Droits Humains : retrait du Burundi de la 138e session du comité des droits de l’homme
Il se tient à Genève lundi et mardi, un examen périodique sur les droits de l’homme dans les pays membres du comité onusien des droits de l’homme. Le Burundi a été représenté par une délégation de 15 membres. Ces derniers ont boudé la séance, exigeant l’exclusion de Maître Armel Niyongere, un des activistes condamnés à perpétuité par contumace par la justice burundaise. Carina Tertsakian, chercheuse associée à l’Initiative des droits humains sur le Burundi (IDHB) estime que le gouvernement burundais vient de « montrer sa vraie face ». (SOS Médias Burundi)
Quand le Burundi a eu l’occasion de se prononcer et donner sa version des faits sur les violations des droits de l’homme alléguées par plusieurs organisations internationales, la chaise qui lui est réservée était vide lundi après-midi à Genève.
Pour cause, la forte délégation de Gitega avait déjà boudé la séance et claqué la porte. Avant de sortir, la ministre en charge des droits de l’homme, cheffe de la délégation a tenu à expliquer les raisons.
« Il était hors de question que la délégation présente son rapport annuel en présence de certaines personnes qui se réclament de la société civile oeuvrant à l’extérieur du pays alors qu’en réalité ce sont des criminels qui ont été condamnés par la justice burundaise », a déclaré la ministre Imelde Sabushimike, lisant littéralement un communiqué, d’après un participant. SOS Médias Burundi a vu le document. Il est authentique, selon des sources au sein dudit ministère.
« A cet égard, la délégation informe le comité qu’elle se retire du dialogue à cette session », a annoncé la ministre Sabushimike.
Elle regretté le fait que ,selon elle « le comité n’ait pas accédé à la demande légitime du Burundi ».
La décision de la délégation burundaise a été influencée par la présence de Maître Armel Niyongere, président de l’ACAT-Burundi, un activiste de la société civile burundaise en exil. Il affirme qu’il a été invité comme d’autres participants.
Il a profité de l’occasion pour enfoncer le clou.
« J’ai eu mon temps pour condamner les violations graves des droits de l’homme qui se commettent au grand jour au Burundi. J’ai montré des chiffres accablants des assassinats ciblés et des exécutions extra-judiciaires, des tortures, des arrestations arbitraires et des condamnations illégales des activistes, journalistes et des opposants politiques », confie Maître Niyongere.
Le dernier rapport de la plus ancienne organisation de défense des droits humains au Burundi, Ligue Iteka a dressé un bilan largement sombre de plus de 4000 personnes tuées depuis le début de la crise politique au Burundi en 2015.

La salle était très attentive. Tout le monde voudrait entendre ce que l’incriminé dit.
« Le comité aura compris que la délégation burundaise n’avait pas d’arguments, réactions ni commentaires sur nos rapports accablants. Si jamais ils avaient à dire, ils auraient dû au moins laisser un document au comité. Peine perdue, c’est ridicule », laisse-t-il entendre.
Après une consultation des membres du comité onusien, la décision a été que « le dialogue est public pour toute personne accréditée, que cet espace doit rester le plus inclusif possible et que l’examen se poursuit en absence de la délégation du Burundi ».
Les membres du comité ont regretté cette attitude. « C’est une dégradation des relations entre l’État et les Organes du Traité depuis 2016. Un ‘monologue’ remplace le dialogue après la décision de la délégation de quitter la salle », ont-ils souligné.
Rien d’étonnant pour d’autres activistes burundais.
« Nervosité et absence de matières. Rien qu’une stratégie d’isoler des défenseurs des droits humains qui donnent la version contraire à la leur et éviter l’humiliation dans la salle », commentent-ils.
En février 2020, Armel Niyongere, président de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-Burundi) a été condamné par contumace à la perpétuité à côté de ses quatre compagnons de lutte et de sept journalistes.
Les douze activistes et journalistes, tous en exil sont poursuivis pour «insurrection et organisation d’un coup d’Etat ». Ils sont en effet accusés d’avoir « directement pris part à l’exécution et/ou coopéré directement à l’exécution de l’attentat dont le but était de changer le régime constitutionnel et d’inciter les citoyens à s’armer contre l’autorité de l’Etat ».
L’affaire qui est toujours prise comme alibi par les autorités burundaises pour exiger l’extradition des concernés, est fortement critiquée et dénoncée par l’opinion internationale.
« En refusant de participer à la session du comité des droits de l’homme à cause de la présence d’un activiste de la société civile burundaise en exil, le gouvernement burudais a montré sa vraie face. Si certains croyaient encore à la sincérité de ses engagements en faveur des droits humains, et bien voilà, maintenant c’est clair à 100% que ses engagements ne valaient rien. Ni ses engagements à respecter la liberté d’expression et d’association, ni ses engagements à coopérer avec les mécanismes des Nations-Unies », analyse Carina Tertsakian, chercheuse associée à l’Initiative des droits humains sur le Burundi, IDHB.
Et de conclure « [..] En fait la délégation burundaise s’est ridiculisée en exigeant que le comité exclut certaines personnes de la salle. Comment peut-on prendre un tel comportement au sérieux! »
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Photocollage : Maître Armel Niyongere avec le célèbre militant des droits humains au Burundi Pierre Claver Mbonimpa dans une salle d’audience dans la ville commerciale Bujumbura, Jean Pierre Aimé Harerimana
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