion et des dérives sociales inquiétantes
Dans les marchés et quartiers populaires, ces boissons sont devenues omniprésentes, circulant largement dans des circuits informels. Leur consommation touche aujourd’hui différentes couches sociales, avec une forte présence chez les jeunes, mais également chez certains adultes sans emploi stable.
Le phénomène dépasse le simple cadre sanitaire et s’étend progressivement aux réalités sociales. Les conséquences observées ou rapportées sont multiples : baisse de la productivité, déscolarisation, désintégration familiale, violences domestiques et multiplication de comportements à risque. Dans certains cas, les autorités locales évoquent des situations extrêmes allant jusqu’à la rupture totale des liens familiaux.
Le cas de Bujumbura n’est pas isolé. Dans plusieurs régions de la petite nation d’Afrique de l’Est, la prolifération des boissons fortement alcoolisées locales continue de susciter de vives inquiétudes. Des situations dramatiques sont régulièrement signalées, allant de mères qui abandonnent l’allaitement en raison de l’alcoolisme, à des jeunes et des hommes qui basculent dans le banditisme, jusqu’à des violences conjugales parfois fatales, entraînant des assassinats ou la dislocation de familles.

Un bistrot très fréquenté dans la capitale politique Gitega, où des boissons fortement alcoolisées sont vendues. © SOS Médias Burundi
Des conséquences sanitaires lourdes et durables
Selon plusieurs observateurs du secteur de la santé, la consommation excessive de ces boissons peut entraîner de graves conséquences : dépendance à l’alcool, maladies hépatiques, troubles mentaux, comportements violents, accidents, baisse des performances scolaires et professionnelles, ainsi qu’une aggravation de la pauvreté au sein des ménages.
Le danger est accentué par les conditions de production de certaines de ces boissons, souvent fabriquées en dehors de tout contrôle strict d’hygiène et de conformité aux normes sanitaires. Cette absence de régulation suffisante augmente les risques pour les consommateurs.
Les effets visibles chez certains consommateurs réguliers sont préoccupants : dégradation de l’état physique, visages gonflés, troubles cutanés, jambes enflées ou encore altérations physiques marquées. Ce phénomène, autrefois majoritairement masculin, touche désormais également les femmes et les jeunes.

Un homme se dirige vers un bar vendant des boissons fortement alcoolisées et non contrôlées dans une localité de la province de Butanyerera, au nord du Burundi. La consommation de ces boissons inquiète les observateurs en raison de ses conséquences sanitaires et sociales. © SOS Médias Burundi
Des réponses encore limitées face à un phénomène grandissant
Face à cette situation, plusieurs administrations locales ont déjà procédé à des saisies et à des interdictions ciblées de certaines boissons jugées dangereuses pour la santé publique.
Les autorités nationales multiplient également les mises en garde et appellent les responsables administratifs à renforcer la vigilance, considérant la prolifération de ces produits comme une menace sérieuse pour la santé publique et la stabilité sociale.
Le Bureau Burundais de Normalisation et de Contrôle de la Qualité (BBN) a été saisi afin de renforcer les contrôles auprès des fabricants et distributeurs. Toutefois, son directeur général reconnaît les difficultés rencontrées dans cette mission, évoquant notamment des cas de non-respect des normes et l’existence de pressions exercées sur certains acteurs du secteur.
Dans certaines localités, des descentes ont été menées dans des boutiques afin de retirer ces produits du marché, accompagnées d’ultimatums adressés aux commerçants. Ces derniers, de leur côté, contestent parfois ces mesures, affirmant s’être approvisionnés via des circuits qu’ils estiment légaux.
Un défi national aux implications multiples
Le phénomène ne se limite pas à la capitale économique. Il s’étend progressivement à plusieurs provinces du pays, où la consommation de ces alcools locaux continue de progresser, alimentant une inquiétude croissante parmi les autorités sanitaires et administratives.
Alors que la consommation de ces boissons continue de gagner du terrain, de nombreuses voix appellent à des mesures plus fermes et coordonnées afin d’encadrer strictement la production, la distribution et la commercialisation des boissons alcoolisées locales, dans le but de protéger la santé publique et de préserver la cohésion sociale.
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Photo : Kabasazi, au quartier Birimba, en commune de Rumonge, dans le sud-ouest du Burundi. L’endroit est réputé pour la vente de boissons fortement alcoolisées. © SOS Médias Burundi
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