Burundi : vers l’abolition de l’institution des Bashingantahe ?
Ce jeudi après-midi, les nouveaux notables collinaires ont prêté serment. Ils vont remplacer les Bashingantahe, des notables coutumiers investis sur chaque colline du Burundi depuis l’époque coloniale. Le président de la plus ancienne institution estime qu’il est impossible de « mettre fin à ce collège ». La ministre de la Justice qui a lancé l’événement de prestation de serment a demandé aux nouveaux médiateurs locaux d’être des ambassadeurs de la vérité et de rendre justice à tout le monde. (SOS Médias Burundi)
La prestation de serment a eu lieu sur chaque colline et quartier du Burundi. En tout 43.650 hommes et femmes forment le nouvel organe.
La ministre Domine Banyankimbona a choisi la commune de Rugombo dans la province de Cibitoke au nord-ouest du Burundi pour l’inauguration des nouveaux tribunaux locaux. Elle a demandé à leurs membres d’être « des ambassadeurs de la vérité et de rendre justice à tout le monde sans exclusion ». Ce que les concernés ont juré de faire au moment de leur engagement.
Les membres des conseils des notables collinaires devraient prêter serment le 15 septembre. L’événement a été reporté d’une semaine. Avant le report, le ministère en charge des affaires intérieures avait écrit sur son compte Twitter que « les fonctions des Bashingantahe cesseront sur tout le territoire burundais dès la prestation de serment des membres des conseils des notables collinaires élus ».
Selon Adrien Sibomana, président de l’institution des Bashingantahe, il est impossible de mettre fin à cette institution.
« Il est très pertinent que le gouvernement ou le ministre de la Justice mette en place un nouveau tribunal ou de nouveaux tribunaux. Ça n’a rien à voir avec le comportement d’un Mushingantahe qui est l’homme qui dit la vérité, qui soigne bien la cohabitation avec les autres concitoyens,…quelqu’un qui cumule des qualités humaines de l’humanisme. Personne ne peut mettre fin à ce comportement », répond M. Sibomana à ceux qui pensent que le rôle des Bashingantahe prendra fin avec la mise en place du nouvel organe.
Et de continuer : « je pense que c’est un abus de langage ou de compréhension de dire qu’après la mise en place d’un tribunal, ce comportement d’humanisme d’Umushingantahe prendrait fin ».
L’ancien premier ministre affirme que « nous allons continuer à nous comporter en modèles dans la société, à conseiller ceux qui nous le demandent. Et si jamais il y en a qui nous disent de les aider à s’entendre, nous allons le faire ».
Les Bashingantahe, des notables coutumiers investis sur chaque colline du Burundi depuis l’époque coloniale sont jusqu’ici respectés par les différentes couches de la société burundaise qui voient en eux de « vrais médiateurs ». Depuis son accession au pouvoir en 2005, l’ancien mouvement rebelle Hutu, le CNDD-FDD n’a jamais caché son opposition à l’institution des Bashingantahe qu’il va sans doute supprimer. Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer « une action politiquement motivée » et pouvant « contribuer à la dégradation de plusieurs valeurs de la société burundaise ».
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Photo d’illustration : des Bashingantahe dans leur tenue traditionnelle/ DR
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