Au Burundi, les syndicats accusent le pouvoir de sacrifier l’école et d’abandonner ses enseignants
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 7 octobre 2026 — À l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, célébrée chaque 5 octobre, les syndicats de l’éducation au Burundi ont dressé un sombre tableau de la profession. Départs d’enseignants vers l’étranger, retraites, faibles revenus et pénurie de personnel : ils ont accusé les autorités de ne pas avoir suffisamment pris en compte les difficultés qui fragilisent le métier et, selon eux, menacent la qualité de l’éducation.
Parmi les principales préoccupations soulevées par les syndicats, le départ d’enseignants vers l’étranger a occupé une place importante. Plusieurs enseignants, notamment parmi les plus expérimentés, ont quitté le pays à la recherche de meilleures conditions de vie.
« Lorsqu’un enseignant expérimenté quitte son établissement, ce n’est pas seulement un poste qui devient vacant, mais aussi une expérience professionnelle, une compétence pédagogique et une partie de la mémoire de l’établissement qui disparaît », a souligné Emmanuel Mashandari, vice-président de la Coalition spéciale des syndicats des enseignants pour la solidarité nationale au Burundi (COSSESSONA), dans un communiqué publié à l’occasion de cette journée.
Selon lui, ces départs ont privé les établissements d’une partie de leur expérience et de leurs compétences pédagogiques.
À ces départs se sont ajoutés les départs à la retraite d’un nombre important d’enseignants. La COSSESSONA a estimé que la modification de l’âge de départ à la retraite a également contribué à aggraver les difficultés liées au renouvellement du personnel.
Pour les syndicats, la combinaison des départs vers l’étranger et des retraites a ainsi accentué le manque d’enseignants expérimentés dans les établissements scolaires.
Plus de 1 800 enseignants auraient abandonné leurs postes
Le président du Syndicat des travailleurs de l’enseignement au Burundi (STEB), Rémy Nsengiyumva, a également fait état d’une situation préoccupante.
Il a affirmé que plus de 1 800 enseignants auraient abandonné leurs postes depuis l’année scolaire dernière, principalement en raison de conditions de vie difficiles.
Ce chiffre, avancé par le syndicat et qui n’a pas été présenté comme une donnée officielle, illustre, selon le STEB, les difficultés rencontrées pour attirer et surtout retenir le personnel enseignant.
Le syndicat a appelé à l’ouverture de discussions entre les autorités et les représentants des travailleurs, notamment sur les conditions de rémunération et de travail.

Des élèves se tiennent debout dans une salle de classe en province de Buhumuza, dans l’est du Burundi. Les objectifs du gouvernement en matière d’éducation restent confrontés à d’importants défis. © SOS Médias Burundi
Les faibles revenus dénoncés
Les organisations syndicales ont également mis en avant les difficultés économiques auxquelles les enseignants sont confrontés.
Selon Emmanuel Mashandari, les revenus de certains enseignants ne leur permettent plus de subvenir convenablement aux besoins essentiels de leurs ménages. Cette pression économique peut également, selon lui, affecter leurs conditions d’exercice et leur capacité à se consacrer pleinement à leur mission.
Pour la COSSESSONA, ces difficultés ne se limitent pas à la situation des enseignants. Elles ont également, selon l’organisation, des répercussions sur les apprentissages et, plus largement, sur la qualité de l’éducation.
Les syndicats réclament une révision des salaires
La rémunération a ainsi constitué l’une des principales revendications formulées à l’occasion de la Journée mondiale des enseignants.
Antoine Manuma, représentant légal de la Fédération nationale des syndicats du secteur de l’enseignement du Burundi (FENASEB), a estimé que les salaires actuels ne correspondent plus suffisamment aux réalités socio-économiques du pays.
Rémy Nsengiyumva a, pour sa part, recommandé l’ouverture d’un dialogue en vue d’une révision de la grille salariale.
Pour les syndicats, l’amélioration des rémunérations est directement liée à la capacité du Burundi à retenir ses enseignants et à préserver l’expérience accumulée dans les établissements.
La FENASEB dénonce le manque d’attention accordé à la journée
La FENASEB a également dénoncé le peu d’attention accordé à la Journée mondiale des enseignants.
Dans une déclaration rendue publique le 5 octobre 2026, Antoine Manuma a estimé que cette journée ne devait pas être réduite à une simple formalité. Il a notamment rappelé qu’elle n’avait pas été célébrée au Burundi en 2025.
Pour la fédération, cette journée a constitué une occasion de reconnaître la contribution des enseignants au développement du pays et d’engager un dialogue sur les difficultés qui affectent le secteur.
