Kavimvira : les autorités congolaises ont interdit la vente du carburant à la frontière, ce qui asphyxie de plus Bujumbura

Kavimvira : les autorités congolaises ont interdit la vente du carburant à la frontière, ce qui asphyxie de plus Bujumbura

Le 6 juin 2024, les autorités congolaises ont interdit la vente du carburant à la frontière Gatumba-Kavimvira. Pour cause, un camion a été détruit par un incendie la veille, et selon les autorités de la RDC, l’accident est le résultat de la vente du carburant à la frontière. La situation asphyxie de plus la ville commerciale Bujumbura où il est presque impossible de se déplacer. L’Olucome hausse le ton. (SOS Médias Burundi)

Henriette est une vendeuse du carburant. Elle indique qu’il est devenu très dur pour en écouler.

« Les agents congolais de l’immigration fouillent tout passant très soigneusement et rigoureusement. Même dans les sacs à mains pour femmes où on met des habits des enfants, on doit vider son sac avant de passer », a-t-elle confié à SOS Médias Burundi.

Les chauffeurs burundais confirment les faits.

« Moi, je suis venu croyant que j’allais avoir du carburant comme j’en trouvais ces derniers jours. Aucun bidon ici », se désole un homme rencontré à Kavimvira. Il a préféré témoigner sous couvert d’anonymat. Un autre habitant du nord de Bujumbura dit que « je dois attendre jusqu’à ce que j’en trouve car j’ai passé toute une semaine à espérer en avoir à Bujumbura, en vain. Or pour vivre, je dois faire mon métier de transporteur ».

Des vendeurs de carburant se déplacent dans une rue inondée à la frontière de Kavimvira, juin 2024

Plusieurs commerçants ont confié à notre reporter avoir été chassés par les services congolais de l’immigration. Pour certains, ce commerce était devenu le seul gagne pain ces jours-ci.

« J’ai fait faillite et ne parviens plus à nourrir ma famille », se lamente Chakupewa, une Congolaise qui vit du commerce d’essence à Kavimvira.

Difficultés pour arriver à Uvira

Pour le moment, les conducteurs burundais doivent se rendre à Uvira pour espérer obtenir une certaine quantité de l’or noir. Or, la route Bujumbura-Uvira est coupée durant des mois. Seuls les tracteurs et grands camions peuvent l’emprunter. La route est devenue comme une rivière entière après avoir été envahie par les eaux du lac Tanganyika et de la rivière Nyagara.

Bujumbura, ville fantôme

Plusieurs citadins ont baptisé ces jours-ci la capitale économique Bujumbura, une ville fantôme du fait qu’il n’y a pratiquement pas de bus pour se déplacer.

Plusieurs habitants disent qu’ils sont obligés de payer jusqu’au septuple un trajet dans un taxi collectif, « faut-il encore en trouver ».

Un boulevard de Bujumbura sans véhicule suite à la pénurie du carburant, le 10 juin 2024

Beaucoup de femmes âgées qui habitent dans les quartiers sud de Bujumbura et nord regrettent que « c’est pour la première fois que nous rentrons à pied dans notre vie ». Elles travaillent pour la plupart pour des services de l’État dans le centre-ville. La marche est devenue une alternative pour les citadins.

L’Olucome hausse le ton

L’observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques, l’Olucome hausse le ton.

« C’est une situation intenable. Elle est dramatique. Les gens ne parviennent plus à se déplacer même dans la capitale économique. Comment peut-on s’attendre à la production alors que les gens ne travaillent pas ? Les gens ne peuvent pas travailler sans se déplacer », se désole son représentant Gabriel Rufyiri.

Il appelle les autorités burundaises « qui n’ont pas de solution à la crise économique généralisée », à « convoquer une conférence internationale sur la crise actuelle » pour que les Burundais et les amis du Burundi puissent trouver « des solutions d’urgence ».

M.Rufyiri a écrit au moins deux fois au président Évariste Ndayishimiye pour lui proposer des solutions d’urgence depuis le début de l’année. La dernière missive (9 pages) lui a été adressée le 4 avril dernier.

« Aucune réponse à cette date », regrette l’activiste.

Gabriel Rufyiri met en garde les autorités burundaises.

« Les pactes relatifs aux droits économiques, sociaux et politiques que le Burundi a ratifiés autorise les organisations et citoyens burundais à traduire en justice les dirigeants s’ils ne veulent pas résoudre certaines questions comme la crise actuelle ».

Et d’ailleurs, L’Olucome compte exercer ce droit si les autorités de la petite nation de l’Afrique de l’est continuent de faire la sourde oreille.

Les autorités burundaises qui n’arrivent pas à trouver une solution à cette crise qui persiste depuis bientôt 42 mois, ont préféré ne plus communiquer là dessus maintenant.

Demandant aux parlementaires de « ne pas me stresser avec des questions », le premier ministre burundais Gervais Ndirakobuca a récemment dit au parlement que son gouvernement n’a pas du tout de solution à la crise que traverse le Burundi, blâmant les sanctions économiques qui ont été imposées au Burundi entre 2015-2020 consécutives à un autre mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.

« Ces sanctions ont plongé le pays dans le gouffre après 2020 car entre 2015 et 2020, nous avions encore quelques épargnes », a expliqué M. Ndirakobuca sans convaincre certains députés qui ont été sommés par le bureau de l’Assemblée nationale de ne pas revenir sur des questions qui n’ont pas eu de réponse.

Désespoir des citadins

Plusieurs habitants de Bujumbura estiment que la situation risque de s’aggraver davantage.

« Aujourd’hui, Uvira était devenue notre seul salut comme les frontières avec le Rwanda sont fermées », déplorent des habitants de Bujumbura.

La marche est devenue une alternative pour les citadins, juin 2024

Certains commerçants frauduleux avaient trouvé un nouveau canal : faire transiter le carburant par la rivière Rusizi, côté province de Cibitoke (nord-ouest du Burundi). Mais les autorités civile et sécuritaire ont accentué le contrôle après la mort de 6 personnes en moins d’un mois. Quatre ont été tuées par des hippopotames, deux autres assassinées par des brigands.

« Le Congo va faire un contrôle très rigoureux même, après la mort d’un agent congolais de la Direction générale des impôts qui se rendait au Burundi samedi dernier. Les autorités congolaises disent que ce sont des Burundais qui l’ont tué », disent des habitants à Kamanyola, dans la province du Sud-Kivu à l’est de la RDC, frontalière avec le Burundi.

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Photo : un homme verse de l’essence dans un bidon à Kavimvira, juin 2024

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