Pénurie d’eau potable à Bujumbura : les habitants à bout de souffle
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 18 août 2026—Le manque d’eau potable continue de peser lourdement sur le quotidien des habitants de plusieurs quartiers de Bujumbura, la capitale économique du Burundi. Du nord au sud de la ville, les mêmes plaintes reviennent : certains ménages passent plusieurs semaines sans être régulièrement approvisionnés, tandis que d’autres quartiers semblent moins touchés par les perturbations.
Dans les quartiers du sud de la ville, notamment à Musaga, Kanyosha et Gasekebuye, la recherche de l’eau est devenue une véritable épreuve quotidienne. Femmes et enfants sont particulièrement nombreux à parcourir de longues distances à la recherche de quelques litres d’eau. Aux points d’approvisionnement de la Regideso ou dans les ménages qui disposent encore d’une réserve, de longues files d’attente se forment.
Bidons et seaux sur la tête, les habitants patientent parfois pendant plusieurs heures avant de pouvoir rentrer chez eux. Pour ceux qui ne sont pas en mesure de se déplacer jusqu’aux points d’eau, la situation a également favorisé une activité de transport et de vente d’eau.
Dans certains cas, un bidon de 20 litres peut coûter 1 000 francs burundais, voire davantage.
« Nous avons besoin d’eau pour la cuisson, la propreté et d’autres usages quotidiens. Nous dépensons au moins 10 000 francs par jour », témoigne un habitant de Gasekebuye, confronté comme beaucoup d’autres aux difficultés d’approvisionnement.
Des habitants réclament un rationnement équitable
Face à cette situation, les habitants de plusieurs quartiers disent avoir multiplié les appels auprès des autorités et de la Regideso. Ils demandent notamment une meilleure organisation de la distribution et, lorsque cela est nécessaire, un rationnement clairement établi afin que les différents quartiers puissent bénéficier équitablement de la ressource.
La Regideso, seule entreprise étatique chargée de la distribution de l’eau potable et de l’électricité au Burundi, est particulièrement mise en cause par les habitants confrontés aux perturbations de l’approvisionnement.
Pour les habitants, le problème ne réside pas uniquement dans le manque d’eau, mais aussi dans la manière dont la ressource disponible est distribuée.
Dans certains quartiers, les habitants affirment rester plusieurs jours, voire plusieurs semaines, sans approvisionnement régulier, alors que d’autres zones semblent moins touchées par les perturbations.
Ils réclament davantage de transparence sur les horaires et les zones de distribution. En période de pénurie, estiment-ils, aucun quartier ne devrait être durablement privé d’eau au profit d’autres zones mieux desservies.
La saison sèche et la croissance urbaine mises en cause
Du côté de la Regideso, les perturbations de l’approvisionnement sont parfois attribuées à plusieurs facteurs, notamment à la diminution des ressources en eau pendant la saison sèche.
L’accroissement rapide de la population urbaine est également évoqué, avec une demande en eau qui augmente au fur et à mesure de l’expansion de Bujumbura.
Mais ces explications ne suffisent pas à calmer la frustration des habitants. Pour eux, les difficultés actuelles révèlent surtout les limites des infrastructures de captage, de traitement, de stockage et de distribution.
Ils demandent ainsi des investissements permettant d’augmenter durablement les capacités d’approvisionnement et d’améliorer la distribution dans les quartiers les plus touchés.
Un paradoxe dans un pays riche en ressources hydriques
La situation de Bujumbura n’est pas un cas isolé. Mais les habitants de la capitale économique restent particulièrement affectés. Les déplacements à la recherche d’eau viennent compliquer davantage la vie quotidienne dans un contexte de pénurie de carburant qui dure depuis près de six ans.
Pour plusieurs observateurs, la situation est difficile à comprendre dans un pays qui dispose de nombreuses ressources hydriques. Le Burundi est traversé par de nombreux cours d’eau et compte de nombreuses sources, tandis que plusieurs zones de captage peuvent être relativement facilement accessibles.

Certains parlent d’une situation « insensée » : la petite nation de l’Afrique de l’Est dispose de ressources en eau importantes, mais une partie de sa population peine à accéder régulièrement à l’eau potable.
Pour ces observateurs, le problème ne serait donc pas uniquement celui de la disponibilité de l’eau. Il concerne également les capacités de captage, de traitement, de stockage et de distribution ainsi que la manière dont les infrastructures existantes sont exploitées.
L’existence de nombreuses ressources naturelles ne garantit en effet pas, à elle seule, l’accès à l’eau potable si les infrastructures nécessaires pour les exploiter et les acheminer vers les ménages restent insuffisantes.
Une charge supplémentaire pour les ménages
Dans les quartiers touchés, l’attente est longue et les dépenses s’accumulent. Pour les ménages les plus modestes, acheter quotidiennement plusieurs bidons d’eau représente une charge supplémentaire dans un contexte économique déjà difficile.
La pénurie bouleverse également l’organisation quotidienne des familles. Certains habitants doivent modifier leurs horaires, interrompre leurs activités ou parcourir plusieurs kilomètres pour remplir leurs récipients.
À Bujumbura, l’eau potable, ressource pourtant essentielle, est ainsi devenue pour de nombreuses familles une denrée qu’il faut chercher, attendre et parfois payer à un prix élevé.
Alors que les perturbations se prolongent dans plusieurs quartiers, les habitants réclament des solutions durables : renforcer les capacités de production et de stockage, améliorer les réseaux de distribution et garantir une répartition plus équitable de l’eau disponible.
Pour eux, dans une ville où l’accès à l’eau conditionne directement l’hygiène, la santé et les activités quotidiennes, la pénurie ne peut plus être considérée comme une simple perturbation passagère.
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Photo : un point d’eau disposant de quelques gouttes, pris d’assaut par des habitants de Bujumbura confrontés au manque d’eau potable.©DR/SOS Médias Burundi
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