Affaire-Bunyoni : l’ancien premier ministre déplore des conditions inhumaines de sa détention et plaide pour sa libération provisoire

Affaire-Bunyoni : l’ancien premier ministre déplore des conditions inhumaines de sa détention et plaide pour sa libération provisoire

Première comparution publique jeudi de l’ancien premier ministre Alain Guillaume Bunyoni devant la cour suprême. L’audience s’est déroulée à la prison centrale de Gitega, sous haute surveillance sécuritaire. L’ancien rebelle Hutu qui risque jusqu’à 30 ans de prison, a dénoncé « des conditions inacceptables de ma détention » et plaidé pour sa libération provisoire. Le ministère public s’y est opposé. La cour ne s’est pas prononcée, sa décision sera connue dans les jours à venir. (SOS Médias Burundi)

Six autres prévenus dont le colonel de police Désiré Uwamahoro, ancien commandant de la Brigade anti-émeute , Samuel Destiné Bapfumukeko, un cadre des renseignements et Côme Niyonsaba, ex ingénieur de Bunyoni ont également comparu. Ils ont aussi demandé à la cour de les libérer provisoirement.

Conditions de détention inacceptables

Devant le siège de la cour suprême ,le procès n’a pas été entendu dans le fond , les juges ont d’abord épuisé les questions de forme. Ainsi , le général Alain Guillaume Bunyoni appuyé par son avocat a parlé des mauvaises conditions de détention.

« Je suis détenu dans une petite cellule avec trois portes verrouillées avec des cadenas. Il y a deux policiers en permanence qui me surveillent. En cas de problème, il m’est difficile d’être évacué car les clés sont gardées par la responsable de la prison de Gitega et le commissaire régional de la police », a regretté Alain Guillaume Bunyoni.

Libération sous caution

Il a plaidé pour une libération sous caution, évoquant une maladie chronique.

« Je développe un diabète avancé de type 2. Les traitements de routine n’ont pas permis l’amélioration de mon état de santé. Je suis prêt à payer la caution et d’ailleurs la justice a saisi mes biens immobiliers et une somme de 300 millions de BIF que je suis prêt à donner comme gage », a plaidé l’ancien rebelle Hutu.

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Le représentant du ministère public a demandé que le général Bunyoni soit maintenu en prison pour « préservation de l’ordre public » et qu’il continue à « bénéficier des soins étant en prison comme d’autres détenus ».

Autres personnes poursuivies

Le colonel de police Désiré Uwamahoro, ancien commandant de la Brigade anti-émeute, assisté par son avocat a aussi plaidé pour une libération provisoire d’autant plus que jusqu’ici « il n’y a pas de témoins, pas de victimes et d’indices de culpabilité pour étayer les accusations qui pèsent contre lui », ont-ils soutenu.

« Le colonnel de police Désiré Uwamahoro est un officier qui ne respecte pas sa hiérarchie, capable de tous les maux et peut s’évader en cas de libération provisoire », a répondu le représentant du ministère public.

Le colonel de police Désiré Uwamahoro, ancien commandant de la Brigade anti-émeute poursuivi dans le même dossier que Bunyoni

Un autre prévenu qui a été entendu par les juges de la cour suprême est Samuel Destiné Bapfumukeko . Il a dit que « j’ai des impacts au niveau de la colonne vertébrale et ai été opéré au niveau des lombaires », ce que le ministère public a rejeté, évoquant « la préservation de la tranquillité publique ». Il était également assisté par un avocat.

Quatre autres détenus dont Côme Niyonsaba, ex ingénieur de Bunyoni ont comparu à la même prison de Gitega. Ils n’ont pas soulevé des lacunes concernant la forme.

« Nous sommes prêts à poursuivre le procès dans le fond sans assistance judiciaire », ont-ils dit aux juges.

Cellule fouillée

Une fille de l’ancien premier ministre Alain Guillaume Bunyoni lui a donné un petit bout de papier après l’audience. Le responsable local des renseignements et de la police sont allés fouiller la cellule de Bunyoni.

« Ils ont trouvé qu’il y avait un numéro de téléphone sur le bout de papier. Ils ont pensé qu’il est en possession d’un téléphone portable. Or les policiers qui surveillent sa cellule ont reçu un ordre formel: le jour où on va trouver un téléphone dans cette cellule, vous allez y entrer pour la partager. Aucun téléphone n’y a été découvert », ont rassuré des sources pénitentiaires.

Sécurité renforcée

Le procès s’est déroulé à la prison centrale de Gitega ,loin des micros , caméras , stylos ,montres ,lunettes….

Plusieurs policiers lourdement armés avaient été déployés sous le commandement du commissaire régional à Gitega Jérôme Ntibibogora ainsi que plusieurs agents du service national de renseignements.

Un camion de pompiers à l’entrée de la prison de Gitega où M.Bunyoni est détenu

Plusieurs habitants sont allés assister à cette audience qui s’est déroulée à la prison centrale de Gitega où M.Bunyoni est détenu depuis juillet dernier, selon nos sources.

«Personne n’était autorisé à entrer avec son téléphone. Toutes les personnes ont été fouillées avant d’entrer. Les visites ont également été suspendues et toutes les rues environnantes bloquées par la police », disent des témoins qui se sont confiés à SOS Médias Burundi.

Débats à la prison

Les autorités judiciaires burundaises ont décidé que les débats se déroulent à la prison de Gitega.

« Une salle a été aménagée pour cette fin », confiaient mercredi soir des sources pénitentiaires et judiciaires.

Poursuivi pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’État, atteinte au bon fonctionnement de l’économie nationale,…détention illégale d’armes et outrage à chef de l’État », notamment, selon le parquet général de la République et la cour suprême, l’ancien rebelle Hutu risque jusqu’à 30 ans de prison ferme.

Plusieurs organisations nationales et internationales ont exigé qu’il lui soit garanti « un procès équitable », et regretté qu’il ne soit jugé « pour les vrais crimes qu’il a commis dans le passé surtout en sa qualité de ministre en charge de la sécurité ». L’affaire a été mise en délibéré.

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Photo d’archives : Alain Guillaume Bunyoni, ancien premier ministre du Burundi détenu à la prison centrale de Gitega dans la capitale politique Gitega

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