Muyinga : l’expulsion d’une femme de la commune de Butihinda annulée par le gouverneur
Le gouverneur de la province de Muyinga (nord-est du pays) a décidé de l’annulation de la décision portant expulsion de la commune de Butihinda d’Aniella Mukeshimana ce jeudi. Une décision qualifiée d’erreur de procédure et de non respect de la loi par le gouverneur. Des activistes qualifient la mesure de l’administrateur de Butihinda d’illégale et d’arbitraire. (SOS Médias Burundi)
Depuis la matinée de ce jeudi, une lettre de décision d’expulsion d’une fille âgée de 26 ans du nom d’Aniella Mukeshimana surnommée Kirungo (ou encore ingrédient), native de la province de Karusi (centre-est) circule sur les réseaux sociaux.
Cette lettre officielle signée par l’administrateur communal de Butihinda, Gilbert Ndikumasabo indique qu’après avoir recueilli les doléances des femmes de Kamaramagambo comme quoi cette jeune femme est en train de détruire les ménages en détournant leurs maris,
il a pris la décision de la chasser de sa circonscription.
Quelques heures après la sortie de cette mesure, une autre est venue du cabinet du gouverneur de Muyinga annulant la décision de l’administrateur de la commune de Butihinda « car elle n’a pas suivi la procédure et le respect de la loi ».
Des habitants de la commune de Butihinda expliquent qu’il y aurait plutôt un malentendu entre cette fille et l’administrateur.
« Le problème réside entre cet administratif et cette fille Kirungo. Elle n’est pas la seule qui est venue chez nous. Des milliers de filles sont venues de Muyinga, de Kirundo et même de Bujumbura. Elles ne sont pas chassées », a confié un habitant de Kamaramagambo, cette colline très riche en or située non loin de la frontière avec la Tanzanie.
Une autre source sur place signale que cet administratif a voulu créer une relation avec la fille, en vain.
« Je sais que Gilbert Ndikumasabo l’a cherchée depuis longtemps mais la fille avait refusé toute relation avec l’administrateur », a précisé une commerçante de la localité.
Certaines associations burundaises luttant pour les droits humains dont Folucon-F qui milite contre le népotisme parlent de « mesure illégale et arbitraire ». Elles vont jusqu’à exiger la démission de M. Ndikumasabo.
Pour Inès Kidasharira, femme journaliste, la décision de l’administrateur de Butihinda est non seulement illégale mais aussi arbitraire!
« Il n’a pas les prérogatives de chasser une citoyenne burundaise de la commune ni du pays d’ailleurs quelques soient les accusations à son égard, la constitution burundaise est claire là dessus. Etonnamment l’accusation d’adultère s’applique à ces hommes mariés selon la définition de la loi. Il est donc encore plus étonnant de la voir s’appliquer à cette jeune dame. Une chose que personnellement je n’arrive pas à comprendre, mais une autre preuve de la précarité des droits des femmes burundaises. C’est dommage que des administratifs ne lisent pas la loi pour connaître l’étendue de leur pouvoir pour se positionner comme des garants de l’équité pour tous », a indiqué Mme Kidasharira, connue pour s’exprimer sur les droits de la femme dans la petite nation de l’Afrique de l’est, souvent.
Elle estime que le comportement des administratifs qui prennent des mesures contraires à la loi à l’encontre des femmes dure depuis quelque temps.
« On l’a vu avec les administrateurs fixant des couvre-feux pour les femmes. Mon avis là dessus est qu’il est vraiment primordial de former ces élus autour des textes qu’ils sont amenés à respecter et faire respecter, à la compréhension des libertés des citoyens. Les femmes ne sont pas des enfants. Ce sont des citoyens comme tout le monde. Elles ont donc droit à la libre circulation comme tout le monde. Les empêcher à se mouvoir sous prétexte de les protéger, c’est refuser de s’attaquer aux vraies questions qui les menacent… les violences envers elles, cette infantilisation- même, bref la reconnaissance de leur condition d’humain au même titre que l’homme », a-t-elle expliqué.
Elle précise que toutes ces mesures démontrent à suffisance la précarité des droits des femmes et de tout le chemin qu’il reste encore à « faire ici chez nous pour que la femme puisse prétendre avoir les mêmes droits qu’un homme ».
Au Burundi, un homme n’est pas autorisé d’avoir plusieurs femmes, la femme n’étant pas également permise d’avoir plus d’un mari. En septembre 2021, le ministère en charge des affaires intérieures, a exigé des gouverneurs de province de dresser une liste des administratifs en situation d’union illégale et ou de concubinage. Objectif : les suspendre de leurs fonctions sans aucune forme de procès.
Depuis,quelques autorités à la base ont été suspendues de leur fonction. Des observateurs qualifient la mesure d’atteinte à la vie privée.
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Photo : Aniella Mukeshimana
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