Burunga : des jeunes arrêtés en série à Matana, une opération sécuritaire qui ravive les inquiétudes
SOS Médias Burundi
Matana, 2 octobre 2026 — Des jeunes sont arrêtés depuis le dimanche 27 septembre dans les zones de Mugamba et de Mwumba, en commune Matana, dans la province de Burunga, au sud du Burundi. Le bilan établi à ce stade fait état de six détenus au commissariat communal de Matana. D’autres personnes seraient retenues au poste de police de Mugamba, sans qu’il soit possible d’en déterminer le nombre. Selon plusieurs sources locales, ces interpellations, menées sur fond de soupçons d’infiltration armée, seraient coordonnées depuis Bujumbura, la capitale économique du pays, où se trouve la hiérarchie policière. Les familles réclament des informations sur les motifs des arrestations et le sort de leurs proches.
Une opération déclenchée par des soupçons d’infiltration
Selon des sources locales, les arrestations ont débuté après la circulation, au sein de la hiérarchie policière, d’informations faisant état d’une possible infiltration de personnes présentées comme des rebelles dans cette partie de Matana.
Des interpellations ont notamment été signalées sur les collines de Muyange-Kavumu et de Mwumba. Charles Bondo, commissaire provincial de la Police de sécurité intérieure (PSI) pour Burunga, est cité parmi les responsables présents dans le dispositif.
D’après les mêmes sources, l’opération serait suivie au niveau de l’Inspection générale de la Police nationale du Burundi (PNB) par le général de brigade de police Emmanuel Ndayiziga, inspecteur général adjoint de la police, et le colonel de police Arthémon Nzitabakuze, responsable du service des renseignements au sein de cette institution.
Les deux responsables se seraient rendus cette semaine dans les communes de Matana et de Bururi pour suivre l’évolution de l’opération, d’après des témoins.
La Police nationale n’a toutefois pas communiqué officiellement sur leur éventuel rôle dans la coordination des arrestations.
Une liste de personnes recherchées aurait circulé depuis Bujumbura
Plusieurs sources locales affirment que les noms de certains jeunes recherchés auraient été établis ou transmis depuis l’Inspection générale de la police à Bujumbura avant le lancement des opérations.
Selon elles, cette liste aurait permis de cibler plusieurs personnes sur différentes collines.
Aucune liste officielle des personnes recherchées ni aucun critère de sélection n’ont été rendus publics.
Des familles sans informations précises
Les proches des personnes interpellées disent ne pas connaître précisément les charges retenues contre leurs proches ni les suites judiciaires envisagées.
Ils cherchent notamment à savoir si toutes les personnes arrêtées sont soupçonnées d’être liées à une infiltration armée ou si certaines ont été interpellées pour d’autres motifs.
Des sources locales indiquent également que plusieurs détenus ont été interrogés mercredi par Charles Bondo.
Le passé politique de certains jeunes scruté
D’après plusieurs témoignages recueillis dans la région, certaines personnes interpellées seraient soupçonnées d’avoir participé aux manifestations de 2015 contre le troisième mandat controversé de feu le président Pierre Nkurunziza.
Les collines concernées se trouvent dans l’ancienne commune de Mugamba, qui avait été l’un des foyers de mobilisation contre ce mandat.

Des habitants estiment que le passé politique de certains jeunes pourrait être pris en compte dans les arrestations actuelles. Les autorités policières n’ont pas confirmé cette hypothèse.
Depuis la crise de 2015, des jeunes ainsi que d’anciens membres des forces de sécurité ont été arrêtés dans différentes localités du pays, notamment dans des zones touchées par les mobilisations de cette période.
Parmi eux figuraient des militaires, gendarmes et policiers issus des anciennes structures sécuritaires, alors largement dominées par des membres de la minorité tutsi, avant l’intégration progressive d’anciens combattants issus principalement de groupes armés hutu dans le cadre du processus de paix engagé avec l’Accord d’Arusha d’août 2000 et les accords qui ont suivi.
Certains détenus étaient accusés de collaborer avec des mouvements rebelles ou avec des personnes considérées comme des ennemis du pays. Des décès en détention ont également été rapportés au fil des années parmi des personnes arrêtées dans ce contexte.
Un contexte régional marqué par les tensions
Ces interpellations surviennent alors que les autorités burundaises alertent régulièrement sur de possibles attaques de groupes rebelles opérant au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Gitega accuse notamment le Rwanda de soutenir certains de ces groupes, ce que Kigali dément.
Aucun lien direct n’a cependant été établi publiquement entre ces menaces régionales et les personnes arrêtées à Matana et à Mugamba.
Les familles demandent des éclaircissements
Les proches des détenus demandent désormais des précisions sur le nombre total de personnes arrêtées, leur identité, les motifs individuels des interpellations, leurs lieux de détention et les éventuelles procédures judiciaires engagées.
Ils souhaitent également connaître l’origine de la liste des personnes recherchées et les éléments ayant conduit à leur ciblage.
Les autorités policières et judiciaires sont appelées à clarifier les circonstances de ces arrestations, notamment l’existence d’une éventuelle menace d’infiltration armée et le cadre légal dans lequel les opérations sont menées.
À ce stade, le bilan global des arrestations dans les zones de Matana et de Mugamba demeure inconnu.
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Photo d’archives : quatre hommes, dont un sexagénaire, présentés par la police aux habitants comme des criminels dans une région où plusieurs arrestations ont récemment été opérées. Les familles des personnes concernées dénoncent ces arrestations et demandent des explications sur les faits qui leur sont reprochés. © SOS Médias Burundi
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