Rwanda-Belgique : Kigali et son ancienne puissance coloniale renouent après 18 mois de rupture
SOS Médias Burundi
Kigali, 23 septembre 2026— Le Rwanda et la Belgique ont décidé de rétablir leurs relations diplomatiques, mardi 22 septembre, à New York, en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Les ministres des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe et Maxime Prévot ont annoncé leur rapprochement après 18 mois de rupture, dans un contexte toujours marqué par la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
La décision prévoit la réouverture prochaine des ambassades des deux pays à Kigali et à Bruxelles. Dans un premier temps, les missions diplomatiques seront dirigées par des chargés d’affaires ad interim, avant la nomination de nouveaux ambassadeurs. Les deux gouvernements affirment vouloir désormais privilégier le dialogue, la non-ingérence, le respect mutuel et l’engagement constructif pour traiter leurs différends.
Une rupture sur fond de crise congolaise
Kigali avait rompu ses relations diplomatiques avec Bruxelles le 17 mars 2025, avant l’expulsion réciproque de diplomates. Le Rwanda reprochait notamment à la Belgique de prendre parti dans la crise sécuritaire qui oppose les autorités congolaises à l’AFC-M23 dans l’est de la RDC.
La Belgique avait, de son côté, adopté une position critique à l’égard du rôle attribué au Rwanda dans le conflit congolais et avait participé activement aux discussions européennes sur les sanctions visant plusieurs acteurs liés à la situation dans l’est de la RDC. Kigali contestait ces positions et accusait Bruxelles de mener une politique hostile à son égard.
Le rapprochement actuel intervient après plusieurs mois de contacts informels entre Olivier Nduhungirehe et Maxime Prévot. Les deux gouvernements remercient notamment le Qatar, qui avait facilité leur première rencontre à Doha en juin 2025, trois mois après la rupture diplomatique.
Une relation avec une ancienne puissance coloniale
Le rétablissement des relations intervient entre deux pays dont l’histoire est profondément liée. La Belgique est l’ancienne puissance coloniale du Rwanda, administré sous mandat puis sous tutelle belges avant son indépendance en 1962.
La période coloniale a profondément marqué les structures administratives et sociales du Rwanda et continue de peser sur les relations entre Kigali et Bruxelles. La Belgique a conservé après l’indépendance des liens étroits avec le Rwanda dans les domaines politique, économique, judiciaire et de la coopération au développement.
Cette histoire donne une dimension particulière aux crises diplomatiques entre les deux pays. Les relations ont notamment été marquées par les conséquences du génocide des Tutsis de 1994 et par les guerres qui ont suivi dans la région des Grands Lacs. La Belgique rappelle aujourd’hui encore son rôle dans la coopération judiciaire avec le Rwanda et son soutien aux mécanismes de justice et de réconciliation après le génocide.
L’AFC-M23 au cœur des tensions régionales
La guerre dans l’est de la RDC demeure le principal point de divergence entre Kigali et Bruxelles.
L’AFC-M23 est une coalition politico-militaire active dans l’est congolais, une région particulièrement riche en ressources minières. Le mouvement a installé des structures administratives parallèles dans plusieurs zones qu’il contrôle dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Dirigée politiquement par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC, l’AFC-M23 a pris le contrôle de Goma, puis de Bukavu, respectivement chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, lors de son offensive du début de 2025.
Le mouvement réclame une transformation politique de la RDC et s’est notamment prononcé en faveur d’une réorganisation de l’État congolais. Son avancée dans les deux provinces du Kivu a profondément modifié le rapport de forces dans l’est du pays et entraîné une forte implication des pays voisins.
Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir l’AFC-M23. Kigali rejette cette accusation et affirme agir pour défendre sa sécurité face aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais présent dans l’est congolais et dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994.
Le Burundi également impliqué
Le conflit a progressivement pris une dimension régionale, notamment avec l’engagement militaire du Burundi aux côtés des autorités congolaises.
La Force de défense nationale du Burundi (FDNB) a été déployée dans l’est de la RDC aux côtés des FARDC, l’armée régulière congolaise, et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa dans les combats contre l’AFC-M23 et ses alliés.
Cette implication burundaise s’est particulièrement accentuée avec l’avancée de la coalition vers le Sud-Kivu et la prise de Bukavu. Le conflit oppose ainsi directement ou indirectement plusieurs acteurs de la région des Grands Lacs, faisant de la crise congolaise un dossier régional plutôt qu’un simple conflit interne à la RDC.
Bruxelles maintient sa position sur la RDC
Le rétablissement des relations ne signifie pas que la Belgique abandonne ses positions sur la crise congolaise.

Maxime Prévot a indiqué que Bruxelles continuerait à défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC, tout en soutenant les efforts diplomatiques visant à mettre fin aux violences dans l’est du pays. La Belgique entend notamment continuer à encourager le respect des engagements pris dans les processus diplomatiques de Doha et de Washington.
Le rétablissement des relations doit donc permettre aux deux pays de disposer à nouveau de canaux diplomatiques officiels, sans effacer leurs divergences sur la RDC.
Vers une nouvelle étape
Dans leur déclaration commune, Kigali et Bruxelles affirment vouloir maintenir un dialogue « ouvert, franc et transparent » et traiter leurs différends par la voie diplomatique. Les deux pays disent également vouloir fonder leur nouvelle relation sur la non-ingérence, le respect mutuel et l’engagement constructif.
À New York, où les deux ministres se sont rencontrés en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, le rétablissement des relations marque ainsi la fin d’une crise diplomatique de 18 mois. Mais les profondes divergences sur la guerre dans l’est de la RDC restent intactes, faisant de la réouverture des canaux diplomatiques un nouveau cadre de dialogue plutôt qu’une disparition des tensions entre Kigali et Bruxelles.
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Photo : les ministres rwandais et belge des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe et Maxime Prévot, après avoir signé l’accord sur le rétablissement des relations diplomatiques entre le Rwanda et la Belgique, le 22 septembre 2026 à New York. © Crédit photo : compte X, (anciennement Twitter) de Maxime Prévot
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