Kirundo : l’administration veut sanctionner les femmes seules dans les cabarets
SOS Médias Burundi
Kirundo, 9 février 2026 – Une décision annoncée mardi dernier provoque une vive controverse en zone Kirundo, dans la commune du même nom en province de Butanyerera, dans le nord du Burundi. Lors d’une réunion tenue au centre urbain, le chef de zone, Jean Marie Karambizi, a déclaré que toute femme surprise dans un cabaret après 20 heures sans être accompagnée de son conjoint sera passible de sanctions.
Selon l’autorité administrative, cette mesure vise à lutter contre le « vagabondage sexuel hors ménage », présenté comme l’une des causes majeures de la désintégration des familles dans la commune.
« Nous avons constaté que certaines femmes sortent tard le soir avec des hommes qui ne sont pas leurs maris, ce qui détruit les foyers et perturbe l’harmonie familiale », a expliqué le chef de zone.
Renforcer les liens familiaux, selon l’administration
Jean Marie Karambizi affirme que cette initiative s’inscrit dans une volonté de consolider les relations conjugales et de limiter les comportements jugés immoraux.
« Notre objectif n’est pas de punir les femmes, mais de protéger les familles et de réduire les dérives liées à l’alcoolisme et aux relations extraconjugales », a-t-il insisté.
Des voix s’élèvent contre une régression des droits
La décision est loin de faire l’unanimité. Des responsables d’associations de défense des droits des femmes réclament son annulation immédiate.
« C’est une régression grave des droits humains, surtout pour les femmes. Une femme a le droit de circuler librement, qu’elle soit mariée ou non », affirme l’une d’elles.
Tout en reconnaissant l’importance des valeurs familiales, ces militantes estiment que leur promotion ne peut se faire au prix des libertés individuelles.
« Les femmes doivent connaître leurs devoirs dans le ménage, mais cela ne doit jamais se faire au détriment de leurs droits fondamentaux », ajoute-t-elle.
Une mesure jugée discriminatoire
Des femmes instruites et certains notables de la commune partagent ces critiques, estimant que la décision est discriminatoire et difficile à appliquer.
« Après le travail, des femmes participent à des réunions associatives ou à des activités sociales. Interdire leur présence dans les lieux publics après 20 heures est une injustice », estime un intellectuel local.
« Être dans un cabaret ne signifie pas automatiquement être ivre ou avoir un comportement immoral. Il faut juger les actes, pas le genre », renchérit une habitante.
Des soutiens dans une partie de la population
À l’inverse, certaines femmes, notamment dans les milieux populaires, soutiennent la décision qu’elles jugent nécessaire.
« Cette mesure arrive à temps. Beaucoup de ménages se sont brisés à cause des sorties nocturnes », témoigne une commerçante rencontrée au marché. Selon elle, la réglementation pourrait contribuer à réduire les violences sexuelles et les conflits familiaux.
Plusieurs hommes interrogés partagent cet avis, évoquant un retour à l’ordre moral.
Une communauté divisée
Entre protection des valeurs familiales et respect des droits humains, le débat reste entier à Kirundo. Les opposants redoutent des abus dans l’application d’une mesure qu’ils jugent liberticide, tandis que ses partisans y voient un moyen de restaurer la stabilité des foyers.
Aucune précision n’a encore été donnée sur la nature exacte des sanctions envisagées.
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Photo : des hommes et des femmes participent à une réunion avec l’administration locale à Kirundo. Le chef de zone de Kirundo, Jean Marie Karambizi, a annoncé que les femmes surprises seules dans les cabarets après 20 heures seront passibles de sanctions, une mesure qui suscite débats et critiques au sein de la communauté. ©DR/SOS Médias Burundi
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