Burundi : le trafic d’armes, nouveau prétexte pour traquer les opposants ?
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 18 août 2026—Le Parquet général de la République annonce l’ouverture d’une procédure judiciaire contre un groupe de personnes accusées d’être impliquées dans un trafic illicite d’armes à l’aide de faux documents. Deux personnes, un ressortissant sud-africain et un Burundais, ont déjà été arrêtées et une « quantité importante » d’armes saisie. Mais le nombre de suspects, leurs identités et la nature des armes saisies ne sont pas précisés, alimentant les interrogations sur les suites de cette affaire.
Dans un communiqué publié mardi, le Parquet général affirme qu’un groupe composé de ressortissants étrangers et de citoyens burundais aurait utilisé de faux documents pour faire transiter une cargaison d’armes sur le territoire burundais.
Deux personnes ont déjà été arrêtées, selon le ministère public. Il s’agit du Sud-Africain Du Toit Wayne Patrick et du Burundais Muco Eddie. Le Parquet affirme également qu’une quantité importante d’armes a été saisie, sans fournir davantage de détails sur leur type, leur provenance ou leur destination.
Le ministère public indique poursuivre les investigations afin d’établir les circonstances exactes des faits et de déterminer les responsabilités de toute personne ou organisation ayant participé à l’organisation ou à l’exécution de ces infractions.
Combien de suspects ?
Le communiqué laisse toutefois plusieurs zones d’ombre. Le Parquet ne précise pas combien de personnes composent le groupe présenté comme impliqué dans le trafic présumé. Il ne précise pas non plus combien sont des Burundais et combien sont des ressortissants étrangers.
Aucune information n’est encore communiquée sur d’éventuelles autres arrestations, alors que le communiqué évoque un groupe et non les seuls deux hommes déjà arrêtés.
Cette absence de précisions nourrit également les interrogations d’observateurs locaux et étrangers, qui redoutent que l’affaire puisse éventuellement servir de cadre à l’arrestation de personnes sans lien établi avec le trafic présumé.
Certains craignent notamment que les accusations liées à la détention ou au trafic d’armes puissent être utilisées contre des opposants réels ou supposés, dans un pays où de telles accusations ont déjà été formulées dans des affaires politiques et sécuritaires.
Le spectre de la crise de 2015
Ces inquiétudes renvoient au contexte politique et sécuritaire né de la crise de 2015, déclenchée par la décision de feu le président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat controversé.
Depuis cette période, plusieurs opposants, anciens militaires et policiers ont été arrêtés ou emprisonnés par les autorités, certains étant accusés notamment de détenir illégalement des armes, d’entretenir des liens avec des groupes armés opérant dans l’est de la République démocratique du Congo ou encore d’espionner pour le compte du Rwanda voisin.
Des organisations de défense des droits humains ont à plusieurs reprises dénoncé des arrestations et détentions qu’elles considéraient comme arbitraires ou politiquement motivées.
Cette période a également été marquée par l’exil de plusieurs médias indépendants, d’organisations de défense des droits humains et d’activistes. La réduction de l’espace civique et médiatique a compliqué, selon des observateurs, la vérification indépendante de plusieurs accusations formulées par les autorités contre des personnes présentées comme des suspects ou des ennemis de l’État.
Des réseaux de trafic impliquant des responsables ?
Parallèlement aux affaires à caractère politique, plusieurs circuits présumés de trafic ont été dénoncés ces dernières années au Burundi et dans la région des Grands Lacs.
Il s’agit notamment de trafics d’armes, de minerais, d’êtres humains et d’opérations présumées de blanchiment d’argent impliquant, dans certains cas, des ressortissants étrangers.
Des accusations ont également visé des responsables burundais ainsi que des responsables ou membres du CNDD-FDD, le parti au pouvoir. Ces allégations doivent toutefois être distinguées des faits établis par la justice et restent, dans plusieurs cas, contestées ou insuffisamment documentées publiquement.
Dans la nouvelle affaire annoncée par le Parquet, la question sera donc de savoir si l’enquête permettra d’établir l’existence d’un véritable réseau organisé et d’en identifier tous les acteurs, ou si les poursuites resteront limitées aux deux personnes déjà arrêtées.
Pour l’heure, le Parquet général affirme poursuivre ses investigations. Il ne précise ni l’ampleur exacte du réseau présumé, ni la quantité et la nature des armes saisies, ni l’identité des autres personnes éventuellement recherchées.
La transparence de la procédure et la publication d’éléments permettant d’établir les responsabilités seront particulièrement scrutées, alors que cette affaire intervient dans un contexte où les accusations de trafic d’armes ont déjà été utilisées dans des dossiers impliquant des personnes considérées comme proches de l’opposition ou hostiles au pouvoir.
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Photo d’archives : la police présente des individus, dont un sexagénaire, accusés de faits criminels et de détention d’armes dans l’ancienne commune de Burambi, dans le sud-ouest du Burundi, en janvier 2021. La scène fait écho aux précédentes affaires de détention présumée d’armes dans le pays, alors que le Parquet général vient d’annoncer l’arrestation de deux personnes dans une nouvelle affaire de trafic illicite d’armes. ©SOS Médias Burundi
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