Rwanda-RDC : Paul Kagame qualifie le dernier rapport onusien incriminant le Rwanda de « biaisé et monnayé »
Le président Paul Kagame a déclaré que le récent rapport du groupe d’experts des Nations-Unies sur la RD Congo n’a pas détaillé les causes de l’insécurité dans l’est du pays, qui abrite plus de 130 groupes armés locaux et étrangers. Ce rapport qui accuse Kigali de soutenir le mouvement rebelle M23 est qualifié par Paul Kagame de « document biaisé ». Il l’a annoncé ce mercredi en marge de la fête de la libération. (SOS Médias Burundi)
Le 29ème anniversaire de la fête de la libération du Rwanda s’est fêtée dans une ambiance d’accusation et de contre rapport pour ce pays qui a été tiré du gouffre du génocide par l’armée patriotique de libération, alors rébellion dirigée par l’actuel chef de l’Etat Paul Kagame.
Dans la dernière semaine de la triste commémoration du génocide commis contre les Tutsi, des experts onusiens ont sorti un rapport accablant, accusant le Rwanda d’apporter un soutien matériel, technique et militaire aux rebelles congolais du mouvement M23 opérant à l’Est de la RDC.
S’adressant à la nation ce mardi, le président rwandais a saisi l’occasion pour rassurer la population rwandaise que « l’histoire écrite par le sang ne peut pas être effacée par des mensonges écrits à l’aide de l’encre ». Il faisait allusion aux négationnistes qui critiquent son régime et qui nient le génocide commis contre les Tutsi.
Dans la même ligne, Kigali s’en prend à ces rapports qui l’accusent de prendre part à des crises congolaises. Pour le Président Kagame, les rapports constituent une autre forme de déni du génocide.
« Il n’y a que des rapports à longueur de journées, et quand vous les regardez et que vous avez vécu dans cette région et savez ce qui s’est passé et ce qui se passe, parfois vous vous demandez en quoi consiste cet exercice. Est-ce vraiment destiné à résoudre des problèmes Présentent-ils des faits de la situation pour aider les gens à faire ce qu’il faut pour résoudre les problèmes », s’interroge Paul Kagame.
Et d’ajouter, dans un ton plutôt détendu : « Ou visent-ils simplement à assainir l’implication et à maintenir réellement le statu quo, de sorte qu’en fin de compte, il y a de l’argent qui entre dans la situation et qui en sort et des gens qui en vivent, et des pays qui l’utilisent pour gérer d’autres pays et faire vivre des ONGs pour rien, ne fut-ce dicter l’Afrique comment et en quoi elle devrait être? »
M. Kagame se demande plutôt pourquoi ces experts n’ont pas cherché à écouter Kigali pour contrebalancer leur rapport. Ou tout au moins des réfugiés congolais qui sont des témoins oculaires.
« Les experts de l’ONU ne se sont pas rendus au Rwanda pour parler aux personnes qui ont fui la RD Congo. Ils n’ont jamais fait ça. Cela montre quelque chose, peut-être semblable à un parti pris », estime-t-il.
Pour lui, le rapport devrait inclure tout au moins la dimension-réfugiés.
« Vous savez qu’il y a des milliers de réfugiés congolais qui vivent au Rwanda depuis des décennies et d’autres qui ont récemment fui vers notre pays en raison de la persécution et des discours de haine en RD Congo. Les uns ont été tués, des femmes violées. Ces rapports ne parviennent toujours pas à aborder même la compréhension de cette problématique, et essayer de proposer des solutions possibles », a-t-il dénoncé.
Chanson-M23…
Pour le Rwanda, le Groupe d’experts onusien maintient un récit qui a été établi il y a près de 30 ans autour de l’histoire du génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda.

“L’autre aspect, est que ces rapports créent des confusions. Aujourd’hui ils ne chantent que le M23, qui est devenu comme une question Européenne, Américaine, Africaine alors … Ils veulent aussi occulter la menace causée par la milice génocidaire, les FDLR. Et nous parlons de plus de 120 groupes armés dans l’est du Congo. Ils ne mettent en avant que le M23 et l’ADF”, fait remarquer l’homme qui vient de passer au pouvoir plus de 20 ans.
« Mais les FDLR, ces génocidaires qui sont devenus membres de l’armée nationale de la RDC, ils supposent que ces gens n’existent même pas et que ce n’est même pas un problème dont nous devrions parler. Ils veulent que le génocide soit vu plus selon leur propre point de vue que dans la réalité de ce qui s’est passé ici», a lâché P.Kagame.
Paul Kagame explique qu’il s’attendait à une autre face du rapport.
« Je me serais attendu à ce qu’un rapport comme celui-là clarifie qui est qui, ce qu’ils font et d’où ils viennent, ou quelles sont leurs intentions, sans exception. Et ensuite, guidez-nous vers les actions possibles qui devraient être prises. Pacifier l’est de la RD Congo ne consiste pas seulement à pacifier un pays, c’est aussi pacifier les pays voisins, comme l’Ouganda, le Rwanda ou le Burundi », résume le président rwandais.
Quand le rapport est sorti fin juin dernier, le Ministre de la communication et porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya lui, avait plutôt souhaité que l’ONU passe à la vitesse supérieure.
« Je pense que la population devrait être traitée autrement, parce que c’est une accumulation de frustrations pour les populations congolaises, c’est de l’insensibilité de laisser pourrir la situation. On suppose que les simples condamnations des Nations-Unies ne suffisent plus, il faut aller plus loin vers les sanctions, il faut aller vers la justice », a-t-il noté, avant de préciser que « si la communauté internationale n’agit pas plus efficacement contre le Rwanda, cela sera toujours perçu comme une forme de complicité».
Mais pour le chef de l’Etat rwandais, les Rwandais doivent toujours faire attention à ne pas se perdre dans le désordre et oublier leur priorité, qui est de « garder le Rwanda, les Rwandais et ceux qui vivent au Rwanda d’où qu’ils viennent, en sécurité, quelles que soient les rumeurs qui circulent autour de nous”.
Le M23 est une ancienne rébellion Tutsi qui a repris les armes fin 2021 reprochant au gouvernement congolais de n’avoir pas respecté ses engagements sur la réinsertion de ses combattants. Les autorités congolaises restent persuadées qu’elle bénéficie du soutien du Rwanda, ce que le gouvernement rwandais ne cesse de balayer d’un revers de la main.
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Photo : le président Paul Kagame et la première dame Jeannette Kagame s’inclinent devant le mémorial du génocide de Kigali, le 7 avril 2023/ Igihe
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