Burundi : les arrestations de Banyamulenge se multiplient, un réfugié de 70 ans interpellé à Bwagiriza

Burundi : les arrestations de Banyamulenge se multiplient, un réfugié de 70 ans interpellé à Bwagiriza

SOS Médias Burundi

Bwagiriza, 24 septembre 2026— L’inquiétude monte au camp de réfugiés congolais de Bwagiriza, en commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi, après l’arrestation d’un sexagénaire de la communauté Banyamulenge. Ntole Rugonderani, âgé d’environ 70 ans, a été interpellé à son domicile le 20 septembre par des agents des forces de sécurité, selon des sources au sein du camp.

Le sexagénaire, réfugié congolais et membre de la communauté Banyamulenge, a ensuite été récupéré par des agents locaux du Service national de renseignement (SNR), selon ces mêmes sources, avant d’être conduit vers un lieu tenu secret. Certains témoins pensent qu’il est détenu dans un cachot du SNR.

Un catéchiste connu dans le camp

Ntole Rugonderani est connu comme un catéchiste discret et respecté de la Communauté des Assemblées de Dieu au Burundi (CADP) au sein du camp.

Des témoins affirment qu’aucun mandat ne leur a été présenté au moment de son arrestation et qu’aucune explication précise n’a été donnée sur les faits qui lui sont reprochés.

Le motif officiel de son interpellation reste inconnu. Selon des sources proches du dossier, l’une des pistes évoquées concerne un récent déplacement du sexagénaire au Rwanda pour rendre visite à des membres de sa famille.

Dans le contexte tendu entre Gitega et Kigali, les déplacements de membres de la communauté Banyamulenge vers le Rwanda font l’objet d’une attention accrue des services de sécurité burundais.

Une série d’arrestations à Bujumbura

L’arrestation de Ntole Rugonderani intervient alors que plusieurs membres de la communauté Banyamulenge ont été interpellés à Bujumbura, la capitale économique du Burundi où sont concentrées les principales activités commerciales et une grande partie des services du pays, depuis le début du mois de septembre.

Parmi les personnes arrêtées figurent trois pasteurs, dont Jalos Nkunda Kilaya, appréhendé le 8 septembre à l’aéroport international Melchior Ndadaye alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Kigali. Gédéon Nzayitegaho et Mark Ntayoberwa figurent également parmi les responsables religieux interpellés.

Jalos Nkunda Kilaya a ensuite été conduit à son domicile, où une fouille a été menée par des agents du SNR, selon des sources locales. Son épouse, Jacqueline Nyiramasoso, ainsi que Merci, un jeune étudiant et membre de la famille, ont à leur tour été interpellés lors de cette opération.

Gédéon Nzayitegaho a été arrêté le 10 septembre dans son église Carmel, située dans le quartier Mutakura, au nord de Bujumbura. Les motifs précis de ces différentes arrestations n’ont pas été officiellement communiqués.

Des sources proches des dossiers indiquent que plusieurs personnes arrêtées ont été conduites dans les locaux du SNR, près de la cathédrale Regina Mundi, à Bujumbura. SOS-Torture Burundi rapporte également plusieurs arrestations qu’elle attribue à des agents du SNR.

Le conflit dans l’est de la RDC en toile de fond

Ces arrestations interviennent dans un contexte régional marqué par la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et les tensions entre le Burundi et le Rwanda.

Le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025, selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi l’année dernière. Ces militaires combattent aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste congolaise, et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa contre l’AFC-M23.

Après avoir été chassés du Nord-Kivu aux côtés des forces de la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) et de mercenaires étrangers, les militaires burundais se sont repliés au Sud-Kivu, où ils sont engagés depuis plus de 20 mois dans des opérations aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa. Les combats se poursuivent notamment dans les hauts plateaux de Fizi et de Mwenga, où ces forces affrontent les combattants de Twirwaneho.

L’AFC-M23 est accusée par Kinshasa de bénéficier d’un soutien du Rwanda, ce que Kigali rejette. Des rapports du Groupe d’experts des Nations unies font état d’un soutien rwandais au mouvement.

Sur le plan politique, l’AFC est dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC. Le Conseil de sécurité des Nations unies décrit l’AFC comme un mouvement politico-militaire allié au M23 et indique que Nangaa en est le dirigeant politique.

L’AFC-M23 contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et défend notamment une transformation politique de la RDC, avec notamment l’idée d’un État fédéral.

Le groupe Twirwaneho, composé majoritairement de combattants issus de la communauté Banyamulenge, est un allié important de l’AFC-M23 au Sud-Kivu. Les affrontements entre Twirwaneho et les forces soutenues par Kinshasa, notamment les FARDC, la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, se poursuivent dans plusieurs secteurs des hauts plateaux.

Dans ce contexte, les liens entre Twirwaneho et l’AFC-M23 ainsi que les déplacements de certains membres de la communauté Banyamulenge vers le Rwanda alimentent les préoccupations sécuritaires au Burundi.

Une communauté inquiète

Un responsable communautaire, qui s’exprime sous anonymat, affirme que les Banyamulenge vivent dans la peur face à la multiplication des arrestations.

Il demande que les enquêtes soient menées individuellement et que les familles soient informées du lieu où leurs proches sont détenus. Selon lui, les réfugiés congolais Banyamulenge souhaitent bénéficier de la même protection que les autres réfugiés vivant au Burundi et ne veulent pas être assimilés à un autre pays ou à un quelconque problème politique en raison de leur appartenance communautaire.

Ses proches parlent d’enlèvement

À ce stade, les proches de Ntole Rugonderani parlent d’un enlèvement, estimant que le sexagénaire a été emmené sans qu’un mandat leur soit présenté et qu’aucune information officielle ne leur ait été communiquée depuis son arrestation.

La famille reste sans nouvelles de son lieu de détention et de son état de santé. Elle demande à connaître les raisons de son arrestation ainsi que l’endroit où le sexagénaire est détenu, alors que l’inquiétude grandit au sein du camp de Bwagiriza.

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Photo : des hommes réfugiés du camp de Bwagiriza assistent à l’enterrement d’un membre de leur communauté. Un sexagénaire congolais de la communauté Banyamulenge, âgé d’environ 70 ans, a été arrêté dans un contexte de tensions sécuritaires liées au conflit dans l’est de la RDC. © SOS Médias Burundi

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