Bubanza : la chasse aux sorciers gagne les rangs du CNDD-FDD

Bubanza : la chasse aux sorciers gagne les rangs du CNDD-FDD

SOS Médias Burundi

Bubanza, 23 juin 2026 –Cinq militants du CNDD-FDD de la colline Mitakataka, en zone Mitakataka de la commune Bubanza, dans la province de Bujumbura à l’ouest du Burundi, dénoncent des accusations de sorcellerie qu’ils qualifient d’infondées et dangereuses. Craignant pour leur sécurité, ils demandent l’intervention urgente des autorités administratives et judiciaires afin d’éviter toute forme de représailles.

Selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi, les personnes visées sont Ngendahayo, connu sous le sobriquet de « Mandela » et l’un des représentants collinaires du CNDD-FDD, Adam surnommé « Commissaire », Fabien Ntakarutimana, Jean Manirakiza et Ruhenga. Les accusations auraient été évoquées lors d’une réunion tenue le 23 mai dernier par le chef de zone Mitakataka.

D’après plusieurs sources locales, ces cinq militants sont accusés d’être à l’origine de plusieurs décès enregistrés dans cette localité depuis septembre 2025. Selon les personnes mises en cause, ces accusations seraient entretenues par certains responsables locaux du CNDD-FDD ainsi que par d’autres membres influents de la colline Mitakataka.

Selon des habitants, six personnes sont décédées dans cette localité depuis septembre 2025. Parmi elles figurent trois femmes mortes lors de l’accouchement et trois enfants. Dans cette région où les croyances liées à la sorcellerie demeurent profondément enracinées, certains habitants attribuent ces décès à des pratiques occultes.

Les personnes mises en cause rejettent catégoriquement ces allégations. Elles affirment qu’aucune preuve ne permet de les relier aux décès évoqués et dénoncent une campagne de diffamation susceptible de mettre leur vie en danger.

« Nous avons déjà saisi les autorités administratives et porté plainte auprès des instances compétentes. Nous craignons que ces accusations ne servent à inciter la population à s’en prendre à nous », a confié l’un des accusés à SOS Médias Burundi.

Selon ce dernier, l’affaire pourrait être liée à des rivalités internes au sein du parti présidentiel. Il estime que des divergences opposant certains responsables locaux du CNDD-FDD auraient contribué à créer un climat favorable à la propagation de ces accusations.

Les cinq militants affirment également avoir perdu confiance envers le chef de zone Mitakataka. Ils lui reprochent de n’avoir pris aucune mesure pour mettre fin aux accusations malgré les tensions qu’elles suscitent au sein de la population. Certains accusés soupçonnent même les autorités locales de faire preuve de complaisance face à cette situation.

Ils demandent à l’administration communale, au gouvernorat de Bujumbura ainsi qu’aux autorités judiciaires d’ouvrir une enquête afin d’établir les responsabilités et de garantir leur sécurité.

Contacté par SOS Médias Burundi, le chef de zone Mitakataka a confirmé être informé de cette affaire, mais a refusé de faire tout commentaire.

Ces dernières années, plusieurs cas d’assassinats ciblés visant des opposants réels ou supposés, sur fond d’accusations de sorcellerie, ont été rapportés dans différentes régions du Burundi. Dans plusieurs cas, les victimes avaient été publiquement désignées comme responsables de malheurs ou de décès avant d’être attaquées ou tuées. Le cas de Mitakataka figure parmi les très rares situations où des militants du parti présidentiel affirment à leur tour être visés par de telles accusations et disent craindre pour leur sécurité. Cette affaire illustre la persistance des croyances liées à la sorcellerie et les risques qu’elles peuvent engendrer lorsqu’elles se mêlent aux tensions sociales, communautaires ou politiques.


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Photo : une rue de la colline Mitakataka, en commune de Bubanza, dans l’ouest du Burundi, où cinq militants du CNDD-FDD dénoncent des accusations de sorcellerie qu’ils jugent infondées et dangereuses, dans un climat de tensions locales marqué par des soupçons liés à plusieurs décès enregistrés dans la localité. ©SOS Médias Burundi

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