La FENASEB a par ailleurs rappelé l’existence d’un cadre syndical regroupant une quinzaine de syndicats et deux fédérations. Elle a également insisté sur le respect des libertés syndicales, notamment du droit de grève reconnu par la Constitution burundaise.
5 000 recrutements annoncés face à des besoins plus importants
Face au manque de personnel, le gouvernement a annoncé le recrutement de 5 000 enseignants pour l’année scolaire 2026-2027.
Mais ce recrutement reste inférieur aux besoins identifiés dans le secteur. Selon les données communiquées par les autorités, 14 330 enseignants sont nécessaires pour cette année scolaire, contre 5 000 recrutements prévus.
Le déficit s’élève ainsi à 9 330 enseignants pour couvrir les besoins identifiés pour 2026-2027.
Pour les syndicats, le recrutement ne constitue toutefois qu’une partie de la réponse. Sans amélioration des salaires et des conditions de travail, les nouveaux recrutements ne suffiront pas à retenir durablement les enseignants dans le système éducatif.

Une enseignante dans une salle de classe bondée à Cibitoke, au nord-ouest du Burundi, illustrant les difficultés qui affectent le système éducatif burundais. © SOS Médias Burundi
Le déficit reste un défi à l’horizon 2030
À quatre ans de l’échéance de 2030, la question des effectifs reste un défi majeur pour le système éducatif burundais.
Les documents de planification du secteur de l’éducation prévoient la poursuite du recrutement et de la formation des enseignants afin d’améliorer l’accès à une éducation de qualité. Le déficit de 9 330 enseignants identifié pour 2026-2027 donne une indication de l’ampleur des besoins à court terme, mais aucun chiffre officiel burundais unique ne permet d’établir précisément le nombre total d’enseignants supplémentaires nécessaires d’ici 2030.
Pour les syndicats, atteindre les objectifs de qualité fixés pour le système éducatif nécessitera donc non seulement de recruter davantage, mais aussi de retenir les enseignants déjà en fonction, notamment les plus expérimentés.
Une pénurie qui touche le monde entier
La crise du personnel enseignant dépasse toutefois largement les frontières du Burundi. Dans de nouvelles données publiées le 5 octobre 2026 à l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, l’UNESCO a estimé que le monde aura besoin de 50 millions d’enseignants supplémentaires d’ici 2030 pour garantir l’accès universel à l’éducation préscolaire, primaire et secondaire.
Selon l’organisation, le monde compte actuellement environ 107 millions d’enseignants. Les besoins supplémentaires représentent donc près d’un enseignant à recruter pour deux enseignants actuellement en fonction. Quelque 58 % des enseignants nécessaires d’ici 2030 devront servir à remplacer ceux qui quitteront la profession.
La pénurie s’explique notamment par les départs du métier, les difficultés à attirer de nouveaux candidats, les conditions de travail, la rémunération et le manque de reconnaissance de la profession. Les systèmes éducatifs sont également confrontés à des difficultés de formation et de maintien en poste des enseignants qualifiés.
L’Afrique subsaharienne figure parmi les régions les plus touchées. Les précédentes projections de l’UNESCO estimaient déjà à 15 millions le nombre d’enseignants supplémentaires nécessaires dans cette région d’ici 2030 pour atteindre les objectifs d’éducation universelle.
La pénurie mondiale pèse aussi sur les enseignants déjà en fonction. L’UNESCO souligne qu’elle entraîne une augmentation de leur charge de travail, fragilise leur bien-être et peut compromettre la qualité de l’enseignement. À l’échelle mondiale, le taux de départ des enseignants du primaire est passé de 4,62 % en 2015 à 9,06 % en 2022, soit presque un doublement en sept ans.
À l’occasion de cette Journée mondiale des enseignants, les organisations syndicales burundaises ont ainsi appelé les autorités à engager un dialogue sur les salaires, les conditions de vie et de travail, les départs vers l’étranger, les retraites, la pénurie de personnel et les libertés syndicales.
Au Burundi comme dans de nombreux autres pays, la question ne se limite donc plus au recrutement de nouveaux enseignants. Elle concerne également la capacité des systèmes éducatifs à attirer, former et surtout retenir suffisamment d’enseignants qualifiés pour répondre aux besoins croissants des élèves.
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Photo : Deux enseignants dans une salle de classe au Burundi. Les syndicats dénoncent le manque d’enseignants et les difficultés persistantes auxquelles fait face le secteur de l’éducation. © SOS Médias Burundi
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