Burundi : à Bujumbura, la crise des transports publics accentue le calvaire des habitants
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 24 juin 2026 – Le manque chronique de bus de transport en commun continue de plonger les habitants de Bujumbura dans une situation de plus en plus préoccupante. Entre longues heures d’attente, retards au travail, marches forcées et épuisement physique, les citadins dénoncent un calvaire quotidien qui semble ne trouver aucune solution durable. Cette crise est étroitement liée à la pénurie de carburant qui frappe le Burundi depuis plus de cinq ans.
Bujumbura, capitale économique du Burundi, vit au rythme d’une crise persistante des transports publics. Chaque jour, des milliers d’habitants affrontent d’importantes difficultés pour se déplacer faute de moyens de transport suffisants. Une situation qui alimente le mécontentement et le sentiment d’abandon au sein de la population.
Au parking du centre-ville, les scènes de désolation se répètent. Il n’est pas rare que les usagers attendent pendant plusieurs heures avant l’arrivée d’un bus. Lorsqu’un véhicule apparaît enfin, il est rapidement pris d’assaut par une foule de passagers épuisés par l’attente.
Selon plusieurs acteurs du secteur, cette pénurie est principalement liée aux difficultés d’approvisionnement en carburant qui affectent régulièrement les transporteurs. Faute de carburant, de nombreux véhicules restent immobilisés, réduisant considérablement l’offre de transport dans la ville.
Les conséquences se font ressentir dans tous les secteurs de la vie quotidienne. Les élèves appelés à se présenter à temps aux examens, les fonctionnaires, les commerçants ainsi que de nombreux travailleurs peinent à respecter leurs horaires. Les retards deviennent la norme, perturbant aussi bien les activités économiques que le fonctionnement de certains services publics.
Dans les parkings, l’attente se déroule souvent dans des conditions éprouvantes. Dépourvus d’abris adaptés, les usagers sont exposés pendant des heures au soleil accablant qui caractérise la ville de Bujumbura. Les personnes âgées, les malades et les femmes accompagnées de jeunes enfants figurent parmi les plus affectées.
« Je suis arrivée ici à 11 heures et à 15 heures je suis toujours en attente », témoigne avec indignation une sexagénaire rencontrée au parking du centre-ville.
À quelques mètres de là, une jeune mère portant son bébé sur le dos exprime son désarroi : « Je ne peux pas rentrer à pied avec cet enfant parce que mon quartier est très éloigné du centre-ville. Je n’ai malheureusement pas d’autre choix que d’attendre. »

Une femme tenant un enfant dans ses bras sur le parking sans bus desservant le nord de la capitale économique Bujumbura avec des centaines d’autres passagers, le 9 juillet 2024 © SOS Médias Burundi
Une autre mère allaitante a confié à SOS Médias Burundi qu’elle met quotidiennement plus d’une heure pour regagner son domicile situé à Mutanga Nord, au nord de la capitale économique. Employée dans le sud de la ville, elle explique avoir dû adapter son mode de vie à cette réalité.
« Quand je quitte le travail, je suis obligée de me changer et d’enfiler des vêtements de sport pour pouvoir marcher pendant de longues distances », raconte-t-elle. Elle décrit une situation éprouvante qui l’épuise physiquement au quotidien.
Dans plusieurs quartiers périphériques, les rues sont chaque matin et chaque soir envahies par des piétons contraints de parcourir de longues distances. Élèves en uniforme, travailleurs et parents accompagnés de leurs enfants tentent de rejoindre leur destination malgré les difficultés. Pour de nombreuses familles déjà fragilisées par la précarité économique, l’usure prématurée des chaussures, les dépenses supplémentaires et la fatigue physique constituent des charges de plus en plus lourdes.
La crise des transports ne touche toutefois pas uniquement Bujumbura. Elle affecte l’ensemble du pays, même si la capitale économique demeure la ville la plus durement frappée. Principal centre administratif, économique et diplomatique du Burundi, elle abrite les principales institutions de l’administration centrale, plusieurs agences des Nations unies ainsi que l’unique aéroport international du pays. Cette concentration des activités accentue considérablement les besoins en mobilité et rend les conséquences de la pénurie particulièrement visibles.
Face à cette situation, beaucoup déplorent l’absence de communication et de mesures concrètes de la part des autorités compétentes. Aucun calendrier précis ni solution durable ne semble avoir été présenté à une population qui oscille désormais entre résignation et résilience.
La pénurie de carburant au cœur du problème
La crise actuelle s’inscrit dans un contexte plus large marqué par la pénurie chronique de carburant que connaît le Burundi depuis plus de cinq ans. Cette situation est notamment attribuée au manque de devises nécessaires pour financer les importations de produits pétroliers, à la faiblesse des réserves de change et aux difficultés économiques auxquelles fait face le pays.
L’ONG Parole et Action pour le Réveil des Consciences et l’Évolution des Mentalités (Parcem), qui œuvre notamment pour la promotion de la bonne gouvernance, plaide pour des mesures urgentes afin de remédier à cette crise.
Son président, Faustin Ndikumana, estime que la pénurie de carburant continue de ralentir l’économie nationale tout en favorisant des pratiques inéquitables dans l’accès à ce produit stratégique.
Le responsable de la Parcem dénonce notamment une situation où certaines catégories de citoyens bénéficieraient d’un accès privilégié au carburant, tandis que d’autres sont contraintes de passer plusieurs jours et plusieurs nuits dans les files d’attente, sans aucune garantie d’être servies.

Des véhicules sur une station-service sans carburant dans la ville commerciale Bujumbura. © SOS Médias Burundi
Selon lui, le gouvernement devrait envisager une révision à la hausse du prix du carburant si cette mesure peut contribuer à améliorer sa disponibilité sur le marché.
« Le Burundi est un pays enclavé. Rien ne justifie que le prix du carburant y soit inférieur à celui pratiqué en Tanzanie », soutient Faustin Ndikumana.
La Parcem recommande également au gouvernement de contracter des crédits d’urgence auprès de partenaires extérieurs afin de financer l’importation de quantités suffisantes de carburant. L’organisation plaide aussi pour l’encouragement des investisseurs capables d’approvisionner le pays en produits pétroliers.
Ces déclarations interviennent alors que le Premier ministre, Nestor Ntahontuye, a récemment annoncé, au cours d’une émission publique avec des journalistes, que le gouvernement préparait de nouvelles mesures destinées à améliorer la disponibilité du carburant dans les différentes stations-service du pays.
En attendant la mise en œuvre de ces mesures, les habitants de Bujumbura continuent de subir les conséquences d’une crise qui affecte leur mobilité, leur productivité et leurs conditions de vie. De nombreuses voix s’élèvent désormais pour réclamer des réponses rapides et efficaces afin de mettre fin à une situation qui, année après année, semble s’enraciner davantage.
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Photo : Des résidents de Bujumbura, dont des fonctionnaires, attendent en vain un bus dans un parking de la capitale économique, espérant rejoindre le nord de la ville. © SOS Médias Burundi
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